Ecrire sur les films de la veille, en voir plein de nouveaux, boire des bières, dormir. Et recommencer. Tel est le rythme du festivalier moyen, qui enchaine les longs métrages plus vite que Raphaël Varane ne repousse les attaques belges lors d’un match désormis bien connu.

Au programme de ce second récap, auquel il faut ajouter deux vidéos (à voir ici et ) : Monster Hunt 2 ou l’un des nouveaux cartons du box office chinois, un huis-clos façon Fenêtre sur Cour, un survival bien claustro, Piercing avec Mia Wasikowska et Christopher Abbott ou encore le petit dernier du réalisateur de Greaysy Strangler, An Evening With Beverly Luff Linn.

 

Monster Hunt 2 (2018) de Raman Hui

Ce n’est plus une nouvelle pour grand monde : la Chine a une industrie cinématographique de plus en plus énorme et pour cause, le pays possède le plus grand parc d’écrans au monde, une nouvelle salle s’ouvrant toutes les 20 minutes ! Et comme leur calendrier de sorties possède quelques excentricités, comme le mois du nouvel an chinois où il n’y a que des productions locales proposées, il faut bien offrir au peuple Chinois du blockbuster bien de chez eux. Déjà auréôlé d’un grand succès, Monster Hunt a donc vu sa suite arriver à toute berzingue cette année pour combler petits et grands. Enfin surtout petits, car ce monde de fantasy médiéval est peuplé de monstres au chara design oscillant entre Pokémon et les Dragons de Dreamworks. Et la mascotte Wuba, sorte de gros bébé kawaï avec 4 tentacules à la place des bras et de l’herbe en guise de cheveux, a été kidnappée, lançant toute une floppée de personnages interchangeables à sa poursuite.

Décors colossaux, costumes majestueux et paysages luxuriants, Monster Hunt 2 est un gros blockbuster dans les règles de l’art, qui déballe ses 140 millions de budget à chaque instant. On ne peut pas en dire autant du scénario, qui repose sur son prétexte pour mieux enquiller les scènes de comédies déconnectées les unes des autres, à tel point qu’on oublie vite de quoi ça parle. Meublant le vide par le vide avec un enthousiasme psychotique, le film commence notamment par une scène de comédie musicale où les chanteurs expliquent direct qu’il ne faut pas réfléchir (!) et finit par perdre l’intérêt dans sa trop longue durée tant il ne raconte franchement rien.

M’enfin, si vous êtes sensibles aux petites bêtes rigolotes qui font des grimaces, il est possible que ça vous parle, d’autant qu’en attendant une éventuelle sortie chez nous, le premier épisode de 2015 est déjà dispo en DVD sous le titre Chasseur de Monstres.

 

The Incredible Shrinking Man (1957) de Jack Arnold

Si une partie de la filmographie Jack Arnold a été remise au goût du jour cette année avec l’engouement autour de la Créature du Lac Noir grâce à La Forme de l’Eau, le réalisateur possèdait bien d’autres bijoux dans sa filmographie, et c’est David Cronenberg qui ne s’y est pas trompé en programmant L’Homme qui rétrécit, ou The Incredible Shrinking Man, dans sa carte blanche.

Tout est dans le titre, avec un homme bien installé dans l’American Way of Life, qui va soudain se mettre à rétrecir petit à petit après avoir croisé un brouillard radioactif d’un peu trop près. Et forcément, la maison bien confortable va vite devenir un terrain de survie, surtout quand le chat famillial va vouloir faire joujou avec le monsieur.

Bénéficiant de superbes effets spéciaux et réussissant à offrir une progression parfaitement dosée grâce à une suite de situations bien trouvées, et par ailleurs ragoûtantes, L’Homme qui rétrécit fait toujours preuve de modernité grâce à son traitement adapté d’un roman de Richard Matheson par l’auteur lui même. Et il faut bien avouer que sans trop en révéler, le final puissemment métaphysique confère une dimension existentielle et philosophique qui transcende le spectacle de base et surprend toujours par son intelligence et sa radicalité.

A moins d’être violemment arachnophobe, voilà un classique qui n’a rien perdu de sa superbe et qui mérite d’être redécouvert.

 

Mr. Wrong (1984) de Gaylene Preston

Consacrant un focus au cinéma Néo-Zélandais, cette 18ème édition du NIFFF permet ainsi de découvir des cinéastes de ce pays au delà de Peter Jackson.

Parmis eux, Gaylene Preston est une figure importante puisqu’elle a participé activement au renouvement de l’industrie locale et a réalisé une floppée de long-métrages, dont son premier Mr. Wrong. Un titre loin d’être anodin, puisqu’adapté d’un roman qui intéressa Alfred Hitchock peu avant sa mort !
Il y est question d’une jeune femme qui achète une Jaguar en guise de première voiture, ce qui lui donnera par la suite des visions étranges… Bien que son intrigue soit dans l’absolu assez simple, le film repose sur une mise en scène incarnée qui confère une aura totalement étrange et mystérieuse à l’ensemble. Le spectateur ne sait jamais où il met les pieds et vogue entre les genres tant le métrage refuse qu’on le mette dans une case, ressemblant aussi bien à du Stephen King qu’à un portrait de femme à forte dimension social.

Une bien drôle de pellicule donc, difficile à trouver par ailleurs mais qui a semble-t-il fait le bonheur de Quentin Tarantino à l’époque où il travaillait dans un video club. Si jamais vous le croisez, vous pourrez lui demander la VHS !

 

Number 37 (2018) de Nosipho Dumisa

Fenêtre sur Cour, ça vous dit quelque chose ?

Le film de Hitchcock n’a jamais eu de cesse de briller par son génie et son influence, ce que ne contredira pas Nosipho Dumisa avec Number 37, où le concept est appliqué en Afrique du Sud. Le changement de décor contamine évidemment le récit, puisqu’ici c’est un jeune homme se retrouvant en chaise roulante, suite à des magouilles avec des gangsters, qui va passer ses journées devant sa fenêtre à observer les activités mal famées de son quartier.

Bien loin du calme relatif de son modèle, Number 37 montre le bouillonnement instable de son environnement et tisse le portrait d’un couple qui tente de se sortir de la misère et la corruption, utilisant le concept original pour mieux porter son contexte social et dépasser le simple divertissement. Comme souvent avec les premiers films, le tout tire un peu trop en longueur et à tendance à multiplier les péripéties contre son propre bien, mais il s’en dégage une réelle envie de cinéma et une capacité à se démarquer de son écrasant modèle qui force le respect.

 

Cutterhead (2018) de Rasmus Kloster Bro

Une journaliste danoise va visiter le chantier colossal d’une nouvelle ligne de métro et faire connaissance avec les 2 ouvriers en charge de la “Cutterhead”, énorme machine en tête de gondole qui a pour charge de creuser l’imposant tunnel. Et cette visite de courtoisie va se transformer en cauchemar lorsque le trio se retrouve enfermé dans la machine, tandis que tout semble s’écrouler autour d’eux…

Pur survival claustrophobe, Cutterhead ne prétend pas réinventer la roue et s’évertue à mettre à rude épreuve l’humanité des personnages tandis que l’oxygène vient à manquer et que la solidarité semble être suicidaire. Tous les personnages ont leur faille, le film parvient à rythmer son récit avec parcimonie pour maintenir le suspense et un peu à la manière du Deepwater Horizon de Peter Berg, le réalisateur Rasmus Kloster Bro rend bien le génie technique humain mis en place dans une telle construction, et l’enfer immédiat que cela devient lorsque ses concepteurs perdent le contrôle.

En somme, du suspense rondement mené, qui ne perd jamais de vue l’humain et qui vise juste.

 

An Evening With Beverly Luff Linn (2018) de Jim Hosking

Vous pouvez demander à la plupart des spectateurs du NIFFF présents en 2016 : tous ceux qui ont assisté à l’une des séances de The Greasy Strangler ne sont plus les mêmes depuis.

Forcément, le retour de son géniteur follement déviant était attendu comme le messie, et c’est chose faite avec An Evening With Beverly Luff Linn, soit l’histoire d’une femme qui va quitter son mari en quatrième vitesse suite à un crime foireux pour retrouver un magicien jouant dans la ville.
Bon, oui le résumé est fait à l’arrache parce que c’est un peu plus compliqué que ça, mais toujours est-il qu’on ne va pas mâcher nos mots : voilà une déception, une vraie, grande, déchirante, tragique. Non pas que Beverly Luff Linn soit mauvais, avec toujours une réjouissante galerie de losers déviants aux sales gueules qui vont étaler toute leur médiocrité et leur stupidité pour un humour gentiment absurde.

Mais là où son précédent film était un feu d’artifice de mauvais goût, érigeant le gras, la vulgarité et le malaise en standards comiques au point de faire péter un câble au spectateur, Jim Hosking choisit ici de dévier vers quelque chose de plus doux, de chercher finalement le romantisme dans la médiocrité, une étincelle d’espoir et de tendresse dans la connerie humaine. On ne peut que saluer la tentative d’évolution et le désir de faire autre chose, toujours est-il que Beverly Luff Linn est ce genre de film qui vend une explosion ne venant jamais. On s’attend à ce que ça parte en sucette, tout semble indiquer un crescendo vers un gros bordel jubilatoire et finalement, c’est le calme qui l’emporte, pour ne pas dire la frustration tant tout ça reste terriblement sage, parfois mou du genou et pépère.

Un petit film gentillet, pas déplaisant mais qui semble presque vouloir se fondre dans la masse. Après cet énorme pet flatulent et fièrement revendiqué qu’était the Greasy Strangler, rentrer dans le rang semble presque être un renoncement de la singularité de ce réalisateur, et ne peut que nous décontenancer.

 

Pig (2018) de Mani Haghighi

Par Clara – 3ème jour de NIFFF, ou peut-être 4ème, personne ne sait plus trop. Les films s’enchainent, le festivalier prend son rythme : un film, une pinte, un Cornetto. Le bilan sanguin commence à bouder et nous voici devant un nouveau titre en compétition : Pig, du réalisateur Iranien Mani Haghighi.

Deux ans après Under The Shadow (disponible sur Netflix, petite pépite, jetez-vous dessus), le cinéma iranien revient en compétition à Neuchâtel avec une comédie acide un peu méta sur l’industrie culturelle locale.

Le film suit un réalisateur touché par une interdiction de tourner édictée par le gouvernement. Et la censure, c’est mal. Pour maximiser le fun, un tueur décide de s’attaquer aux cinéastes iraniens en les éliminant un par un. Et pour que la fête soit totale, chaque assassinat s’accompagne d’une mignonne décapitation avec inscription du mot « COCHON » sur le front. Oui, c’est pour ça le titre.

On suit alors notre héros déambuler de tournages au rabais en soirées embrumées, tout en se questionnant sur les cibles du tueur. On pense à Shane Black, on s’amuse bien mais on regrette que le film ne sache pas boucler son histoire un peu plus efficacement

 

Piercing (2018) de Nicolas Pesce

Par Clara – C’est l’histoire d’un père de famille. Mais en fait on ne sait pas trop, peut-être que c’est dans sa tête. Ce qui est clair, c’est que Reed, notre héros, interprété par Christopher Abbott, (aka le mec qui n’est pas Jon Snow) et ben il est un peu fébrile. Du type de fébrilité qui lui impose de tuer quelqu’un, qui doit nécessairement être une prostituée, qui parle anglais, parce que la terreur doit être en anglais : le cœur a ses raisons…

Bref, Reed se retrouve donc dans une chambre d’hôtel, il répète longuement son plan d’exécution, ou bien l’exécution de son plan, seul en attendant sa compagne de la soirée. Mais en fait on ne sait pas trop, peut-être que c’est dans sa tête. Arrive donc Jackie (Mia Wasikowska), jeune femme tarifée, qui va donner une impulsion assez neuve à la soirée. Et forcément, ça prend un tournant inattendu.

Film hyper graphique, hyper stylisé, enfermé dans au moins 5 décors (on a compté), Piercing a de quoi satisfaire tous les penchants fetishs du spectateur qui aime se perdre un peu dans un scénario qui semblait tout tracé. Et puis, information capitale, c’est une adaptation du roman éponyme de Ryû Murakami. Un film de fin de soirée pour lancer la conversation. Parce qu’en fait, on ne sait pas trop, peut-être que c’est dans sa tête.

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