Le 1er décembre sera une journée chargée pour les cinéphiles tant de nombreux films réussis (et moins réussis d’ailleurs) sortent sur les écrans le même jour, surement pour remplir nos plannings de Noël.

Outre Scott Pilgrim, Monsters, Machete, Raiponce ou A Bout Portant (oui, tout ça), il y a Lullaby de Benoit Phillipon, un film qui nous a tapé dans l’oeil dès les premières images sûrement à cause de la présence de la charmante Clémence Poésy. A moins que ça soit la musique de Charlie Winston. Ou l’extraordinaire photo du film.

Bref, en voici la critique.

Lullaby – Sortie le 1er décembre 2010
Réalisé par Benoît Philippon
Avec Rupert Friend, Clémence Poésy, Forest Whitaker

J’avoue qu’il ne m’a pas été facile de parler de ce film. J’ai longtemps cherché mes mots afin de vous faire comprendre à quel point ce film m’a touché, à quel point ce film a été magique. Je pense ne pas avoir réussi complètement, car Lullaby n’est pas forcément quelque chose à analyser, mais quelque chose à vivre. Il aurait pu être un film banal s’il n’y avait pas eu cette magie, ce romantisme ambiant. Et c’est cette chose qui a été la plus difficile à retranscrire par écrit.

Sam, libraire le jour et musicien la nuit, perd la femme de sa vie, Joséphine, et de fait, le sens de son existence.
Jusqu’à sa rencontre incongrue et quelque peu loufoque avec une jeune femme mystérieuse, Pi, qui devient synonyme de renaissance : pendant que Sam reprend goût à la vie et à la musique, Pi déchiffre la part du mystère qu’elle porte en elle.
Une étrange relation se noue entre eux à travers la porte d’une salle de bains… absurdité et beauté des hasards de la vie à New York…

Il y a certains films qu’on voit, et qu’on oublie aussitôt sorti de la salle. Et il y en a d’autres, qu’on voit, et auquel on ne peut s’arrêter de penser, ces films vrais qui nous touchent au plus profond de nous. Ce genre de film me fait repenser pourquoi j’aime le cinéma : ces moments où tous nos sens sont mis en éveil, où on est si proche de la vérité et surtout où on s’évade…

Lullaby fait en fait partie. Non content de s’entourer d’un casting quatre étoiles, Benoit Philippon réalise pour son premier long métrage un film qui n’en mérite pas moins. Entre Rupert Friend, Clémence Poésy, Forest Whitaker et Matt Ward, on ne sait plus où donner de la tête.
On aurait pu assister à une énième comédie romantique, pourtant en mettant en place une rencontre de deux personnes atypiques dans une salle de bain, Philippon a su sortir des sentiers battus et se démarquer de ses comparses pour nous livre un des plus beaux films de cette année. Ici, on arrive dans la vie de deux personnages sans avoir de détails sur leur passé. Sam est en deuil depuis un an. Il passe sa vie dans l’hôtel où ils se sont rencontrés, attendant un coup de téléphone impossible. Il n’a plus goût en rien, ni à la vie, ni à la musique, alors qu’il se produisait régulièrement sur scène.

Difficile de dire quelle est la véritable force de ce film tant les qualités sont nombreuses. Mais si je devrais en choisir une ce serait l’intelligence du scénario. Entre une fille mystérieuse, un homme triste, un ange gardien et un garçon plein de vie, les personnages sont hauts en couleurs. Benoit Philippon a eu l’intelligence d’opposer à peu près tout pendant 1h45. Alors qu’on devrait éprouver de la sympathie pour Rupert Friend, on n’a qu’une seule envie : lui coller une paire de baffes et de le secouer en lui disant « va découvrir la vie, sort ». Heureusement William est là. Jeune black, il atterrit par hasard dans l’appart’ de Sam pour y trouver un refuge dans la musique. Il entraîne Sam dans un monde qu’il ne connaît pas, celui du hip-hop. Puis Pi arrive, et Sam se réfugie dans son cœur. Pi, pour qui on devrait éprouver de l’empathie, cette jeune femme mystérieuse et au caractère insupportable nous donne finalement envie de la prendre dans ses bras, nous fait rire, et nous redonne le sourire. Dynamique, pleine de vie, souriante, elle est l’opposée totale de Sam. Lui vit dans un monde gris, elle vit dans un monde coloré.

Véritable personnage à part entière, Lullaby (qui veut dire berceuse) tourne autour de la musique. Ainsi, la première moitié du film se passe dans une salle de bain, mais qui plus est avec peu de paroles. La musique est le moyen principal de communiqué dans leur monde (cette affirmation atteint son apogée quand Sam propose à William de parler à son père en lui jouant un morceau). Oui, leur monde. Car Pi et Sam semble en effet vivre dans une autre époque, coupé du monde. Ceci se voit accentué par la sublime photo donnant un ton très années 50, accompagné par les décors et les tenues intemporels

Au fur et à mesure que le film avance, on assiste évidemment à la nouvelle vie de Sam, refaisant surface dans le monde réel, finissant son deuil. Evidemment et malheureusement, cette histoire ne peut passer outre les clichés du genre. Forest Whitaker est là pour le montrer. Incarnant le bon samaritain, il n’apparaît que dans les moments où on a besoin de lui. Passé ça, le film prend un tournant différent. A la sortie de la salle de bain, les personnages sortent de leur monde. Ils se voient confrontés à la vie de tous les jours et aux personnes de tous les jours.

Tel My Blueberry Nights, on ne sait que très peu sur nos personnages, on arrive à un moment donné et on repart à un moment donné, c’est à notre inconscient de faire le reste de l’histoire. Inévitablement, Lullaby s’inspire du chef d’œuvre de Wong Kar Wai. Une histoire d’amour naît entre deux personnages qui ne se voient pas. Sam possède une librairie à son image, tel Jeremy et son restaurant. Les couleurs parfois pastel, parfois colorées et l’époque indéfinie rappellent également le film.

Souffrant inévitablement de quelques défauts de premier long métrage (notamment sur la gestion du rythme), et malgré une ou deux longueurs, Lullaby (for Pi) est un film magique, fabuleux et surtout très vrai. Ces éléments se voient accompagnés d’une musique omniprésente composée par Charlie Winston. On assiste à la fin d’un deuil, au début d’une nouvelle vie, mais surtout, on assiste à une tranche de vie tellement merveilleuse qu’on n’a jamais envie que ça se termine. Lullaby est un des plus merveilleux films de l’année. Benoit Philippon est un réalisateur à surveiller de très près.

7 commentaires

  • Tétris jeudi 25 novembre 2010 16 h 09 min

    Voilà qui donne sacrément envie.
    Vivement la semaine prochaine !

  • Ron Perlman samedi 27 novembre 2010 0 h 08 min

    Moi aussi, quand j’ai vu la bande annonce, ça m’a paru très interessant. Je le mate la semaine prochaine, et on en parle coco !!

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  • Trackback: CloneWeb » Demain c’est … mercredi 1er décembre
  • Aurélie jeudi 2 décembre 2010 10 h 56 min

    C’est clair que ça donne envie…

  • Trackback: CloneWeb » Lullaby en DVD le 21 juin
  • Holes. samedi 20 août 2011 13 h 47 min

    Il n’a pas mieux comme critique, ce film est une berceuse, est un chef d’œuvre, de loin mon film préféré ! Je le regarde à chaque fois comme si c’était une première. Merci à Benoit, et aux acteurs !

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