Si le rideau est tombé ce dimanche soir sur le Festival, Cannes continue sur CloneWeb.
Il nous reste en effet quelques films vus là-bas à évoquer, et pas forcément des moindres d’ailleurs. Ce 9e journal, consacré à la journée de jeudi, s’arrête sur deux titres importants.

D’abord, Nebraska, le nouveau film d’Alexander Payne (The Descendants) avec Bruce Dern dont le titre n’est pas sans rappeler un certain album bien connu. Ensuite Michael Kohlhaas, film permettant de voir une nouvelle fois l’immense Mads Mikkelsen une épée à la main, mais cette fois dans les Cévennes au 16e siècle.

Si le premier n’a pas de date de sortie française, on se doute que ça devrait changer dans les prochains mois. Le second, lui, sort le 3 juillet prochain.

 

Jeudi 23 mai

On fait partie de ceux qui apprécient fortement Alexander Payne notamment pour son excellent The Descendants, drame terriblement humain qui remportait la mise en osant montrer un personnage dépassé par les évènements sans jamais savoir comment y répondre logiquement et émotionnellement. Un vrai mec paumé donc. Il n’en fallait pas plus pour nous donner envie de voir son nouveau film intitulé Nebraska, récompensé par le prix de l’interprétation masculine pour Bruce Dern qui incarne un père à la masse lui aussi et qui part en road trip avec son fils pour aller chercher à l’autre bout du pays son gain d’un million de dollars après avoir reçu un courrier qui pue l’arnaque à plein nez. Aussi foireux le plan soit-il, ça n’en donne pas moins un nouvel objectif et une nouvelle raison de vivre à cet homme un rien paumé lui aussi, pris de pitié par un fils trouvant là l’occasion parfaite de rattraper le temps perdu, alors que les deux se retrouvent coincé dans leur village d’enfance. Tout vêtu de noir et blanc, Nebraska est un joli road movie classique par bien des aspects, qui compte surtout sur la capacité de son réalisateur/scénariste à mettre en scène des histoires touchantes par leur pertinence dans la simplicité. Il suffit parfois de peu pour en dire beaucoup, et à l’image d’une scène durant laquelle Dern récupère un papier dans un bar, le film est traversé par quelques fulgurances impressionnantes de vérité. Le film est sans doute un peu trop long, mais ça joue bien à tous les étages, c’est parfois très drôle et ça se pose comme un bon petit feel good movie. Au beau milieu de la morosité cannoise ambiante, ça ne pouvait pas faire de mal.

L’an dernier, Mads Mikkelsen gagnait le prix de l’interprétation masculine pour La Chasse. C’était mérité pour lui, moins pour le film, mais toujours est-il qu’il revient cette année avec un film français, oui messieurs dames. Et pas n’importe lequel, puisque Michael Kohlhaas le film en question est du genre ambitieux. Français et ambitieux, oui ma petite dame. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir un film de chevaliers mettant en scène une histoire de vengeance prenant des proportions dingues, où comment un vendeur de chevaux se fait humilier par un seigneur et va finir par lever une armée contre lui, en gros. Alors attention, on n’est pas vraiment devant Kingdom of Heaven niveau ampleur, mais ce récit tout en ellipses parvient à cacher son faible budget et joue de sa narration pour donner à ressentir le parcours vécu par cet homme qui va confronter ses idéaux dans le contexte religieux et politique de l’époque. Parfois contemplatif, parfois dans l’action, le film souffre d’un découpage par moment complètement à la ramasse (où comment une scène d’assaut à l’arbalète devient vite incompréhensible tant la spatialisation est passée par-dessus bord) mais n’en possède pas moins une photographie léchée et certains plans à tomber à la renverse. Le tout premier donne d’ailleurs l’impression d’être en 3D avec son jeu sur les ombres malin et le tout dernier est sans doute l’un des plus marquants du festival. Il faut dire que Mads Mikkelsen bouffe l’écran (bon, jusqu’alors rien de nouveau), mais en français s’il vous plait. Et oui, Mads joue en français, et de plutôt belle manière, ses courtes phrases donnant un caractère implacable au personnage plutôt que de le handicaper tandis que le charisme fait le reste. Il y a bien sûr des petits défauts par-ci par-là, comme la narration qui ne précise pas vraiment quand ont lieues les ellipses, demandant au spectateur un effort supplémentaire (au moins vous êtes avertis !), mais dans l’ensemble, Michael Kohlhaas a fière allure, et mérite bien des louanges.

 

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