Sono Sion est un réalisateur tellement prolifique qu’on se perd un peu das ses productions tout en étant à peu près sûr de découvrir un de ses nouveaux long métrages lors d’un festival dédié au cinéma de genre.

Ca n’a pas manqué à l’Etrange Festival qui a diffusé Tag ainsi que Love and Peace, sur lequel nous avons voulu nous arrêter largement.

Les films du réalisateur sortent ponctuellement en France, c’est notamment le cas de Why Don’t You Play in Hell. Pour les autres, on ne peut que vous recommander de vous tourner l’éditeur Third Windows Film qui fait du super boulot.

LA CRITIQUE

Quand un réalisateur réussit à être réglé comme un métronome en faisant un film par an, il y a déjà de quoi être impressionné. Et pourtant, cela ne semble pas constituer un record pour autant puisque certains semblent carburer à une force extra-terrestre pour faire plusieurs longs-métrages par an !
Takashi Miike est déjà bien connu dans la catégorie (plus de 12 films entre 2002 et 2003 !) et son ami Sono Sion semble vouloir reprendre le flambeau. Bien que productif depuis une vingtaine d’années, le réalisateur japonais qui explose comme jamais ses derniers temps semble avoir tout donné en 2015 avec pas moins de 7 films à son actif ! L’Etrange Festival était l’occasion d’en découvrir 2 dont Tag et celui qui nous intéresse maintenant, Love & Peace…

On pourrait croire que faire autant de films force un homme à œuvrer dans un genre en particulier et on fait pourtant difficilement plus éclectique de Sono Sion ces derniers temps. Sortant d’une période grave avec notamment The Land of Hope sur la tragédie de Fukushima, il a opéré un virage à 180° pour revenir au divertissement pur dans son chef d’œuvre Why Don’t You Play in Hell ?
Entre temps, on a eu le droit à Tokyo Tribe, l’adaptation allumée d’un manga japonais sous forme de comédie musicale gangsta rap psychédélique. Et parmi les 7 films de cette année, voici donc Love & Peace, l’histoire improbable d’un immense loser japonais, mal dans sa peau et moqué de ses collègues, qui rêve de devenir une star du punk rock !
Adoptant une tortue pour avoir un compagnon, il va malheureusement perdre son animal rapidement, ce qui va avoir des conséquences pour le moins surprenantes sans qu’il ne s’en rende forcément compte…
Ce n’est que le début d’un chemin criblé de surprises, tant Love & Peace démontre une fois encore la frénésie créative dont est capable le japonais…

Dans ce qui s’impose clairement comme un conte de fée gentiment frappadingue, Sono Sion réalise ce qui s’apparente à un véritable rêve de gosse. Tout en étant plus grand public que jamais, ce cher Sono ne retient en rien sa folie débordante tant le film, rien que par sa mise en scène, est un défilé de séquences hautes en couleurs à l’enthousiasme communicatif.
Bien sûr, le héros en prend pour son grade en début de film, et c’est avec l’entrain bien appuyé qu’on lui connaît que le cinéaste s’éclate à torturer le génial Hiromi Hasewaga, qui semble constamment constipé tant il triture son visage dans tous les sens, offrant une performance comique qui n’a rien à envier à un Jim Carrey dans le genre. En poussant chaque détail à fond, et en exacerbant les émotions de son personnage, Sono Sion nage déjà dans un univers surréaliste qui né de l’extrême vivacité de son film. Collègues tous plus infâmes les uns que les autres, environnement grisâtre dans lequel le héros évolue tel un vilain petit canard ou encore appartement sous forme de cocon féérique, le monde en vase clos de Love & Peace semble déjà plus grand que nature sous ses fausses apparences réalistes pour ne pas cacher plus.

Et ce n’est qu’une mise en bouche, puisqu’en suivant le parcours d’une tortue (!) appelée Pikadon (un nom qui vous restera longtemps en tête après avoir vu le film…), Love & Peace va plonger tête la première dans le pur conte de fée enfantin et enchanteur, dont l’influence première et revendiquée n’est autre que le Babe de George Miller ! Ce n’est pas une grande surprise pour ceux qui connaissent le réalisateur, puisque celui-ci a toujours affirmé son amour pour l’histoire du cochon devenu fermier, qu’il revendique haut et fort comme son film préféré, et dont il avait programmé la suite l’an dernier dans la carte blanche que lui avait accordé l’Etrange Festival.
Avec des animaux et des jouets en protagonistes vivants, l’autre partie de Love & Peace parle pour elle-même tant elle est joyeuse, candide, et étonnante venant d’un homme réputé pour filmer des massacres en règle et les femmes sous toutes leurs coutures.
Ce décorum magique qui affirme la volonté première du projet renforce aussi l’intrigue de base en ayant une influence majeure sur cette dernière pour l’emmener plus que jamais dans un terrain mirifique. Sans jamais perdre de vue son protagoniste dont le destin va devenir une aventure rocambolesque, Love & Peace est un ravissement de tous les instants et porte ses envies jusqu’au bout. Pour ceux ayant suivi le projet, il était annoncé durant un moment comme un Kaiju Eiga, les fameux films de monstres japonais dont Godzilla est le plus célèbre représentant.
Si de toute évidence, et de l’aveu même du principal intéressé, le film a bien dérivé de cet objectif initial, il en porte toujours indéniablement la marque pour notre plus grand bonheur, parmi les mille trésors que le film nous réserve. Tout comme le fond ne reste pas inoffensif en montrant combien l’avidité peut nous jouer des tours, en portant sa morale sans la marteler, preuve que le film s’adresse aux enfants sans les prendre pour des demeurés.
Enfin, comment ne pas mentionner la bande son génialissime du film, qui nous refait le coup de Why Don’t You Play in Hell en vous collant des chansons dans le crâne pour un bon moment, avec l’envie de revoir le film pour les chantonner devant.

Aussi difficile soit-il de parler de Love & Peace sans en révéler les merveilles abondantes, il reste plus simplement qu’à ne conseiller une chose : que vous le voyez le plus vite possible !
Embrassant le conte de fée avec une ferveur et un iconoclasme jouissif, Sono Sion mélange les genres pour mieux en jouer dans une œuvre à la frénésie décoiffante, et à la bonté rafraichissante. Une œuvre imprévisible et libre, dont le plus beau compliment pour son créateur est que son inspiration principale, George Miller, ne peut qu’être fier de l’hommage qui lui est magnifiquement rendu.

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