Deuxième chronique en ce mois de janvier, le mois de la bd comme on dit dans le milieu, notamment cause de l’hivernal festival interrrnational de la bande dessinée d’Angoulême.

La dernière fois, je vous ai présenté un ouvrage qui fait partie de la sélection officielle 2017, l’excellent Chiisakobé (franchement, lisez cette série, elle est encore meilleure que ce que j’ai pu en dire) Eh bien aujourd’hui, je joue les rebelles en vous parlant d’un album qui ne fait PAS partie de la sélection, alors qu’il le DEVRAIT !!

Bon, techniquement, il est sorti en 2015 donc ce n’est pas possible MAIS si j’ai choisi d’en parler aujourd’hui, c’est d’une part parce que je suis très en retard dans mes papiers et je voulais le faire depuis longtemps et d’autre part, parce que son auteur est un jeune gars trèèèèèès doué qui fera sans doute partie des fers de lance de la BD de demain.

Plongeons-nous donc avec bonheur dans l’univers de Serge et demi-Serge !

 

SERGE ET DEMI-SERGE
de Geoffroy Monde

Le pitch (largement inspiré de la 4e de couverture du livre).

Serge est un homme normal, avec une barbe et une chemise de bucheron.
Demi-Serge est une demi-tête de renard normale (mais qui parle).
Ensemble, ils visitent les oreilles de leurs copains, sauvent l’humanité, redeviennent jeunes, jouent au tennis, perdent leurs ombres, retournent des voitures, volent du feu, vont en Asie, mangent des sandwiches, perdent des procès, ressuscitent…
Toutes ces choses que font les hommes normaux avec des demi-têtes de renards normales.

Pourquoi c’est bien

Alors, par où commencer ?

Lorsque j’ai démarré cette rubrique, je me suis toujours demandé quelle bd serait inadaptable au cinéma. Je veux dire, quelle serait la bd qui utiliserait tellement bien les codes de son medium qu’il serait ensuite très difficile de l’adapter au cinéma tout en gardant ses qualités d’origines (puisqu’elles seraient liées à son medium d’origine, vous suivez ?) Eh bien, clairement, à côté de Watchmen, de Little Nemo ou de Julius Corentin Acquefacques, je range Serge et demi-Serge.

L’auteur de l’album, le jeune et sémillant Geoffroy Monde, pousse en effet le bouchon très loin : de par ses personnages, les situations proposées mais aussi bien sûr la façon de raconter ses histoires, il nous présente une œuvre qui ne peut s’épanouir pleinement qu’en bande dessinée car c’est un medium qui permet au lecteur de prendre le temps de profiter d’une image, d’un texte et/ou de l’association des deux (en symbiose ou en opposition). Ici, l’album fourmille de détails, autant visuels que textuels, et c’est un vrai plaisir que de s’attarder sur une page pour relire telle ou telle bulle.
De plus, Geoffroy Monde joue avec nos habitudes de lecteur : par exemple, le nom d’un des personnages est la superposition de 2 mots, une sorte de gribouillis impossible à lire (mais tous les autres personnages trouvent ça normal, évidemment). Autre exemple, un personnage entre dans une pièce en tombant (ce n’est pas exactement ça, mais c’est pour ne pas spoiler), du coup, notre cerveau de lecteur imagine le mouvement. Mais par la suite, à chaque fois que ce personnage est représenté, il est dans la même position ! C’est comme ça, il est en perpétuel déséquilibre, du coup, le lecteur s’est fait avoir lors de sa première lecture, du coup, il relit, du coup, il rit, du coup, génie.

Vous l’aurez compris, au-delà de Serge et demi-Serge, c’est surtout le sémillant Geoffroy Monde que je voulais mettre en avant. Pour vous présenter rapidement cet auteur, disons qu’il est une version moderne de Daniel Goossens, le pape de l’absurde du 9e art, et qu’il sait en plus exploiter les possibilités offertes par une palette graphique, donnant ainsi à son dessin de multiples variations : tantôt réaliste, tantôt cartoon, toujours surréaliste, mélangeant des personnages aux styles graphiques différents (un peu comme dans Astérios Polyp de David Mazzuchelli). Pour l’instant, ce jeune créateur, ce Michel-Ange de la bd indépendante n’a fait que quelques incursions chez les grands éditeurs (Delcourt, en l’occurrence) mais il ne fait nul doute que dans l’avenir, vous entendrez parler de lui. Je ne peux donc que vous inciter à ouvrir un de ses ouvrages, que cela soit Tout ou rien, Les vrais oiseaux ou De rien. Surprise et rigolade seront au rendez-vous.

Taux d’adaptabilité : Alors ouiiiiii, je sais, aujourd’hui, on peut TOUT adapter, mais je le répète, si on veut conserver la richesse de Serge et demi-Serge, ce serait trop indigeste pour le cinéma tant il y a de choses à observer dans les dialogues, les dessins ou la mise en scène. À moins que Geoffroy Monde ne donne lui-même la clé de l’énigme : à la fin de l’album, on trouve des strips dessinés à la façon des vieux cartoons américains des années 30. Et c’est vrai qu’ainsi, la filiation avec Félix le chat parait bien évidente. Donc, en ce qui concerne l’adaptabilité, je me prononcerai sur un petit 50%.

Format de l’adaptation : série animée (ou pourquoi pas un long métrage, mais bien dosé)

Réalisateur/producteur envisagé : Terry Gilliam (oui, oui, en animation, comme du temps des Monty Python) ou bien, dans un style plus moderne, le talentueux Ben Bocquelet, créateur de la fantastique série Gumball.

Liens
Le site éditeur : https://videcocagne.fr/catalogue/serge-demi-serge/
Le tumblr de Geoffroy : http://sacopandemino.tumblr.com/post/139422318389/les-aventures-de-tintin-et-mille-loups
Une bd numérique (à faire défiler !) : http://creative.arte.tv/fr/episode/professeur-cyclope-asia-fantasia-jackie-chan

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