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Spécial Angoulême : Rencontres avec Ohm & Vehlmann

Comme prévu, voici le deuxième volume des interviews made in cloneweb from Angoulême 2011 !
On garde donc le même principe que la dernière fois : un auteur qui monte associé à un auteur confirmé, tous deux nominés dans la sélection officielle du festival.

Aujourd’hui, venez faire connaissance avec Ohm et Fabien Vehlmann.

 

 

 

RENCONTRE AVEC OHM.

Bio express : Né en 1982 à Bordeaux, Guillaume Clairat se passionne pour Akira Toriyama dès son plus jeune âge. Il étudie aux Arts Décoratifs de Strasbourg en section illustration. Ses premiers travaux sont publiés par le magazine “Tchô !” où il crée rapidement Bao Battle (4 albums, terminé) sous le pseudonyme Ohm. Il collabore aussi à d’autres magazines de la presse jeunesse comme D-Lire et Capsule cosmique. Il publie actuellement une série de strips dans Spirou (Sam) et a été sélectionné à Angoulême pour son one-shot Bestioles (chez Dargaud) sur un scénario de Hubert.(source : BDGEST)

Site : http://ohmworks.ultra-book.com/portfolio

Bestioles : Luanne, jeune pilote intrépide de dirigeable, vient de recevoir sa première mission : une livraison de matériel aux exploitations minières se trouvant sur le “continent”, une zone naturelle protégée. Elle devra faire équipe avec un supérieur alcoolique et magouilleur, et un subalterne timoré, tout en se méfiant de l’écosystème très particulier de cette jungle, peuplé de créatures mystérieuses, les bestioles.

 

Est ce que vous avez été surpris de votre nomination en catégorie jeunesse ?
Oui parce que Hubert a écrit une histoire un peu dure, pas vraiment jeunesse justement. On voulait une cassure entre mon dessin avec des petits personnages mignons, et approcher un public plus adulte.
Finalement, ça a été sélectionné Jeunesse à Angoulême (à Montreuil aussi), mais il faut savoir qu’il y a différents niveaux de lecture, c’est de l’aventure, avec une histoire construite comme du Tintin…
Mais c’est vrai qu’à 17 euros, avec un album plus épais, on était partis pour approcher un public adulte. En dédicace, on a un peu des deux. On a été un peu surpris de cette sélection mais bon, ça fait toujours super plaisir !

Pourquoi avoir choisi des personnages animaliers ?
On est dans la science fiction et je voulais m’éloigner de la réalité. Donc avec Hubert, on a imaginé que sur une autre planète, l’homme descendrait du chien ou du chat. Et puis j’aime beaucoup la BD animalière, que ça soit Macherot, Trondheim, Picsou, Disney. Ça nous a donc semblé très naturel.

Je trouve qu’il y a un coté steampunk à la BD. Est ce que je me trompe ?
En fait, avec Hubert, on n’y a pas vraiment pensé. Mes références, ce sont plutôt des univers comme celui de Toriyama, faisant co-exister machines et nature bizarre, etc.
Mais c’est aussi un univers très écologique qui respecte beaucoup son écosystème donc il y a des dirigeables et peu d’ordinateurs. Il y aussi un moment où on voit une voiture très rapidement et on avait réfléchi à un mode de propulsion original, une énergie écologique. L’idée était alors de faire plusieurs tomes mais au final il n’y aura que celui-ci à cause de problèmes de vente; on aurait alors pu réutiliser cet élément-là. Peut-être que la sélection changera la donne mais ça nous semble mal parti.

Vous avez parlé d’écosystème particulier et, malchance ou coup de pot, y a beaucoup de ressemblances avec Avatar, le film de James Cameron. Comment avez-vous reçu ça ?
Avatar est sorti juste avant. Mais on n’a pas copié puisqu’on a l’histoire depuis cinq ans. Si ça se trouve, Hubert avait écrit son histoire avant James Cameron (NDLR : en fait non, puisque tonton James traînait son histoire depuis 15 ans). Mais globalement, on traite le même genre de thème : arriver sur une planète, se confronter à une autre civilisation, les Bestioles, et arriver à communiquer entre deux espèces extrêmement opposés.
J’ai vu des choses dans la forêt d’Avatar que j’avais dessinées, d’autres auxquelles j’avais pensé et qui n’étaient pas techniquement possibles comme les choses luminescentes. On a peut-être eu les mêmes références de bases aussi. Moi j’ai pris des images microscopes, comme des bactéries, des acariens, etc… Il y a des formes très intéressantes dans l’immensément petit et on se retrouve avec des choses qui existent mais qu’on ne voit pas à l’oeil nu. Le changement de rapport d’échelle était amusant. Je ne sais pas si l’équipe d’Avatar s’en est servi, c’est une supposition.

Ils ont utilisés des choses sous-marines aussi…
On a aussi bossé là-dessus pour les plantes sous-marines, les éponges bizarres. C’est un grand fait du hasard et ça ne nous a pas tellement servi en terme de reconnaissance. Les spectateurs d’Avatar ne se sont pas tournés vers Bestioles pour voir, il n’y a pas eu de lien de cause à effet.

Vous avez parlé de luminescence… Je trouve la couverture très lumineuse justement, fluo. Les couleurs de l’intérieur sont plus classiques, avec beaucoup d’aplats. Comment avez vous travaillé la couleur ?
En fait, c’est Hubert qui est le coloriste de l’album puisque c’est son premier métier. Il s’est mis au scénario il y a une dizaine d’année.
A la base, on pensait faire une couverture mat. Il y aurait sans doute eu une cohérence avec l’intérieur. Mais en termes de fabrication, il était impossible d’avoir ce fluo sur une couverture de mat. Or, on tenait à ce fluo qui fait ressortir les yeux des personnages. On avait même pensé au tout début y mettre une touche de phosphorescence pour qu’on voit les yeux des bestioles lorsque la lumière est éteinte. Et sur la tranche de l’album aussi (on trouvait classe l’idée d’avoir un livre qui brille la nuit dans une étagère). C’était un petit peu cher donc on a opté finalement pour ce choix-là.

Il y a deux histoires en parallèle. Comment vous, au dessin, avez-vous géré ? En deux histoires séparées puis rejointes ?
J’ai vraiment fait les planches telles que dans le bouquin. Ce type de narration permettait de parler des deux civilisations, d’avoir les deux points de vue donc c’était important de faire les choses en même temps. D’autant que le dessin évolue entre le début et la fin de l’album, il fallait que ça soit cohérent d’autant qu’il y a des recoupements à plusieurs moments de l’histoire.

Par rapport aux « esprits » des Bestioles, quelle a été l’approche en matière de dessin ?
On a eu la même idée avec Hubert, de faire ces espères de trucs gluants, un peu transparents, comme des méduses bizarres. La recherche a donc été assez rapide. J’avais déjà fait des dessins avant avec ce genre de personnage, ces espèces de larves bizarroïdes. Ça me semblait assez évident.

Vous avez fait partie de l’aventure Capsule Cosmique et vous regrettez sûrement la disparition du magazine. Pensez-vous que le fait que ses anciens auteurs soient nominés à Angoulême, ce soit un peu une revanche ?
Si c’est une revanche, elle est bien maigre. C’est une affirmation qui démontre que le mag n’était pas à la masse. Les choix qui étaient fait étaient logiques, judicieux et dans l’air du temps. La disparition du mag a déçu beaucoup de monde , moi le premier puisque je commençais tout juste à faire de la bande dessinée. Je me suis retrouvé dans une équipe talentueuse, avec des gens super balèzes et ça s’est arrêté. Ce n’est donc pas une revanche, tous les auteurs font des trucs à coté et c’est très bien. J’espère qu’ils auront des prix mais quand on y repense, ça fait toujours de la peine et on ne peut pas être revanchard là-dessus.

Est-ce que vous n’êtes pas en train de recréer un petit club Capsule à l’intérieur de Spirou puisque vous êtes beaucoup là-bas ?
En effet, j’ai l’impression que pas mal de gens, dont Hugo Piette dont j’aime beaucoup le travail, Anouk aussi, qui travaillent un peu pour Spirou. Ce n’est pas moi qui prend les décisions mais je trouve ça intéressant. Si les auteurs de Capsule Cosmique se refédéraient autour d’un projet autour de Spirou qui est d’ailleurs repris par Yoann et Velhmann (qui lui-même est un proche de Gwen, le fondateur de Capsule) ça pourrait être sympa. Le support magazine est très important et participe au rayonnement de la bande dessinée sur un large public
On dit que la presse va mal et c’est plutôt vrai mais dans l’histoire je trouve que les aventures Pilote, Tintin, Spirou ont fait émergé de supers auteurs, ont donné leur chance à des auteurs pas du tout connus. Ça leur a permis de faire leurs armes, ça fédère et ça fait naitre des groupes de gens, des groupes de style. Ça fait une espèce de famille et plus on est fort, plus on a du pouvoir, plus on fait des choses sympas. Chacun a sa personnalité mais arrive à la faire se démarquer au sein d’un groupe

Surtout que c’est beaucoup moins cloisonné qu’avant. Dans Spirou, on voit passer des gens de chez Cornelius, Trondheim…
Le nouveau rédacteur en chef, Frédéric Niffle, est assez fan de tous ces gens-là. Du coup, il les fait travailler. Je trouve le supplément Cornélius formidable, je suis fan de tous les gens qui ont travaillé dedans et c’est sans doute ma maison d’édition favorite. Ça fait plaisir de voir que des ponts se créent entre la BD indépendante et celle un peu plus populaire, et dans le cadre de Spirou, je trouve ça génial de proposer ça aux gens parce que c’est quelque chose à laquelle on n’accède pas forcément dans la vie de tous les jours. Il faut être curieux, s’intéresser à ça pour découvrir le travail de certains auteurs.
Moi je suis pas spécialement connu et il faut s’intéresser un peu à la bande dessinée pour voir mon travail. Je suis content aussi d’avoir une présence dans Spirou, de pouvoir proposer ça à différents types de lecteurs. J’étais dans Tchô! avant mais Tchô! est beaucoup plus centré sur les gamins, il y a moins de lecteurs âgés. Spirou a des lecteurs de tous âges, ça ouvre donc le prisme des lecteurs et c’est tant mieux.
La BD se doit d’être un média populaire et si c’est les ponts sont possibles entre indés et populaires, c’est très bien. On peut faire les deux, des albums indépendants et des choses plus grand public.

Vous êtes passés par les Beaux Arts de Strasbourg…
Les Arts Décos !

Les Arts Décos, pardon… J’ai l’impression que beaucoup de dessinateurs notamment chez Tchô! qui viennent de là. Est-ce que c’est une mine ou est-ce plutôt un bon réseau d’anciens élèves ?
Il y a plein de gens talentueux qui sont dans cette école, avant et après moi. Pour Tchô! c’était une vraie amicale des anciens élèves. C’est Boulet d’abord qui est arrivé, il connaissait Bill et Gobi des copains à moi, et c’est comme ça qu’on est arrivés dans Tchô! Moi j’étais en cours avec Mathilde Domecq, etc.
C’est une école qui a un réel intérêt puisqu’elle organise des actions entre les gens, qui finissent par se connaitre, et on fait profiter certains contacts. Après, on ne prend pas n’importe quoi. C’est aussi parce que le travail a un intérêt et plait aux éditeurs.
Mais dans les années en dessous de moi, on trouve d’autres choses aussi comme des gens qui font un fanzine qui s’appelle Ecarquillettes avec un dessinateur que j’adore, Benjamin Adam, qui fait des trucs fabuleux. Et il y en a plein d’autres, Donatien Mary qui a fait Les derniers dinosaures chez 2024 et qui est super bien. Donc ça bouge, ça continue…

Je rebondis sur des noms cités comme Mathilde Domecq ou Bill. Vous faites tous des personnages dont on sent bien le volume, souvent sphérique. On vous a fait bosser là-dessus ensemble à Strasbourg ?
A Strasbourg, on apprend pas vraiment à dessiner… C’est vraiment l’auteur qui va pousser son ton, sa narration un peu tout seul. C’est plutôt cet esprit de groupe… Moi quand j’ai rencontré Bill et Gobi, ils m’ont influencé. Mathilde était dans ma classe, on s’est influencés. Et puis on a tous des influences communes, on fait des choses qui peuvent s’apparenter. Un peu comme l’école franco-belge avec Hergé, Jacobs, etc…
Chacun a aussi sa spécialité et ses influences. Moi je suis plutôt indépendant, américain avec Chris Ware, vieux manga avec Tezuka, ce genre de choses. Bill et Gobi sont plus manga à la Naruto. Mathilde est plus jeunesse, du moins c’est ce que je subodore. Chacun a sa petite voie et avec le temps on va tous dans des directions différents tout en gardant des choses en commun.

Toujours à propos de Bill et Gobi : ils ont monté leur structure Catfish Deluxe. Est ce qu’ils vous ont parlé d’un projet ou proposé quelque chose ?
Ils font ça à trois avec Fabien Mense. Je pense qu’on collaborera forcément parce que ce sont de supers amis, on apprécie le travail chacun l’un de l’autre.
Catfish Deluxe était surtout pour eux l’occasion de vendre des projets, ils travaillent à trois avec des dessins assez proches. Ils avaient donc envie de se fédérer. Moi je suis un peu plus à coté. Mais les liens se feront à un moment à un autre, j’ai d’ailleurs déjà collaboré à Lucha Libre. On discute de choses ensemble, on se croise, etc.

Un concours de barbe avec Gobi, peut être ?
Oui, mais enfin, la sienne est un peu clairsemée… Ou de classe, concours de classe parce qu’on s’habille très bien ! (NDLR : ces jeunes garçons sont en effet souvent en costume ou en complet veston)

Qui dit Lucha Libre dit Jerry Frissen et Muttpop. Est ce que vous avez d’autres projets d’art toys avec eux ?
Pour le moment, je ne sais pas. Les Tchô toys sont toujours en vente, et ça se vend pas trop mal. Ils en avaient sorti 30 000 parce qu’ils croyaient vraiment à Lou ou Titeuf et ont donc fait plus que la quantité habituelle car les personnages sont connus et attractifs.
Mais c’était peut-être une petite erreur car c’est de l’art toys, c’est pour des gens qui cherchent de la série limitée, ce n’est pas de l’action figure. En sortir beaucoup et des personnages de BD qui existent, pas des créations d’artistes, le public habituel des art toys ne s’y reconnait pas forcément. Et l’autre public, le public de BD qui achète des actions figures, je pense qu’avec des objets proches des personnages dessinés ça marcherait bien mieux. Là, on était un peu le cul entre deux chaises…

Un peu comme avec Bestioles !
Oui voilà, c’est ça, je suis “l’homme, le cul entre deux chaises….mais classe.” (rires).
Mais pour en revenir aux Tchô toys, il y a eu quelques petits évènements : distribution avec le magazine, poster, partenariat avec une boutique parisienne qui font que la demande va grandissant.
Pour les projets futurs, il était question de faire une 2e série de Tchô Toys mais il faut que l’argent rentre dans les caisses, qu’ils aient un budget pour se lancer dans un truc comme ça, pas forcément de tout repos pour une petite équipe comme Muttpop. Il est possible que ça se fasse, ce sont des passionnés, avec des envies, des idées, je ne me fais pas de souci.

 

 

RENCONTRE AVEC FABIEN VEHLMANN

Bio express : Jonglant sur des thèmes éclectiques, du thriller à la science-fiction en passant par l’historique, le conte ou l’humour, Fabien Vehlmann se présente comme un conteur d’histoires, influencé par la BD, le cinéma et la littérature. Il œuvre pour différents éditeurs.
Sa bibliographie compte une quarantaine d’albums dont le Marquis d’Anaon, dessiné par Matthieu Bonhomme (6 tomes, Dargaud), I.A.N., une série sur le thème de l’intelligence artificielle, dessinée par Ralph Meyer (4 tomes Dargaud). Il inaugure des nouvelles collections comme Une aventure de Spirou et Fantasio par… dessiné par Yoann en 2006 chez Dupuis et le 1er tome de la série Sept chez Delcourt. Il est aussi à l’origine de la série à succès Seuls avec Gazzotti (5 tomes, en cours, Dupuis). Avec Yoann de nouveau, il anime désormais les nouvelles aventures de Spirou et Fantasio.
Cette année, à Angoulême, il était nominé trois fois : pour les derniers tomes de Spirou et Seuls en jeunesse et pour Les derniers jours d’un immortel (avec Gwen de Bonneval chez Futuropolis) en sélection officielle. (inspiré par bedetheque.com)

 

2010, année Vehlmann ?
Je croyais que tu allais dire « 2010, année du vice » (rires). Je ne sais pas si c’est l’année Vehlmann mais c’est une bonne année d’autant que je me sens bien dans ma peau, ce qui est pas fréquent dans ma vie. Je suis quelqu’un avec un caractère assez fluctuant… C’est peut-être parce que professionnellement ça se stabilise, ça se densifie mais c’est peut-être aussi un des privilèges de l’âge puisque je vais vers mes 40 ans.
D’un point de vue plus pragmatique, le Spirou est enfin sorti alors qu’on parlait de la reprise depuis un bout de temps. Il est bien sorti car l’accueil est plutôt bon. Et j’ajouterai à ça le succès qui se solidifie de Seuls qui se vend de mieux en mieux.
C’était une double inquiétude pour moi : Spirou parce que je pouvais me prendre une voilée de bois vert de la part de tout le monde et Seuls parce que c’est la fin du cycle, une fin sujette à polémique et pour laquelle je pouvais aussi me prendre une volée de bois de vert. Heureusement, dans les deux cas, ça ne s’est pas mal passé, j’ai pu être un peu plus tranquille. Mais la tranquillité était toute relative puisque je me suis beaucoup impliqué dans le syndicat pour l’appel du numérique et ça m’a pris beaucoup de temps. (NDLR : Le SNAC, syndicat des auteurs de bd, est en effet en grande discussion avec les éditeurs en ce qui concerne tout support numérique présent et à venir).

Vous êtes nominés à la fois en jeunesse et en sélection « adulte ». Est ce qu’il y a une des nominations qui vous touche plus qu’une autre ?
C’est l’accumulation des trois qui m’a touché. Ce n’est pas parce qu’on est pas dans la sélection que les BDs ne sont pas bonnes, je connais des auteurs dont je suis toujours surpris qu’ils ne soient pas sélectionnés et je ne peux que le déplorer.
Par contre, quand on y est, c’est un plaisir, c’est comme gagner un tour de manège. Le prix, c’est la cerise sur le gâteau mais c’est en même temps une loterie : ça dépend du jury, de la sélection… Si on l’a pas, sur le moment on est déçu mais ça n’a pas une très grande importance.
Avoir trois nominations par contre, c’est une belle récompense, de voir que Spirou a été considéré comme une bonne BD jeunesse et d’avoir un bon retour des organisateurs du Festival, pour Seuls aussi. Et pour Les Derniers Jours d’un Immortel, j’étais content qu’elle soit dans la sélection, ce n’est jamais un dû mais j’étais assez content parce que c’est une BD assez exigeante, difficile d’accès de prime à bord mais semble assez addictive pour ceux qui sont rentrés dedans. Ça demande donc un effort de lecture au début mais c’est assez payant donc ce petit coup de projecteur de la sélection était le bienvenu. Alors le prix, si on l’a, ce sera champagne et si on l’a pas, on versera une petite larme en rentrant tranquillement en train et je me repasserai les bons moments de ce festival.

Comment collaborez-vous avec vos dessinateurs ? Est-ce que, vue votre réputation aujourd’hui, on vous approche ou est-ce que vous les choisissez ? Est-ce que le scénario reste le point de départ de tout ? Comment ça se passe ?
Petite parenthèse : j’ai du mal à estimer ma réputation. Je commence à « pérenniser la marque Vehlmann » (pour plaisanter) mais je ne m’estime pas connu. Quelqu’un qui a lu mon travail et qui l’apprécie, c’est toujours un cadeau qu’il me fait et quand il me le dit, ça me fait toujours plaisir.
Du coup, il y a de tout : il y a des auteurs qui viennent me voir et d’autres que j’approche. Au final, ce qui tranche, quelle que soit ma volonté personnelle, c’est mon inconscient : parfois il y a un dessinateur que j’adore, avec qui j’adorerais travailler mais rien ne vient, aucun scénario ne me semble correspondre à ce dessin. Et si je ne suis pas en adéquation entre l’histoire et le dessin, je ne le fais pas. C’est très capricieux.
Il y a des dessinateurs qui m’ont proposé de bosser avec eux il y a cinq ans, j’ai dit oui, je vais le faire, sans savoir comment. Et puis cinq ans plus tard, j’ai eu une idée et s’ils ont été patients, je leur dis: “voilà, j’ai un angle d’approche qui te correspond”. Ça m’est arrivé récemment avec le dessinateur Alfred. Ça faisait longtemps qu’on avait envie de bosser ensemble, c’est un mec que je trouve adorable mais ça ne prenait pas. Puis il a fait son bouquin Je Mourrai pas Gibier, une adaptation d’un roman (NDLR : excellent album !) et j’ai eu le déclic à ce moment là.
C’est donc toujours un peu particulier parce que je ne sais pas répondre aux demandes à l’avance. Mais c’est aussi reposant puisque c’est quelque chose qui me dépasse, ça m’évite de culpabiliser pour une idée. Si je n’ai pas la bonne idée, je ne le fais pas. Mais parfois c’est aussi très rapide. Il n’y a pas de justice, ça dépend des idées.(rires)

C’est l’idée qui prime, pas le fait que ça soit des potes…
Il y a des dessinateurs qui sont devenus des amis. Mais je me méfierais d’une BD que je ferais avec un pote juste parce que c’est un pote et sans le fameux déclic. Après, il y a des dessinateurs dont j’aime le travail et qui sont devenus de vrais amis qui comptent dans ma vie comme Gwen de Bonneval ou Matthieu Bonhomme. C’est venu après, en supplément. On est pas obligés d’être amis pour travailler ensemble, du moment qu’on se comprend, c’est bon. C’est mieux évidemment mais le lien peut-être ténu tant que ça colle professionnellement.
Quand j’ai fais Sept Psychopathes avec Sean Philips, ça s’est très bien passé mais on s’est très peu rencontrés et au final on ne se connait pas.

Comment vous répartissez vous le travail ? Sur le dernier tome du Marquis d’Anaon,par exemple, Matthieu Bonhomme me racontait que vous étiez partis tous les deux en Egypte et qu’il avait collaboré au scénario dès le départ. Est-ce systématique ou est-ce quelque chose qui vient avec le temps ?
Ca dépend des projets et des personnes. Je le propose toujours, pour que le scénario soit du sur-mesure, qu’il soit parfaitement adapté. Je ne fais pas de prêt-à-porter en scénario. Il faut donc que le dessinateur, s’il ne co-écrit pas, participe pleinement à l’élaboration des idées et de la narration.
Matthieu en particulier sait raconter une histoire, c’est un auteur complet assez interventionniste, ce que je trouve plutôt bien.
Au tout début de ma carrière, j’avais plus de mal car je n’étais pas très sûr de moi. Je réagissais mal. Je me suis rendu compte que l’essentiel n’est pas que ce ça soit ce que j’avais en tête au début mais que l’album soit bon. Et pour que l’album soit bon, il faut une vraie collaboration entre les deux auteurs. J’ai donc fini par m’ouvrir à cette idée.
Cela dit, certains projets, je les fais dans mon coin, souvent parce que le dessinateur ne veut pas intervenir ou me fait confiance. C’est le cas de Jason sur L’île aux 100 000 Morts. On s’est mis d’accord, il fallait que le concept lui plaise. J’ai tout écrit, je lui ai envoyé, il a fait quelques remarques à la fin mais c’est tout.
J’ai fais ça sur Green Manor aussi, écrivant dans mon coin, Denis Bodard n’intervient pas dans l’histoire. Il intervient après. Mais parfois il dit non. Il peut dire non à une histoire complète. Mais quand il dit oui, c’est vraiment super alors je suis d’accord pour travailler comme ça.
Et il y a un dernier exemple, qui est vraiment particulier, c’est la vraie co-écriture, que je n’ai fait qu’avec les Kerascoët sur Jolies Ténèbres.
A la base, c’était un projet de Marie et je voyais qu’elle avait du mal à écrire seule alors je l’ai aidée et, de fil en aiguille, je suis devenu co-scénarise alors qu’au départ, j’étais plutôt un « script doctor », quelqu’un qui intervient pour aider à ce que ça existe. C’est vraiment particulier parce que j’ai eu un coup de coeur pour son concept. Elle m’a demandé ce que j’en pensais, si elle devait s’y mettre, j’ai trouvé ça génial et je lui ai dit de s’y mettre. Ça a été une super aventure.

Vous parliez de vos débuts et lors d’une précédente interview, Matthieu Bonhomme m’a dit justement qu’il intervenait plus sur les scénarios qu’on lui proposait au début de sa carrière qu’aujourd’hui (alors qu’il est devenu scénariste sur sa propre série). En gros, il vous a davantage embêté vous que Gwen de Bonneval sur Messire Guillaume, par exemple.
(rires) Ça m’a embêté mais ce n’était pas embêtant dans l’absolu parce que j’étais jeune et pas très sûr de moi, pas très sûr de trouver une autre idée. On se crispe, on se fâche alors et l’ego en prend un coup mais plus on a d’expérience moins on a peur de la page blanche et plus on a d’idées. Donc si Matthieu me dit qu’il n’aime pas telle scène ou tel dialogue, je dis ok, je lâche prise et j’en cherche une autre. C’est le privilège de l’âge. C’est aussi pour ça que je dis que je me sens mieux maintenant, je sens que mon écriture n’est pas parfaite, que j’ai des tics mais je suis plus sûr de moi sur certaines choses, au moins sur ma capacité de réaction. Là où je ne suis pas encore assez sûr de moi c’est pour me trouver bon, mais ça, c’est structurel chez moi, c’est normal, je ne suis jamais satisfait.

J’ai essayé de trouver un point commun entre beaucoup de vos personnages : Seuls, Spirou, le Marquis d’Anaon, Samedi et Dimanche… Je dirais que ce sont des personnages en perte de repères ; Est-ce un toujours bon départ pour vous ?
C’est marrant parce que c’est une analyse extérieure que je n’aurais pas faite spontanément parce que je n’ai pas le recul. C’est assez juste parce que les personnages sont un peu perdus. Je me pose des questions sur ce qu’est être un être humain, vers quoi on va…
Dans le cas du Marquis, on se demande ce qu’est l’héroïsme, ce qu’est être un mec, se débrouiller, est ce que c’est lié à la virilité, est ce que c’est lié au genre (masculin/féminin), à autre chose… C’est aussi vrai dans Seuls.
Il y a un autre facteur : la plupart des bons récits sont des rites initiatiques, et dans ces rites, il y a toujours un moment où l’on perd ses repères. C’est René Girard, je crois, qui disait dans un bouquin que c’est comme un trapéziste qui lâche un trapèze pour l’autre. Et pendant le moment où on lâche le premier trapèze, on est en grand danger. Mais il faut en lâcher un, un trapéziste ne gardant pas les deux. Ce moment-là est celui de la perte de repères absolue.
Tous les moments de la vie où on passe d’une étape à une autre est une prise de risque, de deuil de quelque chose pour un gain ou une perte de quelque chose et ces moments-là sont passionnants pour un narrateur.

Dernière question générale : est-ce qu’on peut espérer une reprise de Wondertown (avec Benoit Féroumont au dessin)un jour ?
(rires) Je ne crois pas. J’ai beaucoup aimé mais qui a eu du mal à trouver son public. Ce serait un peu de l’acharnement thérapeutique que de continuer une série qui marche mal, surtout vu l’état du marché actuel.
Il y avait pourtant un charme à cette série, un genre qui me plait beaucoup : le magique urbain, ça se passe en ville mais il y a de la magie, du fantastique…

Là, pour le coup, la perte de repères est peut-être pour le lecteur et c’est peut être pour ça que ça n’a pas marché…
Peut-être que c’est pour ça. Moi je voulais rendre hommage à une série qui s’appelait Isabelle avec Franquin au scénario avec Macherot, Delporte et Will au dessin, avec des personnages contemporains, “normaux”, qui vivent dans des villes normales mais au milieu de ces villes, il y avait des choses magiques, des statues qui bougeaient, des sorts, des sorcières.
J’étais fasciné par ça, l’intrusion du fantastique dans le quotidien, chose qu’on retrouve un peu dans Seuls : on est dans un milieu urbain et il y a du fantastique, tout le monde disparait, les animaux se comportent bizarrement. J’aime ce mélange de fantastique et d’angoissant, c’est une de mes thématiques…

… comme dans le dernier Spirou
Oui dans le Spirou c’est l’intrusion d’une jungle dans un village et j’aime bien ces contrastes-là.

Alors, à propos de Spirou justement… Avez-vous pensé la série en cycles ? La fin des Zorkons est très ouverte…
C’est un peu un mélange. On voudrait que les albums soient lisibles les uns indépendamment des autres mais c’est vrai qu’on s’inspire un peu du diptyque L’Ombre du Z par Greg et Franquin. Ce n’est d’ailleurs pas tant un diptyque -où il faut lire les deux pour tout comprendre- qu’une structure “en tuiles”. On aimerait faire ça aussi : dans le 51e [album de Spirou], il y a une petite accroche vers le 52, puis vers le 53. Ça permet de voir comment les albums s’enchainent. Ça peut donner envie de lire les autres si on en a aimé un.
Par contre, j’espère qu’on pourra les lire indépendamment, qu’un lecteur pourra se dire “tiens, je vais lire juste le 52, c’est super, il y a une aventure sur la Lune” et si je ne lis pas le 53, ce n’est pas grave. Mais tout de même, je pense que ça prendra quand même une saveur particulière si on les lit dans l’ordre mais ce n’est pas une obligation.

Vous avez fait référence à Franquin. Le trait de Yoann et son encrage se rapprochent de son dessin. Est-ce qu’à part ça, Dupuis vous a imposé des choses pour un retour à un Spirou classique ?
C’est plutôt Yoann et moi qui nous sommes imposés des choses. Dupuis a joué le jeu de la liberté, ils nous ont fait confiance après le one shot (NDLR : Les géants pétrifiés, premier Spirou Hors Série).
On s’est fait la réflexion avec Yoann que le one shot avait perturbé certains lecteurs, certains lecteurs ont trouvé que ce n’était pas Spirou. Sans être péjoratif, il y a une forme de conservatisme, une envie de continuité donc il faut faire au minimum un geste vers eux et les précédents auteurs, une passation de témoin. Donc on s’est dit qu’on allait jouer le jeu, commencer doucement avec un album assez référentiel dans lequel je remets à plat la mythologie de Champignac, du Comte, de Zorglub, du Maire, etc… d’une manière qui cadenasse un peu le récit qui est très linéaire, très simple, très classique mais qui me permet aussi de jouer avec tous ces codes.
On a aussi fait des références à l’univers de Franquin hors Spirou. On évoque la rédaction de Spirou, plus proche de l’univers de Gaston, les Idées Noires via certains encrages de Yoann. Il y a aussi des références à Isabelle avec le fantastique urbain et on a glissé des hommages à Tome & Janry, à Fournier, à Morvan et Munuera.
Dans le 52, on prendra plus de liberté. Les lecteurs nous ont d’ailleurs dit que maintenant, on pouvait se lâcher, qu’on avait fait le boulot -qu’ils étaient rassurés- et qu’on pouvait passer à l’étape suivante.
Le 52 me semble mieux écrit mais il y a une continuité avec le 51. On comprendra mieux les motivations de Zorglub, et on pourra s’amuser avec un Zorglub sur la Lune, ce qui est un super fantasme pour nous.

Il y a des références au passé de Spirou mais en même temps ça me semble écrit pour qu’un enfant de dix ans puisse commencer la série par là…
On voulait effectivement qu’un gamin y trouve son compte. Parce que c’est simplement fun, parce qu’il y de la jungle dans un village, des monstres, des poulpi-taupes. Maintenant, ça a marché mais on peut aller plus loin. Si on fait moins référence à l’univers d’origine, si on prend plus de liberté, le gamin n’est pas obligé de comprendre ce qui s’est passé avant.
La vanne avec le dinosaure du Voyageur du Mézozoïque fait surtout rire les adultes qui retrouvent le dinosaure de leur enfance mais les gamins sont un peu paumés. On a fait un premier pas vers les gamins, on doit vraiment poursuivre ce travail. La bonne nouvelle de notre entreprise, c’est qu’on a rassuré les admirateurs de la série depuis longtemps, maintenant, il reste à regagner les enfants qui connaissent mieux les personnages par le dessin animé que par la BD.

Vous êtes en négociations sur le Marsupilami…
On aimerait bien ! On aimerait le récupérer pour un épisode mais il appartient à Marsu Productions.

Si vous aviez un album culte de Spirou, ce serait lequel ? Le fameux diptyque ?
Oui, j’aime beaucoup le Zorglub. J’aime beaucoup aussi le Nid du Marsupilami, l’Ankou de Fournier et Spirou à New York de Tom & Janry. Voilà à peu près ma dream team.

Passons maintenant à Seuls ; avez-vous déjà prévu la fin de l’histoire ?
Dans les grandes lignes, oui. Avec Bruno Gazzotti, on s’est toujours dit qu’on ne voulait pas être prisonniers de nos propres idées. On sait vers quoi on va, on a mis des jalons, on sait ce qu’on va révéler mais on a une marge de manoeuvre en fonction des réactions des lecteurs. Y a des intrigues qu’on pensait secondaires qui ont pris une importance assez forte dans l’imaginaire des lecteurs. On a rebondi sur cet intérêt, parce qu’il faut faire avec l’énergie des lecteurs qui est très forte, surtout les enfants d’ailleurs. Ils sont à fond dedans.
On a vu qu’ils se posaient des questions, qu’ils partaient dans des directions alors on a dit, d’accord, on a décidé de partir aussi dans ce sens-là. Parfois, ça un impact sur les jalons fixés et ça pourrait avoir des conséquences, je ne sais pas. Mais si on ne respectait pas ça, on passerait à côté de notre public, et je ne le souhaite pas. Je ne suis pas esclave du public, je suis parfois prêt à aller à rebrousse-poils de l’attente du public (il n’y a qu’à voir la fin du tome 4 où on nous a beaucoup reproché la mort d’un des personnages principaux). Mais, on tient compte aussi de ce qu’ils nous disent et quand ça marche, c’est génial. Quand ils nous relancent, quand on reçoit des mails avec des milliers de questions, on les note, on revoit celles qui reviennent le plus et on en parle discrètement. J’adore ça.

D’autant plus qu’ils vont grandir avec la série.
Oui et ça c’est un vrai problème auquel on pourra difficilement répondre. On devra intégrer le fait que de nouveaux lecteurs arriveront, et les anciens lecteurs grandissant n’auront peut être plus envie de la série. Il faut quand même coller au premier lectorat. Moi je pense au gamin qui a dix ans, qui vient de découvrir la série, qui vient de lire le 5e et qui a envie de lire les suivants. Celui qui a 14-15 ans, il trouvera peut-être la série moins intéressante mais c’est pas sûr : on pensait que Seuls étaient une série pour gamins, basés sur leurs fantasmes, ou les nôtres à leur âge mais on s’est rendu compte que, par chance ou par talent, c’est une série qui touche aussi les ados, les parents, etc. et c’est devenu une série tout public.
C’était une vraie bonne surprise qui nous a permis d’acquérir une certaine solidité financière, parce que ça permet à la BD d’entrer dans la catégorie de la grande distribution. Et plus tu es vu, plus tu vends. On ne prête qu’aux riches mais là nous on en bénéficie. Ca nous permet d’avoir une assise, on aurait pas eu ça, la série aurait été fragile et l’éditeur nous aurait demandé de la terminer au tome 5 par exemple. Là, on a le temps, on l’a gagné, pour un récit assez long, c’était la super bonne nouvelle de 2010.
La série n’est pas à l’abri d’une baisse mais elle est assez à l’abri de pas mal de choses, on peut envisager sereinement une quinzaine d’albums.

Donc trois cycles ?
Sans doute mais on fera peut-être des cycles qui vont changer de taille. On s’autorise tout tant qu’on s’amuse et que personne ne nous dit qu’on ressemble à la série *biiiip* qui a été bonne et qui ne l’est plus…

Vous parliez de Lost ?
Bien sûr, oui. C’est drôle parce que je n’ai vu que la première saison et demi et puis j’ai laissé tomber. Le concept était vachement bien au début, et ça a du coïncider avec le début de Seuls d’ailleurs, pas très loin. Et puis quand la série est arrivée à la fin, que je n’ai pas vue, on m’a dit d’aller lire des forums aux USA. J’y suis allé, j’ai constaté assez étonnement qu’il y avait des coïncidences avec Seuls, à la différence prêt que Lost s’arrête là où nous on continue.
Il y a un certain nombre de gimicks communs mais dans le cadre de notre série, c’est pas tant la révélation qui est importante mais ce qu’on fait une fois qu’on l’a. Dans ce sens-là, j’avais quand même peur de l’accueil du public.
Finalement, on est classiques, la série l’a toujours été avec des gens livrés à eux-même, ça existait déjà dans les romans de science-fiction qu’on lisaient étant jeunes avec Bruno. Mais je revendique une forme d’intelligence dans ce qu’on a fait : l’association du ludique et de l’angoissant. Ça fait l’ADN de la série, le ludique parce que les gamins sont tout seuls et font ce qu’ils veulent et l’angoissant, la mort, la folie, etc… Tant qu’on garde ces deux choses-là, on garde un ton qui n’est pas celui d’une série américaine classique et qui nous permet d’aborder des choses plus dramatiques mais avec ce pendant de fun, avec des éclats de rire des enfants après un moment difficile. Les enfants sont comme ça, ils encaissent beaucoup.

Une pédopsychiatre m’a dit un jour, et ça m’a fait très plaisir, qu’une de ses patientes borderline, une gamine vraiment pas bien, avait complétement flashé sur la série, en parlait à longueur de séance. On aborde des sujets assez dramatique et elle pouvait poser une image sur ces choses qui la taraudaient. J’écris exactement pour ça, pour mettre en images et en texte des choses qui m’angoissaient quand j’étais enfant.
L’ironie de Seuls, c’est que le message pourrait être “vous n’êtes pas Seuls”, vous n’êtes pas seuls à vivre des choses qui vous font souffrir. Les gamins comprennent bien qu’on ne prend pas leur souffrance à la légère, qu’on ne les prend pas pour des cons et c’est un truc que je revendique à fond.

Ce sont des thématiques qu’on retrouvait dans Jolies Ténèbres…
Tout à fait mais c’est un récit adulte. Je ne le recommanderai pas à des enfants, même si certains l’ont lu. Je recommande plus facilement Seuls, je dis aux parents qui hésitent de le montrer à leurs enfants que ça va leur plaire. Vous vous trompez de combat en surprotégeant vos enfants. Autant parler de tout ça avec eux.
Mais dans Jolies Ténèbres, les images sont plus cruelles, plus frontales que dans Seuls. Attendre d’être pré-ado pour le montrer.

Que va-t-il se passer dans “La 4e dimension et demi” ? Vous pouvez nous en dire un mot ?
Ahah. Déjà, j’espère que les enfants vont se poser plein de questions sur ce titre que j’adore.
Ce que je peux dire, c’est que les révélations à la fin du 5 vont changer la donne. D’un seul coup, il y a des possibilité qui s’ouvrent à eux, il y a aussi des questions bizarres. Ils sont dans un univers extrêmement bizarres, ils ont faim, ils ont soif, ils peuvent avoir mal quand il leur arrive des péripéties, il y a une menace assez flippante…
La menace s’intensifie, les tensions dans le groupe aussi et on va en apprendre un tout petit peu plus sur les 15 familles qui vont revenir.

 

Un petit mot de conclusion
Si vous avez suivi les deux parties de ce numéro spécial, vous avez dû remarquer que je recyclais ma question sur feu le magazine Capsule cosmique. Il faut dire que ce fut une expérience éditoriale qui m’a beaucoup marquée, pour vous résumer la chose, je dirais que c’était de la bd d’auteur pour enfants, mélangeant légèreté et talent. Là où ça fait râler, c’est que l’éditeur décida d’arrêter la publication de manière abrupte, arguant de mauvaises ventes, juste au moment où les abonnements devenaient assez nombreux pour assurer sa pérennité. Mais passons.

Je tiens à remercier tous les auteurs pour leur patience et leur coopération, Matthieu de chez Dupuis pour son professionnalisme et notre chef bien aimé Marc qui m’a mis le pied à l’étrier.

À bientôt pour de nouvelles aventures avec mon comparse blondinet.

– Guillaume

 

 

Ohm : Bestioles
Dessins : Ohm – Scénario : Hubert
Editeur : Dargaud – 71 pages – 17 euros
Autres séries : Bao Battle (Glénat)

Vehlmann : Spirou 51, Alerte aux Zorkons
Dessins : Yoann – Scénario : Vehlmann
Editeur : Dupuis – 56 pages – 10 euros

Seuls Tome 5 : Au Coeur du Maelstrom
Dessins : Gazzoti – Scénario : Vehlmann
Editeur : Depuis – 48 pages – 10 euros

Autres séries : Le Marquis d’Anaon (Dargaud), Samedi et Dimanche (Dargaud), L’Ile aux Cents Mille Morts (Glénat), Wondertown (Dupuis)

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