Critique : Star Wars Le Réveil de la Force

Ce n’est pas évident pour moi d’écrire sur Star Wars. Comment mettre des mots sur la série de films à l’origine de ma cinéphilie, et du site sur lequel vous êtes actuellement ? Comment évoquer ce que représente l’univers créé par George Lucas sans tomber dans le fanboyisme à outrance ou, au contraire, en versant dans la critique voulant prendre trop de recul. Je vais quand même tenter l’expérience en évoquant Le Réveil de la Force

Attention. L’article qui suit, contrairement à la majorité des chroniques disponibles sur Internet, contient quelques légers spoilers. Aucun twist majeur n’est révélé -il n’est pas question de vous gâcher l’intrigue- mais quelques points de l’histoire sont évoqués…

 

LA CRITIQUE

Luke Skywalker a disparu. C’est par ces mots en première ligne du célèbre texte déroulant jaune que s’ouvre le Réveil de la Force. C’est aussi à cause de ces mots que toutes mes certitudes sur le film se sont envolées. C’est enfin grâce à ces mots que j’ai pu deviner ce qui m’attendait : Le Réveil de la Force est un Star Wars aussi classique que surprenant.

Mais avant de partir pour la planète de sable Jakku, il est bon de revenir un peu en arrière. Il y a un peu plus de trois ans, je découvrais derrière ce même ordinateur que Disney venait non seulement de racheter Lucasfilm mais qu’un septième Star Wars allait être réalisé. A l’époque, ma première réaction a été négative. On ne touche pas à Star Wars et vu l’état de la production hollywoodienne d’alors (et encore de maintenant), je n’avais pas envie de voir un Kevin Feige quelconque venir tout casser. Cela dit, force est de constater que bon nombre de bonnes décisions ont été prises : de la nomination de Kathleen Kennedy à la tête de Lucasfilm au recrutement de jeunes comédiens débutants en passant par le retour officielle des gloires d’antant. Comme il est de coutume avec Star Wars, les rumeurs ont (re)commencé à fleurir, chaque amateur de spoiler reprenant contact avec ses vieux indics pour en savoir plus. Puis le temps de la promo a commencé, et il fallait bien se rendre à l’évidence : non seulement je m’étais une nouvelle fois pris au jeu mais j’aimais ça. Comme avant. Le résultat n’était évidemment pas garanti mais il y avait pourtant dans l’air quelque chose qui sentait bon.

Trois ans après l’annonce du début de la production de Star Wars Episode VII, il faut bien reconnaitre que le travail effectué est à la hauteur de toutes les espérances. Le Réveil de la Force est une belle réussite.

Le film s’ouvre, après un plan dans l’espace sur un croiseur interstellaire, sur une planète désertique et un bien mystérieux personnage qui remet à Poe Dameron un objet très convoité et qui n’a qu’un seul but, permettre de retrouver Luke Skywalker annoncé comme disparu et vu comme le Nouvel Espoir de la Résistance, successeur de la Rebellion menée par la Générale Organa. La quête ne sera donc pas celle d’un objet ni d’une information mais celle de retrouver un héros, vu une nouvelle fois comme le sauveur de la galaxie. Pour cette aventure, nous faisons la connaissance de trois personnages : le meilleur pilote de la galaxie, Poe Dameron, un stormtrooper appelé Finn et qui décide de rejoindre les rangs de la Résistance et la plus intéressante figure héroïne féminine au cinéma depuis bien longtemps (et qui n’est pas sans rappeler Korra dans la série animée) : Rey. Au même titre que Luke, Leia et Han à l’époque, le destin de l’univers va reposer sur leurs épaules et sur celles (?) d’un incroyable droïde rond, le fameux BB-8.

Forcément, cette présentation -qui ne spoile pas grand chose d’autre que les cinq premières minutes du film- doit vous rappeler des choses déjà vues. Oui, Le Réveil de la Force ressemble à Un Nouvel Espoir, oui c’est parfois (dans le dernier acte surtout) un problème et peut-être le défaut du récit. Michael Arndt, J.J Abrams et Lawrence Kasdan ont évidemment lu Joseph Campbell et ont bien en tête son monomythe. Il est donc logique que le héros -ou plutôt l’héroïne- soit appelée à l’aventure comme l’était Luke, qu’elle croise un mentor faisant office de figure paternelle, qu’elle ait de grandes choses à accomplir avant de rentrer chez elle. On regrettera néanmoins (et ce sera le seul point de défaut du film avec le boulot de John Williams, malheureusement en dessous de ce à quoi il nous avait habitué) que certains éléments soient du copié collé d’Un Nouvel Espoir et du Retour du Jedi, à commencer par la base destinée à remplacer l’Etoile Noire, bien moins menaçante malgré sa taille. Il y avait sans aucun doute une envie de revenir aux fondamentaux, ou carrément d’envisager le reboot, mais certains éléments de l’intrigue auraient pu être mieux trouvés.

Ceci étant dit, difficile de ne pas craquer devant le sourire de Rey, l’humour de Poe ou les mimiques de ce R2D2 nouvelle génération qu’est BB-8. Formellement, le film est impressionnant. Abrams livre un produit fini à la réalisation sans faille, porté par une nouvelle génération d’acteurs sans doute meilleurs que leurs équivalents des années 80 et intelligemment écrits. En quelques scènes, ils sont immédiatement attachants et leur alchimie fonctionne. Il faut aussi signaler que Harrison Ford est au sommet de sa forme. Certes, l’intrigue lui donne la part belle. Mais après des années à avoir chercher à rejeter Star Wars, le comédien prend plaisir à retrouver le personnage de Han Solo -et nous avec lui-. Il est d’autant plus intéressant que le contrebandier qui ne croyait pas en la Force obtient ici le rôle du mentor et de la figure paternelle évoquée plus haut, bien obligé de faire face à des pouvoirs qui l’ont longtemps dépassé.

On pourra aussi reprocher à J.J. Abrams d’avoir moins travaillé son grand méchant -Kylo Ren- que son équivalent de 1977. Mais il est difficile de comparer Vador à son adorateur comme il est difficile de juger les nouveaux personnages dans leur ensemble car nous n’avons vu qu’un tiers de l’histoire qui doit être racontée. A moins que vous n’ayez un souvenir clair et précis de votre découverte de l’Episode IV seule, nous jugeons majoritairement les personnages dans leur ensemble, en fonction des trois films. Difficile donc de comparer Vador à Ren ou Dameron à Solo sur un pied d’égalité sans avoir vu ce qui les attend dans les suites.

Au delà, le Réveil de la Force est peut-être le film de la saga le plus riche en émotions, notamment grâce à une scène que je me garderais bien de spoiler ici mais aussi, bien évidemment, car il est agréable de jouer en terrain connu et de revoir les personnages auxquels on s’est identifiés plus jeune. De nostalgie il sera forcément question tout au long de l’aventure mais Abrams parvient à osciller entre fan-service désagréable (et finalement bien rare) et véritable hommage aux générations précédentes. Le réalisateur fait déborder son film d’amour pour l’œuvre originelle tout en l’ouvrant vers de nouveaux horizons.

Le Réveil de la Force a donc tout du film “passage de relais”, le montrant d’ailleurs littéralement, faisant se rencontrer deux générations d’acteurs et de spectateurs, reprenant des choses déjà vues de là à frôler le semi-reboot tout en proposant une sérieuse dose de mystères et de questions laissées sans réponse. Mais avant tout, c’est une grande et belle aventure spatiale, jamais cynique, toujours droite dans ses bottes et cherchant uniquement à divertir (et le faisant vachement bien). Beaucoup de points sont laissés en suspend, suffisamment pour qu’on ait envie de vite voir la suite et sans avoir besoin d’une scène post-générique pour venir nous titiller. Il y aurait encore beaucoup à dire sur cet Episode VII mais je vais plutôt vous laisser le plaisir de le (re)découvrir en salles.

La Force était puissante au cinéma il y a près de quarante ans, au point de marquer les esprits et de donner envie à certains d’écrire sur le cinéma, elle l’est encore aujourd’hui.



14 commentaires pour “Critique : Star Wars Le Réveil de la Force”

Laissez un commentaire :

 
  © CloneWeb - 2002-
RSS Actus | RSS Commentaires | RSS Forum
Reproduction, même partielle, interdite sans l'accord de l'auteur
Les différents produits cités ou utilisés sont la propriété de leurs auteurs respectifs.
Site propulsé par Wordpress - Design du thème : CloneWeb - Logo et plein de trucs biens par Ol-Design
55 requêtes. 0,451 secondes.