En attendant de le revoir derrière une caméra, Guillermo del Toro revient à la production avec cette adaptation des bouquins d’Alvin Schwartz prévue en salles pour le 21 août : Scary Stories to Tell in the Dark

LA CRITIQUE

Même s’il a pris une année sabbatique après le succès de La Forme de l’Eau, Guillermo Del Toro n’est pas resté les bras croisés. Producteur sur ses séries des Contes d’Arcadia pour Netflix (Trollhunters / 3Below), il a aussi accompagné plusieurs longs-métrages dont les prochains films de Scott Cooper ou Robert Zemeckis, excusez du peu. Le premier à arriver sur nos écrans est Scary Stories, et mérite toute notre attention pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il est réalisé par Andre Øvredal, réalisateur norvégien remarqué en 2010 avec le found footage décalé Trollhunter (rien à voir avec la série de Del Toro pour le coup), et qui a confirmé l’essai en 2016 avec The Jane Doe Identity (The Autopsy of Jane Doe en VO), un thriller horrifique original de fort bonne tenue.
La seconde, et pas des moindres, c’est que Scary Stories est tiré d’une série de contes horrifiques pour enfants qui a défié la chronique plusieurs fois aux USA depuis sa première publication en 1981 en raison de son imagerie particulièrement glauque et jugée trop violente pour le public ciblé. Forcément, tout ça semble de bonne augure pour tenir la promesse du titre…

Si les 3 tomes de « Scary Stories to Tell in the Dark » sont des recueils de nouvelles déconnectées les unes des autres, l’adaptation cinématographique n’est en rien un film à sketchs, son récit prenant place dans une petite ville américaine à la fin des années 60, où une bande d’ados va pénétrer dans un manoir abandonné le soir d’Halloween, et tomber sur un livre d’histoires sordides qui s’apprête à écrire de nouveaux chapitres…
Evidemment, les pauvres enfants et leur entourage vont vite faire les frais de cette malédiction et c’est là que vient prendre place la mécanique des différentes petites histoires, chaque personnage devenant malgré lui le héros de l’une d’elles, sachant que chacune fait appel à une peur primaire et enfantine.
Difficile de ne pas penser à Ça dans le dispositif, tout comme à une énième variante de Chair de poule ou de toutes les productions type Amblin des années 90, des Goonies à Gremlins en passant par Explorers et E.T, puisqu’on retrouve une bande d’amis un peu geeks, se déplaçant forcément à vélo, qui plonge bien malgré elle dans les histoires qui les passionnent d’ordinaire. La jeune héroïne Stella écrit d’ailleurs elle-même des nouvelles d’horreur, d’où son attrait initial pour le grimoire maudit, tout comme sa chambre est bardée de posters en référence à Frankenstein, aux autres films de la Hammer ou aux productions de William Castle ou de Roger Corman.

Alors sur le papier, Scary Stories semble pleinement surfer sur la vague nostalgique qui domine sur le cinéma US et tombe presque un peu trop à pique au moment des cartons de Ça et de Stranger Things. Sauf qu’il serait un peu facile de ranger la dernière production Del Toro dans les projets opportunistes tant on est face à un projet qui dégueule d’amour pour le matériau qu’elle adapte avec intelligence, déjà en brodant d’entrée de jeu tout un propos sur l’importance des histoires dans la construction de la psyché humaine durant l’enfance et l’adolescence, ce qui amènera le récit à un moment sur un fantastique onirique et poétique, une marque de fabrique des productions Del Toro. (Mama, Don’t Be Afraid of the Dark…)
Mais comme on est venu pour se faire peur, on attend d’une telle production qu’elle délivre les frissons et à ce petit jeu, l’équipe de Scary Stories s’est fait indéniablement plaisir.

Comme on l’a dit en amont, plusieurs personnages au fur et à mesure de l’intrigue vont se retrouver plongés dans des nouvelles conçues spécialement pour eux (comme c’est gentil), afin de bien les martyriser. Profitant de ce principe pour piocher dans les diverses nouvelles d’origine écrites par Alvin Schwartz, le film exploite ainsi un folklore dense qui permet à André Øvredal de ne jamais tourner deux fois la même scène, la menace changeant constamment. Ce sera un épouvantail lugubre qui va prendre vie pour l’un, un conte d’enfance ragoûtant pour un autre ou une question de dermatologie douteuse pour la jolie fille du lycée et j’en passe : chaque cauchemar prend vie en repartant de zéro, renouvelant constamment les attentes et craintes du spectateur qui découvre un nouveau mécanisme diabolique à chaque fois. Si Øvredal n’hésite pas à donner dans le jump scare, il n’en abuse pas et l’utilise à bon escient, son long-métrage arborant sans honte des attraits de train fantôme qui de toute façon ne mentira jamais sur la marchandise puisqu’il assume fièrement son bestiaire de monstres, que l’on voit tous sans détour. La démarche est d’ailleurs extrêmement ludique, tant il y a un caractère fascinant à voir comment chaque créature fonctionne et s’apprête à torturer sa future victime.

Si la progression laisse penser au bout d’un moment que ce schéma va finir par tourner en rond, c’est d’autant plus une excellente surprise de voir qu’au contraire, le film parvient du début à la fin à renouveler ses idées et son imagerie, chaque tourment fonctionnant différemment et ayant ses spécificités, qui vont parfois jusqu’à impacter le découpage d’une scène pour que celle-ci colle le plus possible à l’humeur macabre de l’instant ! Alors on pourra bien sûr en être effrayé tout du long, mais je ne vous cache pas me concernant que voir combien l’inventivité sinistre de cette entreprise tournait à plein régime était une véritable source de plaisir, tout comme l’assimilation des sombres desseins de chaque manifestation paranormale se fait toujours avec un temps d’avance pour le spectateur, afin qu’il redoute la suite…

Complice et joueur dans sa mise en scène, André Øvredal n’oublie pas pour autant de donner de la chair à son récit, l’Amérique profonde dépeinte ici ne cessant d’avoir des échos avec celle d’aujourd’hui, que ce soit dans les problématiques d’intégration avec le personnage de Ramon joué par Michael Garza, qui aura bien du mal à passer inaperçu dans ce petit village, ou dans les discours télévisés de Nixon en toile de fond, le film ayant lieu durant les élections de 1968 et la guerre du Vietnam et utilisant les interventions du futur président controversé comme de jolies piqures de rappel à l’actualité du pays. A un niveau plus intime, la relation entre l’héroïne et son père plombée par une mère disparue permet d’ajouter un peu de drama à ce joli personnage d’adolescente, qui se réfugie dans les histoires pour une bonne raison.

Globalement, Scary Stories ne révolutionne rien, comme en témoigne son cadre très familier, que ce soit au niveau du décorum revisité, du fond de l’histoire ou de sa structure horrifique.
Et pourtant, jamais cela ne l’empêche de cultiver le goût de l’horreur savamment distillée, utilisant au contraire les habitudes du spectateur pour mieux les retourner contre lui, profitant d’une galerie de personnages douée de vraies personnalités avec un cerveau en état de fonctionnement (!), et s’éclatant à exploiter son catalogue de monstres autant que possible et toujours à bon escient, sans jamais omettre le fond de toute cette affaire.

Il en ressort un film d’horreur chargé d’amour pour sa mission, et qui parvient à être fortement attachant sans altérer son efficacité jubilatoire.

Scary Stories, d’André Øvredal – Sortie le 21 août 2019

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