C’était un peu à la dernière minute mais nous étions à la projection de The Green Hornet il y a quelques jours à Paris, l’occasion de découvrir et de vous parler d’un des films les plus attendus de ce tout début de nouvelle année.

Basé sur une émission radiophonique et sur une série télé qui a permis aux Américains de découvrir Bruce Lee (qui tenait le rôle de Kato), le film est mis en scène par Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Soyez Sympa Rembobinez). Nous étions donc curieux de voir ce que le Français allait faire d’un super héros de blockbuster, avec la pression d’un studio sur les épaules.

Verdict.

 

The Green Hornet – Sortie le 12 janvier 2011
Réalisé par Michel Gondry
Avec Seth Rogen, Cameron Diaz, Jay Chou
Le directeur du journal Daily Sentinel se transforme la nuit en super-héros connu sous le nom de Frelon Vert. Il est secondé par Kato, l’expert en arts martiaux.

Grappillant toujours plus de dollars tout en décevant de manière proportionnelle les fans de la première heure attachés à leurs icônes sorties des cases de bandes dessinées diverses, l’adaptation de comics a outrepassé l’effet de mode et fait désormais partie du paysage cinématographique actuel en étant quasiment devenue une catégorie à part entière.
Forcément, avec environ 3 à 5 films du style chaque année sur nos écrans (sachant que c’est toujours des gros budgets), la concurrence est rude, et chaque studio cherche désormais non seulement la nouvelle licence à adapter pour faire un carton plein tout en essayant de trouver le cinéaste qui conciliera fidélité pour les lecteurs et ouverture pour le grand public.
Tandis que Marvel Studios écume son catalogue et met en place un univers inter-film bientôt aussi bordélique que celui de ses comics, Sony Pictures/Columbia se cherche encore et ce malgré le succès planétaire et colossal d’une trilogie Spider-Man auquel les producteurs ont mis un terme de manière abrupte pour mieux redémarrer l’engin.
A côté de ce choix toujours incompris à juste titre par beaucoup, le studio a ramené dans ses rangs un héros moins connu de chez nous et à qui la réputation doit beaucoup à une série TV d’antan au générique si authentique. Accueillant donc le Frelon Vert, dit The Green Hornet, le studio n’a pas fait les choses à moitié puisqu’ils ont été cherché un amoureux de la série qui ne nous est pas inconnu, à savoir que c’est Mr Michel Gondry qui mène la barre. Enfin, mener la barre, c’est peut être un grand mot…

On a vite entendu après le démarrage du tournage des rumeurs de désaccord entre l’acteur principal Seth Rogen et le réal, qui aurait aussi eu à faire à un studio pas très en phase avec le caractère délirant du frenchy, qui était parti pour livrer un film en contraste avec les autres étalons du genre.
Prenant en compte ce contexte particulier et une promo pas des plus rassurantes, on avait un peu peur du visionnage, qui s’est avéré rassurant quand au talent et à la liberté de notre cinéaste émigré, ou du moins partiellement pour le second point.

The Green Hornet est une sorte de film hybride, un mélange détonnant entre le film d’action qui envoi ses bastos comme il faut et une comédie déjantée dans le pur style d’Apatow, style Pineapple Express. Non pas que le film donne dans le trash, la drogue et le sexe à outrance mais il est d’une humeur clairement déjanté, ce qui n’est en rien étonnant puisque les scénaristes de la chose sont ni plus ni moins ceux de Supergrave ! Et alors qu’on est dans une phase où les films de super héros se veulent sérieux ou durs, à l’instar de The Dark Knight ou autre Watchmen, le dernier Gondry prend l’option de la déconnade assumée et absolue, ce qu’on retrouve dans les motivations du personnage principal qui, certes, devient un vengeur œuvrant la nuit pour la sécurité de tous à cause du décès d’un proche et d’une prise de conscience en découlant mais qui choisit aussi ce train de vie parce que l’adrénaline procurée lui plaît !

C’est donc tout souriant que Seth Rogen part refaire le portrait à la mafia locale accompagné de son nouveau et fidèle associé Kato et sans prendre leur mission à la légère, les deux hommes ne semblent pas se déplaire dans leur nouvelle position.
La première qualité du film, par ailleurs surprenante, se situe donc dans ce ton léger puisque l’humour est omniprésente du début à la fin pour un show à l’ambiance survoltée, grâce à un duo improbable dont la principale occupation est de renvoyer la balle à l’autre pour une succession de gags bien fichus et fonctionnant grâce à l’alchimie des deux acteurs.
Une qualité d’écriture que l’on retrouve aussi dans les autres personnages dont le méchant Chudnofsky interprété par un Christoph Waltz qui n’a rien perdu de son talent depuis Inglourious Basterds et aidé par des dialogues assez savoureux tout du long, dont un en début de long métrage l’opposant face à un guest fort appréciable et qui place de suite le personnage d’une bien belle manière.
Le film carbure donc à l’adrénaline par un scénario bien écrit et qui réussit à être respectueux du mythe super héroïque (Green Hornet ne tue pas…) tout en jouant avec les codes du genre, puisque l’originalité vient du fait que notre héros est considéré comme un malfrat et va donc profiter de cette position pour mieux s’approcher de ses ennemis tout en devant gérer avec la police.
Jonglant avec toutes les caractéristiques récurrentes du cinéma de justicier masqué en les détournant habilement (notamment sur l’éternelle donzelle de service, ici Cameron Diaz démontrant une connaissance de la comédie intacte), le film réussi à être donc respectueux tout en chamboulant gentiment et en restant cohérent avec son concept de bout en bout, pulvérisant au passage l’abject et bien cynique Kick-Ass, qui avait précisément été plébiscité pour des qualités qu’il n’avait tout simplement pas tant le film rentrait discrètement mais sûrement dans le rang en affichant pourtant une prétendue subversion. Multipliant les idées de situations aussi atypiques que schtarbées et parfois surprenantes, le script s’éclate donc avec toute la mythologie auquel il fait appel sans jamais s’en moquer, ce qui est assez rare ces temps ci pour être féliciter.

Le film de notre Gondry reste pourtant un objet assez étrange dans le sens où il provient indéniablement du mélange de deux univers et si il est évident que le frenchy a du faire quelques concessions à la production, comme une 3D post convertie qui ne pique pas les yeux parce qu’elle se révèle très vite invisible, ce cher et tant apprécié Michel a tout de même marqué le long métrage de son empreinte tant la réalisation du tout est boostée à la nitro pour une aventure qui va à toute berzingue. Si l’avalanche de gags est un premier élément de cette atmosphère déglingo, la réalisation y est pour quelque chose avec certaines transitions accélérés qui ne manquent pas de recoller un coup de pied au rythme au cas où celui-ci en aurait encore besoin, tandis que les aspects les plus clipesques de Gondry sont présents, avec une bande son rock’n roll à souhait et faisant fondre les compositions pas désagréables de James Newton Howard au milieu des morceaux des White Stripes et d’autres collègues chatouilleurs de gratte.
Pour une fois, le rapprochement au clip n’a rien de péjoratif tant Gondry montre une réelle aisance dans la mise en scène d’un blockbuster comme celui-ci avec ce que cela implique, à savoir des scènes d’actions avec explosions, poursuites et tout le tralala. Si le tout se révèle clair et précis, ce dont on ne doutait pas venant du bonhomme, le bougre se permet même d’aller donner des leçons de mise en scène à Snyder & Co en rappelant ce que c’est du ralenti utile et impressionnant, lors de 3 scènes de combat usant d’un bullet time saisissant et dont la puissance du spectacle est assurée par un Kato filant à toute allure au milieu de ses ennemis subissant les effets du temps.
Et tandis que vous serez ébahis par un plan séquence démarrant en un seul cadre pour finir en split screen géant à l’écran tout en vous mettant trois claques et imposant la question « Mais comment il a fait ?! », on pourra noter à droite et à gauche diverses clins d’œil à la série originale en plus de quelques invités qui font leur petit effet.
Vous en viendriez presque à croire que Green Hornet a donc visé dans le mille et même si il n’en est pas loin, le film porte paradoxalement les défauts qui vont avec ses qualités.

Le plus évident provient du caractère hyperactif et surexcité du tout qui frôle à 2 ou 3 reprises l’overdose avec certains passages ayant tendance à un peu trop tirer sur la corde, ce qui se traduit par l’épuisement d’un ou deux gags à rallonge ou une fusillade finale dans laquelle l’excédent de verre brisé, d’explosions, de coups de feu et de matériaux défoncés en tout genre finit par taper un peu sur les nerfs.
Ce parti pris pour la déconnade décomplexée affecte aussi plus directement une histoire qui manque complètement d’enjeu vu qu’on ne miserait pas un kopek sur le danger encouru par nos héros face à leur attitude extravagante et loufoque qui désamorce systématiquement une éventuelle tension.
Enfin après tout, on était quand même venus pour se marrer et de ce point de vue là, on a été servi, même si toute la folie lyrique de Gondry est passée au rouleau compresseur à rires de Seth Rogen, excluant complètement la poésie si caractéristique du cinéaste pour mieux en préserver la maîtrise formelle et le pendant rock’n roll.

On craignait de voir Michel Gondry se faire écraser par ses producteurs pour nous livrer un produit formaté, et on a eu tort. Si le Frenchy oscarisé laisse de la place à l’univers comique de Seth Rogen, c’est pour mieux s’y mêler afin de livrer un spectacle littéralement hystérique et dont la folie allume à peu près tout sur son passage, quitte à laisser tout suspense de côté.
Ca ne se prend pas le chou une seconde donc mais ça a le mérite de très bien le faire et si on ne pourra que vous conseillez d’éviter de coller 3 euros de plus pour une 3D autant convertie qu’inutile (ce qui est un pléonasme), n’hésitez pas à aller faire les cons avec ce Green Hornet plus qu’honnête puisque le défoulement est véritablement assuré.

4 commentaires

  • bruttenholm mercredi 5 janvier 2011 16 h 38 min

    ‘Me demande bien où on a pu entendre “rumeurs de désaccord entre l’acteur principal Seth Rogen et le réal”, puisque c’est Rogen qui a contribué à faire venir Gondry sur le projet, et qu’il a demandé l’avis du réalisateur sur son scénario avant même que Sony s’intéresse à lui…

  • Bruce Lee mercredi 5 janvier 2011 23 h 59 min

    Moi ça me branche pas mal ce film, je sais que je vais payer pour me fendre de rire le plus possible, et puis Gondry, bah c’est mon chouchou… Donc…
    Très bonne présentation en tout cas, j’apprécie, j’apprécie !

  • Trackback: CloneWeb » Demain c’est… mercredi 12 janvier
  • dilbert jeudi 13 janvier 2011 19 h 24 min

    Très sympa ta critique juste ce qu’il faut de subjectivité pour la rendre vraiment intéressante. Et puis le mini-pamphlet contre Kick-Ass m’a bien plu, tant je ne comprend toujours pas l’engouement qu’il a suscité.
    Merci en tout cas, ça m’a méchamment donné envie de le voir ce week-end.

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