On se demande encore, seize ans après le film de Lee Unkrich, s’il fallait une suite à Toy Story 3. Son émotion et sa conclusion parfaite faisaient qu’on avait envie de laisser les jouets sur l’étagère – pour de bon. Pourtant Pixar a voulu continuer à creuser le filon en confiant à Josh Cooley un quatrième volet se focalisant sur l’histoire de Woody. Chouette long métrage émouvant, le film fournissait lui aussi une forme d’épilogue largement suffisant. C’était sans compter sur Andrew Stanton. Le réalisateur de Wall-E et du Monde de Nemo avait aussi des choses à dire.
Vendu comme un film opposant les jouets traditionnels aux écrans modernes, ce 5e Toy Story que Stanton a co-écrit et co-réalisé avec McKenna Harris, s’ouvre sur une île déserte. Un conteneur de Buzz l’Eclair 2.0 a échoué. Les jouets se réveillent et décident de se mettre en route vers dans la direction d’une étoile qu’ils voient dans le ciel, « Star Command ».
En parallèle, les parents de Bonnie décident de lui offrir une tablette, Lilypad. Cette dernière, nourrie à l’intelligence artificielle, possède une fonction de discussion qui permettrait à la petite fille d’échanger avec ses camarades et de se faire des amis plutôt que de jouer seule.
Dans ce contexte, Jessie, désormais à la tête du groupe de jouets, va décider de mettre un frein sur l’utilisation de la tablette, elle qui a peur d’être à nouveau abandonnée. Et un concours de circonstance va l’amener jusqu’à une autre héroïne qui vit dans la maison de sa toute première propriétaire. Et la jeune Blaze, fan de chevaux, pourrait être l’amie idéale pour Bonnie.
Le pitch ci-dessus est surement plus long que pour un Pixar traditionnel. Stanton et Harris se lancent dans plusieurs histoires en une : les problèmes de Bonnie en lien avec sa tablette, l’histoire de Jessie, les Buzz 2.0, le retour de Woody dans la bande… Ca sent un peu le foutoir mais ça mérite de s’accrocher : tout finira par avoir du sens. Et si les rebondissements semblent parfois un peu forcés, Stanton et Harris multiplient les bonnes idées et les jolies scènes. Les nouveaux personnages secondaires, des jouets « low tech » sont bien trouvés et permettent de faire le lien avec l’un des sujets du film.
Contrairement à ce que vend le début, le sujet n’est pas « les vieux jouets c’est cool, la technologie c’est nul » qui sonnerait comme un truc de vieux boomer mais bien une inquiétude autour de l’addiction (réelle) des enfants aux écrans mais aussi des parents qui en profitent pour ne pas s’en occuper (le père de Bonnie passe son temps en visio…). La technologie n’est pas tant le problème que l’utilisation qu’on en fait. Par ailleurs, la tablette est nourrie à l’IA et c’est bien cette notion d’intelligence artificielle, et les erreurs qu’elle commet, qui va poser problème – contrairement aux vieux jouets « low tech » toujours aussi efficaces.

Par ailleurs, Andrew Stanton reboucle avec Toy Story 2. Si le volet de Josh Cooley était l’histoire de Buzz, celui-ci est bel et bien celui de Jessie. On redécouvre une partie des flashbacks du second volet et le cas de conscience d Jessie est superbement amené. Est-ce que sous prétexte qu’ils nous ont abandonné, nos propriétaires nous ont vraiment oublié ? Les jouets comme les spectateurs qui suivent leurs aventures depuis plus de vingt cinq ans : ils vieillissent, voient le temps passer et s’interrogent sur leur utilité. Richard Darbois, qui livre par ailleurs une partition magistrale en incarnant une armée de Buzz, avait 47 ans lorsqu’il a commencé à apporter sa voix au personnage. Il en a désormais 70.
Jessie, elle, a droit à un superbe rôle et une des scènes les plus touchantes de tout la saga – encore une histoire de transmission mais avec un angle différent.
Évidemment, le film contient son lot d’ingrédients ayant fait le succès de Toy Story : de l’action, 498 caméos de personnages et autres jouets, des péripéties parfois abusée et beaucoup d’humour – dont cette fois-ci pas mal de blagues sur le caca grâce à un jouet dédié.
On a beau se plaindre de ne pas vouloir de nouveau Toy Story, force est de constater que les étoiles sont toujours autant alignées pour Pixar quand il s’agit de raconter les aventures de Buzz, Woody et Jessie. Andrew Stanton et McKenna Harris font un film une nouvelle fois remarquable. Et le box office suivant plus que jamais, il y a peu de chance pour que les jouets soient remisés au placard. Vers l’infini ?
Toy Story 5, réalisé par Andrew Stanton et McKenna Harris – Sortie en salles le 17 juin 2026

