4e jour au Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel et le rythme s’accélère.

En effet, à partir du lundi, les accrédités qui se couchent déjà bien tard pour assister aux séances de minuit et aux projections en plein air se lèvent désormais bien tôt pour assister à quelques projections dédiées à la presse et commençant dès potron-minet. Ca n’a pas empêché Arkaron et Jean-Victor de cumuler à eux deux pas moins de huit films en une seule journée, dont le fameux Turbo Kid, le blockbuster le plus cher de l’histoire de Taïwan ou le premier film de SF éthiopien !

 

Polder (2015)
Réalisé par J. Grünthal et S. Schwarz

Dans un futur proche, un jeu vidéo utilisant les souvenirs des joueurs pour créer des niveaux menace d’effacer la frontière entre mondes réel et virtuel. Chargée par son défunt mari d’exposer les machinations économiques se tramant dans les coulisses,la veuve du créateur du jeu finit par devoir secourir son fils perdu dans les limbes virtuelles. Composé de nombreuses strates narratives s’imbriquant à la perfection, Polder prouve une fois de plus que la Suisse est capable de produire des films malins et habiles, donnant au genre ses lettres de noblesse dans le pays. Jouissant d’un scénario qui sait pertinemment exploiter son budget, le film est l’occasion pour les deux cinéastes de lier film contemplatif aux échos tarkovskiens avec high concept intelligent, culture japonaise et innovations formelles bien justifiées par la diégèse elle-même (à grands renforts d’editography). Une très belle découverte.

 

Crumbs (2015)
Réalisé par Miguel Llansò

Premier film de SF éthiopien de l’histoire, cette coprod’ dirigée par un espagnol s’inscrit dans un bien petit corpus de films, et risque fort de ne jamais sortir du cadre festivalier. En effet, bien que sa durée soit limitée à 1h10, sa forme auteurisante et narrativement éclatée rebutera les cinéphiles parmi les plus vaillants. Pourtant, cette quête post-apocalyptique renferme de fascinants éléments culturels, notamment dans son iconisation (puis destruction) de l’hégémonie culturelle occidentale, qui empêche les personnages éthiopiens de rebâtir d’eux-mêmes leur civilisation. Crumbs constitue uniquement la troisième instance afrofuturiste dans le cinéma africain. Gardons l’oeil ouvert pour le genre.

 

Lemon Popscicle (1978)
Réalisé par Boaz Davidson

Vendu comme une immense référence culturelle à la American Pie omniprésente en Israël, Popscicle est une fable adolescente bien plus trash, enchaînant les plans de nus et autres scènes de sexe avec des amitiés brisées et des cœurs détruits. Cette approche beaucoup moins fleur bleue que son descendant américain propose une représentation frontale de la jeunesse israélienne des années 1970. L’ensemble est assez drôle, malgré la qualité très moyenne de l’image. Pour ceux qui s’intéressent également à l’histoire d la production de cinéma, il s’agit d’une étape fondamentale au parcours du producteur Menahem Golan.

 

Black & White – Dawn of Justice
Réalisé par Tsai Yueh-hsun

Plus cher blockbuster taiwanais de tous les temps, Black & White est un gros actioner qui tâche, empilant les bêtises et les scènes d’action grasses. Se présentant comme un buddy movie ultra dérivatif, le film est une copie conforme des grosses productions hongkongaises du début des années 2000 (Purple Storm, 2000 AD) et copiant des classics comme Piège à Hong Kong. Le scénario aligne les incohérences et âneries de dialogue involontairement drôles, et les effets spéciaux d’un autre âge. Ça remplit joyeusement son cahier des charges.

 

Liza, the Fox-Fairy (2015)
de Karoly Ujj Meszaros

Liza est une aide-soignante au service d’une vieille femme et va partir en quête du grand amour après la mort de sa patiente. Petit détail emmerdant, elle est hantée par un chanteur de pop japonaise, et porte la malédiction de la Fox-Fairy, répondant la mort sur tous les hommes qui la convoitent sans des sentiments purs. Cette drôle de comédie hongroise teintée de culture japonaise réussit à opérer un équilibre charmeur entre une héroïne bucolique et candide, qui fait face à une série d’évènements grinçants. L’humour noir est bien présent, mais le film reste avant tout nébuleux, totalement immergé dans le point de vue de cette vieille fille douce et touchante, avec une légèreté certaine.
Bref, c’est noir tout en étant d’une grande tendresse, un peu long certes mais toujours mignon et enlevé.

 

On the White Planet (2014)
de Hur Bum-Wook

Marilyn Manson chantait à propos d’un grand beau monde blanc dans lequel nos couleurs étaient absorbées pour uniformiser le tout, et le réalisateur Hur Bum-Wook s’en est peut être inspiré pour son film d’animation On The White Planet. Il est question comme le titre l’indique d’un monde uniquement en noir et blanc, dans lequel un homme jaune va lutter pour survivre.
Une énième variante du vilain petit canard, caractérisé par une hystérie nihiliste coréenne bien prononcée, puisque tous les personnages sont des salauds finis et que l’espoir est une notion inexistante. Malgré sa courte durée d’une heure dix, le film fait comprendre son message trop rapidement, et le concept tourne à vide au fur et à mesure des logorrhées pessimistes, d’autant que l’animation assez basique du film laisse place par moment à des images fixes montrées comme des cases de BD, donnant l’impression de voir des parties du storyboard non finalisées. L’ensemble aurait sans doute mieux marché en court métrage.

 

Stung (2015)
de Benni Diez

Un petit traiteur avec la boss et l’unique employé part pour ce qui s’annonçait comme une sympathique réception champêtre pour retraités au fin fond dans la campagne. C’était sans compter sur les invités surprises de la partie : des abeilles géantes ! Avec son pitch de série Z bien mongole et gore, Stung promettait d’être le parfait film de festival pour sustenter une salle remplie de déviants alcoolisés, et pourtant la projection s’est effectuée dans un froid ambiant assez glacial. Et pour cause : passé une ou deux transformations ragoûtantes (les grosses bêbêtes sortent du corps des victimes piquées au préalable), le film préfère passer son temps dans des dialogues interminables et une partie huit clos qui meuble comme pas permis pour éviter de montrer son attraction principale. Exemple même du film d’exploitation au budget trop serré pour honorer ses promesses, Stung ne montre aucune mort mémorable, possède un duo de personnages insupportables, reste désespérément sage et échoue sur tous les points. On ne demandait pas grand-chose pourtant, mais voilà une belle arnaque au rythme catastrophique, qui ressemble presque à un film d’horreur pour grabataires.

 

Turbo Kid (2015)
de François Simard, Anouk Whissell & Yohann-Karl Whissell

Déjà auréolé d’un beau succès au festival de Sundance, Turbo Kid vendait du rêve, avec son pitch de monde post apocalyptique dans lequel un gang tyrannique règne avant de faire face à un gamin qui tire sa panoplie d’un comic book. Bien plus d’un simple hommage à Mad Max en BMX, Turbo Kid dépasse le statut du délire référentiel nostalgique et use intelligemment de ses influences 80’s pour proposer un vrai beau divertissement, très déférent envers ses modèles mais ne se reposant jamais sur ses lauriers afin de proposer un univers constamment inventif et une intrigue assez premier degré des plus touchantes, malgré le lot de morts ultra sanglantes. La BO tout en synthés fait taper du pied, les blagues s’enchainent à un rythme soutenu, et la mise en scène est à la hauteur des fantasmes, malgré une certaine économie dans les décors. Bref, Turbo Kid dépasse son statut de plaisir coupable et de la manière qu’un Karaté Robo Zaborgar, il se pose comme un joli divertissement qui parlera étonnement à public bien plus large qu’il n’en a l’air.

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