La salle 500 du Forum des Images était pleine à craquer ce lundi 9 septembre pour applaudir Fabrice du Welz, Thomas Gioria et Fantine Harduin venus présenter Adoration. Quelques guests, dont Béatrice Dalle créditée dans les remerciements et Jackie Berroyer (vu dans Calvaire) étaient même de la fête. C’est dire que le film -prévu en salles pour janvier 2020- est attendu.

En bonus de la chronique consacrée au film belge, deux adaptations de bouquins japonais, celle du roman Diner de Yumeaki Hirayama et du manga The Fable de Katsuhisa Minami.

 

Adoration, de Fabrice Du Welz – Sortie le 22 janvier 2020

La dernière fois qu’on avait vu le réalisateur belge Fabrice du Welz, il s’était offert une petite échappée aux Etats-Unis pour Message from the King, série B rétro certes joliment filmée mais assez mineure. Le voilà de retour au pays pour Adoration, qui conclue sa trilogie dans les Ardennes après Calvaire et Alléluia. Place aux enfants par la même occasion, puisqu’on suit Paul, un jeune garçon crédule et altruiste, qui va se lier d’amitié avec Gloria, la nouvelle occupante de l’hôpital psychiatrique dans lequel travaille sa mère. Évidemment, la rencontre va faire des étincelles, et les deux tourtereaux vont s’échapper rapidement pour vivre un périple où tout peut arriver.

A tous ceux qui s’attendaient à une œuvre sulfureuse et volcanique comme Alléluia, Du Welz répond par un torrent de douceur et de fragilité, courant après l’innocence de ces enfants pour mieux la confronter à la dureté de l’âge adulte et aux troubles psychologiques de Gloria, mettant en péril leur voyage vers l’inconnu.
Renouant avec un style dépouillé et d’une grande simplicité, le cinéaste belge est toujours aussi bon pour retranscrire cette sensation de fébrilité, la caméra scrutant perpétuellement ces âmes innocentes pour rester à fleur de peau, et le film déployant une mise en scène très codée, où chaque élément visuel est un indice quand au ressenti des personnages et leur tempérament ou humeur du moment. Ça passe par les vêtements, assez explicites en la matière, mais aussi par l’atmosphère de chaque scène, qui use des décors et même de la météo pour se poser comme un miroir du tourment intérieur des héros. Un travail rendu possible grâce à la très belle photographie du chef opérateur Manu Dacosse, qui fait des miracles lors des séquences en basses lumières, offrant des plans en contre-jour à tomber par terre, et des jeux d’ombres non moins superbes.

Adoration parvient donc à recréer les premiers émois amoureux avec une évidence qui foudroie le cœur, porté par un duo de jeunes comédiens assez bluffant, et son aura de conte âpre et tendre à la fois, où certaines scènes glaçantes de tension s’immiscent dans une ambiance presque surréaliste, totalement nébuleuse et envoûtante, qui donne envie de suivre ces gamins pour revivre un idéal et ne garder que l’essentiel, cette pureté des sentiments, cette lucidité de vie.
« L’amour, ou rien » peut-on lire sur l’affiche d’Adoration.

En ce qui nous concerne monsieur Du Welz, on est de tout cœur avec vous.

 

Diner (2019) de Mika Ninagawa

Mika Ninagawa est à l’origine connue pour être une photographe au style ultra coloré et flashy, ce qu’une simple recherche google images vous confirmera haut et fort ! Maintenant que les présentations sont faites, vous n’aurez aucun mal à comprendre que cette artiste est passée à la réalisation en se penchant sur des adaptations de romans, comme pour son troisième film Diner dont il est question ici.

On y suit une jeune femme antisociale, qui va se retrouver suite à un mauvais concours de circonstances serveuse dans un restaurant un peu spécial, puisque dédié uniquement aux tueurs à gages !

Un microcosme un peu chtarbé qui sert de terrain de jeu plastique à la cinéaste, collant des néons et des couleurs partout dans les lieux, utilisant des styles visuels différents dans chaque salle de l’établissement pour coller au mieux aux looks variés et extravagants des clients, qui possèdent chacun leur univers propre, allant des tueuses classes en tailleurs et chapeaux larges, à une belle bande d’allumés se revendiquant de la culture mexicaine, ou à un homme tout en cuir et de cicatrices… Plans accélérés, B.O bien rock, cadres saturés de couleur et jets d’hémoglobine à tout va, Diner est bel et bien l’adaptation d’un manga et de son énergie, réussissant à retranscrire le foisonnement visuel du médium à l’écran dans une réal assez inventive qui parvient à exploiter le huit clos sans être trop redondant. Il y aurait plus à redire sur la partie narrative en revanche, qui se concentre énormément sur les traumas de son héroïne, posant ainsi un frein à l’euphorie de l’ensemble.

Cela étant, Ninagawa a le bon goût de traiter aussi le mal être visuellement, et si son Diner traine un peu la patte, il reste un film fluo-pop au caractère bien trempé et qui réussit drôlement bien à faire vivre son microcosme excentrique.

 

The Fable (2019) de Kan Eguchi

Contrairement à ce que peut laisser penser son titre, The Fable n’a rien de féérique ou de merveilleux puisqu’il est le surnom qu’on donne à un tueur surdoué, que personne n’arrête et qui ne vous proposera rien d’autre qu’une mort assurée dès lors que vous serez sa cible.

Sauf que le bonhomme en question, à force de tuer à tort et à travers, a bien besoin de vacances selon ses employeurs, ce qui va être un peu emmerdant pour le bougre qui va devoir faire profil bas… Et qui ne sait pas comment on fait. La vie normale et basique de monsieur tout-le-monde est un véritable mystère pour ce terminator en puissance, et les yakuzas vont profiter de l’occasion pour essayer de le descendre, ce qui ne va évidemment rien arranger !

Adapté une nouvelle fois d’un manga, ce film japonais au pitch savoureux a le cul entre deux chaises tant il démarre comme une comédie d’action loufoque pour vite tomber dans des chroniques sociales mollassonnes, le nouvel entourage du tueur prenant le pas sur celui-ci et faisant basculer le film dans une succession de scènes de vie filmées sans la moindre inventivité, dans une réalisation fonctionnelle et illustrative au possible, plombant d’autant plus le film que celui-ci dure deux heures.

Alors oui, il y aura un bouquet final riche en fusillades en tout genre avec quelques chorégraphies un tant soit peu recherchées, mais l’ensemble semble vite réfuter l’énergie présentée en introduction (où l’on voit par exemple comment le tueur calcule ses trajectoires de balles à l’écran en direct) pour se morfondre sur le sort d’une future demoiselle en détresse et des ramifications de la mafia avec trahisons à la pelle et consorts. Bref, il y a un peu d’idée, mais pas assez pour meubler !

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