Si c’est dimanche est forcément placé sous le signe de la politique en France, nous n’oublions pas pour autant de parler de bon cinéma.

On continue donc notre rétrospective du catalogue Wild Side avec un film de sabres. La semaine dernière, Arkaron vous a parlé de la rencontre entre deux cultures dans Shaolin contre Ninja. Cette fois, nous restons bien en Chine pour évoquer du cinéma culte, celui qui a inspiré d’autres réalisateurs par la suite (et, ici, en particulier George Lucas).

J’ai choisi de vous parler de La Rage du Tigre, dernier volet de La Trilogie du Sabreur Manchot récemment sorti dans un très beau coffret blu-ray. Mais pour cela, et pour bien comprendre de quoi il s’agit, il faut également revenir sur le premier volet : Un Seul Bras les Tua Tous.

 

 

La Rage du Tigre – 1971
Titre original : San duk bei do (新獨臂刀)
Réalisé par Chang Cheh
Avec David Chiang, Ti Lung, Feng Ku
Dans une Chine ensanglantée par les guerres de clans, Lei Li se fait une réputation de justicier en prenant la défense des faibles. Voyant en lui un rival possible, Maître Long organise le vol du trésor du clan du Tigre et lance une rumeur accusant le chevalier.
Attaqué par le Tigre et ses hommes, qui le croient coupable, Lei Li les met en déroute. Mais Long, que tous prennent pour un homme sage, surgit et propose à Lei Li un combat loyal, dont l’issue décidera de l’innocence ou non du jeune homme. De plus, le perdant aura le bras droit tranché…

 

La Rage du Tigre est le 3e volet de ce qu’on appelle la Trilogie du Sabreur Manchot, mais n’est pas une vraie suite comme on pourrait le croire. Le film réalisé par Chang Cheh, sorti en 1971 et produit par le studio Shaw Brothers est en réalité ce qu’on qualifierait aujourd’hui de reboot. Eh oui, il y a plus de quarante, on s’offrait déjà le luxe de reprendre des films quelques années après leur sortie pour les “remettre au gout du jour”.
Mais comprenons-nous bien, La Rage du Tigre n’est pas un remake à l’identique d’Un Seul Bras les Tua Tous. C’est bien une volonté de la part de Chang Cheh de recommencer à raconter (et de le faire autrement) l’origine de son sabreur manchot.

Pour évoquer l’aventure de Lei Li, il faut donc faire un retour de quelques années en arrière.
En 1967, sortait donc Un Seul Bras les Tuas Tous par le même réalisateur, Chang Cheh, que le film qui nous intéresse aujourd’hui. Le héros, Fang Gang, y perdait son bras droit suite à une altercation avec la fille du Maitre qui veille sur lui depuis le départ de son père. Il s’enfuyait alors et trouvait refuge chez une jeune paysanne qui prit soin de lui. Ayant abandonné les arts martiaux et la pratique du sabre, il sera contraint d’y revenir quand il découvrira que son Maitre était en danger. Alors, avec un seul bras, il prendra sa défense (et les tua tous !).
Le film, considéré comme culte et l’un des précurseur du film de sabre, a de nombreuses qualités à commencer par la sensibilité de son histoire. Les personnages sont aussi finement écrits que la relation toute en douceur entre le héros amputé et la paysanne, chose d’ailleurs plutôt rare pour un genre de film cherchant d’habitude à n’aligner que des combats. Il n’est pas non plus sans défauts, surtout quand on le visionne avec un regard moderne : décors en carton-pâte même pour les extérieurs, effets spéciaux loin d’être exceptionnels et un grand creux au milieu du récit, coupant le rythme.

Sorte de pendant hongkongais de Zatoichi (qui est une série de films japonais racontant cette fois l’histoire d’un sabreur … aveugle), Un Seul Bras les Tua Tous a donc eu une suite (Le Bras de la Vengance) et ce qu’on pourra donc qualifier de “reboot badass”, la Rage du Tigre.
En effet, cette nouvelle histoire est plus violente, moins romancée que la précédente. On y découvre un héros sorti de nulle part, dont on n’a pas besoin de connaitre le passé, et qui maitrise parfaitement le maniement de deux sabres en simultané. Son bras, il va le perdre non pas dans un combat un peu ridicule mais il va se le trancher lui-même en perdant un duel contre plus fort que lui. Ici, ce n’est donc pas un accident mais bel et bien d’honneur qu’il est question.

Pas question non plus de conter fleurette. Dans la Rage du Tigre, le héros manchot finit par travailler dans un restaurant. Il y fera certes la connaissance d’une fille mais aussi d’un autre sabreur et y croisera différents gardes envoyés par le tyran local. Ayant renoncé comme l’original aux arts martiaux, il a lui une vision d’ensemble de ce qui se passe dans son univers et est entouré de combattants.
Comme Fang Gang, Lei Li reprendra le sabre pour s’attaquer à l’ennemi pour venger un proche (on en dira pas plus) et prouvera qu’il est un escrimeur doué face à un adversaire aussi habile que cruel.
La fin du film est un carnage gigantesque sur un pont, bien plus violent et accrocheur que ne l’était le final d’Un Seul Bras… Les ennemis sont plus nombreux, les passes d’armes plus habiles, et les tueries plus sanglantes. Et Chang Cheh a laissé tomber les studios transformés en forêt avec des fougères pour tourner une scène dans un décor réel d’envergure, rendant l’ensemble plus épique.

La Rage du Tigre a inspiré bon nombre de cinéastes. On pense bien entendu à Quentin Tarantino et à Kill Bill, le combat de The Bride contre les Crazy 88 étant un hommage à tous ces films où le héros armé d’un seul sabre tue des dizaines et des dizaines d’ennemis. Mais il semble qu’un certain George Lucas ait également vu le film.
Si Star Wars est directement inspiré de La Forteresse Cachée de Kurosawa, la fin de l’Empire contre Attaque et des éléments du Retour du Jedi viennent de La Rage du Tigre. Luke y perd en effet sa main (à défaut de son bras entier) et va connaitre une période de calme (la transition entre l’Episode V et l’Episode VI mais aussi la décontraction affichée lors des évènements avec Jabba). Ensuite, il affrontera son adversaire et finira comme Lei Li par lâcher toute sa colère et amputera son ennemi de la même manière que lui-même.

Même s’il n’est pas sans défauts principalement inhérants à son âge (41 ans quand même), La Rage du Tigre reste un film indispensable pour tout amateur du genre rien que pour son combat final qui en a inspiré plus d’un. Et pour couronner le tout, WildSide propose en blu-ray (dans un coffret proposant la trilogie) une version restaurée du film de toute beauté. Alors pourquoi s’en priver ?

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