L’Etrange Festival, c’est l’occasion de découvrir des films en avant-première mais aussi des pépites inédites en France. C’est aussi l’opportunité de revoir des classiques du genre, notamment à travers les Cartes Blanches. Alors pour ce troisième récap’ on parle aussi bien de films sortis ces derniers mois dans le monde que de cinéma intemporel. Et on commence par un film datant de 1933…

 

King Kong (1933) de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack

Pour les 25 ans de l’Etrange Festival, les organisateurs se sont fait un énorme kiff qui ne pouvait que bénéficier aux spectateurs : 25 cartes blanches ! Alors chaque invité n’a le droit qu’à un seul film, sinon les 10 jours de festival seraient encore plus serrés qu’ils ne le sont déjà, et quand ils ont demandé à l’auteur de bandes dessinées et réalisateur Winshluss, ce dernier a tout simplement répondu King Kong. LE King Kong, celui d’origine, de 1933, véritable matrice du film de monstre et de l’aventure du grand écran, qui n’a eu de cesse d’influencer l’imaginaire depuis sa sortie.

Alors on pourrait se dire qu’après tout ce temps, le gros singe a pris un coup de vieux, et qu’en 2019, tout ça est un peu trop old school. Et bien non. Bien au contraire !

Faisant preuve d’une richesse narrative assez dingue, puisque le long-métrage démarre sur une chronique sociale pour se transformer en gros morceau d’aventure avant de tourner au film catastrophe, cette super production des années 30 rivalisait d’ingéniosité à tout niveau, comme en témoin des effets spéciaux dont le charme est intacte, et qui restent assez spectaculaires grâce à un sens du cadrage rigoureux, notamment dans la gestion des avant et arrière plans pour bien intégrer la créature en stop motion. La poésie qui se dégage de l’ensemble, de cette bête qui scelle son destin en regardant la belle, semble toujours aussi intacte, et le temps file à une vitesse folle devant ce classique des classiques, qui n’est pas près de perdre son statut de roi.

 

Cut Off (2018) de Christian Alvart

D’un côté, une jeune femme angoissée par son stalker d’ex petit copain qui s’est réfugiée sur une île paumée au large de l’Allemagne, prise dans une immense tempête qui la coupe définitivement du monde. De l’autre, un médecin légiste qui va découvrir lors d’une autopsie une capsule contenant le numéro de téléphone de sa fille, séquestrée par un psychopathe.
Le lien entre les deux ? Une machination terrible qui sera au centre de ce polar allemand, adapté d’un roman Sebastien Fitzek et de Michael Tsokos.

Sentant bon la variation d’un Millenium ou des Enquêtes du Département V, Cut Off profite de son duo forcé qui va devoir œuvrer au téléphone tant bien que mal pour avancer dans une intrigue en premier lieu mystérieuse et assez captivante tant on a bien envie de connaître le plan terrible qui régit tout ça, emballé avec nervosité et entrain dans une mise en scène pleine d’envie.

Manque de pot, le bazar dure 2 heures et quart, et va vite s’emmêler les pinceaux dans des rebondissements rocambolesques, où le trop plein de tiroirs, de twists et de surprises finit par annihiler la crédibilité de l’ensemble, quand ça ne tourne pas au nanar grotesque !

Vous savez, ces films où les serial killers sont tellement monstrueux qu’ils semblent avoir utilisés des ressources dignes d’une armée pour malmener une seule personne ? Et bien Cut Off en fait partie, et perd petit à petit tout le capital sympathie posé dans sa première heure tant certaines ficelles ne tiennent pas une seconde debout. Si on voulait faire des mauvais jeux de mots, on dirait que Cut off aurait bien mérité d’être un peu cuté ! Oops. Désolé.

 

En Angleterre Occupée (1964) de Kevin Brownlow et Andrew Mollo

Et si l’Angleterre avait perdu la bataille de Dunkerque et s’était retrouvée occupée par les Nazis ?

Bien avant The Man in the High Castle, Kevin Brownlow et Andrew Mollo mettait en scène une dystopie/uchronie en faveur du IIIème Reich, proposée en version intégrale à l’Etrange Festival par l’auteur de science-fiction Michael Moorcock, qui fit connaissance avec Kevin Brownlow au moment de la production d’une œuvre délicate puisqu’elle fut censurée par United Artists et la BBC durant de longues années.

Une vraie revanche sur l’histoire du cinéma est donc à prendre en découvrant cette œuvre faite avec des bouts de ficelles durant des années (la production a duré 8 ans !), qui suit le parcours d’une infirmière anglaise revenant de la campagne vers Londres sous l’occupation, et qui va voir ses convictions chamboulées. La compréhension totale de la puissance d’une image prédomine, tant les réalisateurs qui sont devenu par ailleurs historiens ont réussi à retranscrire tout l’iconographie et les codes visuels d’un pays occupé et des films de propagande, pour livrer une peinture saisissante de réalisme, dont la reconstitution ne s’arrête pas à l’image puisque le scénario creuse toutes les strates sociales d’un tel environnement. La paranoïa ambiante, la peur du regard de l’autre, les incertitudes morales, l’instinct de survie quitte à renier ses principes, tout y passe au détour d’un seul destin, et il faut saluer la force et l’évidence d’une telle écriture, quand bien même le final est un peu moins subtil que le reste du film.

Cela n’empêche pas l’ensemble d’être d’une pertinence folle et d’une actualité troublante. Le film, à découvrir d’urgence, est disponible en blu-ray outre Manche en espérant une ressortie chez nous très vite.

 

La Petite Fille au Bout du Chemin (1976) de Nicolas Gessner

Adapté d’un roman de Laird Koenig qui signe lui-même le scénario, cette histoire de petite fille montre un village américain où la population commence à se poser des questions sur une enfant qui semble vivre seule chez elle, trouvant toujours une excuse à son père censé être dans les parages.

Parfaitement campé par Jodie Foster qui sortait tout juste du tournage de Taxi Driver, le film joue constamment la carte du mystère et le trouble identitaire, confrontant une gamine à une galerie d’adultes dont elle tente de se mettre au même niveau même si cela n’est jamais donné en retour.
Le film n’a jamais une mise en scène dingue, et se tire comme boulet une bande originale bien kitchos et hors sujet, mais fascine par son dispositif en huit clos et ses rencontres successives, où l’on ne sait jamais où l’on va, la mélancolie faisant place à une colère profonde, à la frustration et à toute une palette d’émotions pour cette héroïne qui semble être dans de sales draps, mais qui ne se laisse jamais faire, y compris dans des situations périlleuses face à un Martin Sheen menaçant.

Encore une fois présenté dans une carte blanche, en l’occurrence celle de Pacôme Thiellement, La Petite Fille au bout du chemin a été vanté comme un film entêtant parce qu’insaisissable dans son propos. C’est une très bonne façon de résumer la chose, et on ne peut que vous inviter à vous aussi sonder le voile brumeux qui entoure cet étrange objet filmique.

 

The Odd Family – Zombie on Sale (2019) de Lee Min-jae

Un festival de cinéma de genre sans film de zombies, c’est un peu comme Noël sans sapin ou l’été sans soleil. D’ailleurs, il est déjà probable qu’on ait déjà fait une intro de ce genre sur CloneWeb [presque, NDLR], tant le mort-vivant a le mérite d’être fidèle à son appellation et d’être littéralement increvable. Ce qui pose souvent des problèmes, vu qu’on commence à en avoir bouffé à toutes les sauces.

Enfin c’est ce qu’on croyait, puisque la Corée du Sud parvient à tirer son épingle du jeu avec The Odd Family, où l’on suit une belle famille de losers dans le fin fond de la campagne, qui va se retrouver avec un zombie un peu couillon sur les bras. Peureux devant les chiens, qui se fait bolosser par tout ce qu’il croise et pas franchement effrayant. Sauf que le bougre va mordre papa par hasard, qui va s’en tirer avec une nouvelle jeunesse et une pêche d’enfer, argument suffisant pour monter un business en 4ème vitesse dans tout le patelin !

Comédie légère qui flirte avec le feel good movie tout en revisitant une figure mythique du fantastique sur laquelle elle réussit à trouver un angle original, The Odd Family se paie en plus le luxe d’avoir une galerie de personnages facilement identifiables et attachants. Alors n’attendez pas des torrents hilarants de gore ou une violence très graphique, de ce point de vue là on reste assez sobre globalement, le film montrant littéralement plus de ketchup que d’hémoglobine.
Mais là n’est pas l’intérêt, et en rythmant efficacement son histoire grâce à sa famille pas possible qui se met constamment des bâtons dans les roues, l’ensemble possède un vent de douce folie qui souffle de la fraîcheur pleine d’amour sur le zombie, montrant après One Cut for the Dead que ce dernier n’est toujours pas prêt à s’enterrer pour de bon.

Dans ses conditions, difficile de résister.

 

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