La saison des festivals continue de battre son plein même sur CloneWeb puisque, quand Alex est à Deauville, Jean-Victor enchaine, lui, les films à l’Etrange Festival à Paris.

Au programme de cette troisième partie, une histoire de couple qui tourne au fantastique et rappelant le récent film de Joe Dante, Chasuke’s Journey du réalisateur japonais Sabu mais aussi l’inévitable film du moment de l’inépuisable Sono Sion…

 

Nina Forever (2015)
de Ben & Chris Blaine

Cette année, plusieurs cinéastes ont visiblement été traversés par une inspiration commune pour livrer un film traitant d’une ex copine décédée et revenue d’entre les murs dans un état quelque peu ragoûtant. Après les inédits Life After Beth et Burying the Ex, voici donc Nina Forever, l’histoire de deux jeunes tourtereaux qui vont avoir une drôle de mauvaise surprise : lorsqu’ils forniquent, l’ancienne copine de monsieur revient de l’au delà pour s’inviter au pieu !
Etrangement, Nina Forever est bien moins drôle qu’il n’y paraît, tant il utilise son concept loufoque pour parler avant tout du décès et des difficultés à vivre sans ses proches pour ceux qui restent. Un choix louable, et intéressant, qui malheureusement se voit considérablement rabaissé par un traitement aux fraises. Les personnages prennent des décisions complètement illogiques et aberrantes pour essayer de se débarrasser de leur fardeau, comme s’ils voulaient au final volontairement s’enfoncer dedans. Et le personnage masculin, d’où provient le problème, n’existe tout simplement pas. Constamment en arrière plan pour mieux regarder son ex et sa nouvelle copine se tirer la bourre, le bougre est passif du début à la fin, ce qui empêche de s’identifier à lui et de partager sa prétendue peine. Plus problématique encore, cela empêche l’histoire d’amour naissante de prendre tant cette dernière est banale, sans aucune alchimie particulière ni étincelle entre les deux prétendus amoureux.
En ressort un film parfois juste mais contradictoire et à l’écriture poussive, comme en témoigne un dénouement insensé.

 


Chasuke’s Journey
(2015)
de Sabu

Grâce à Chasuke’s Journey, on découvre que nos vies sont écrites au ciel par des anges scripts qui passent leur journée à reporter sur papier le moindre évènement de nos existences. Nos destins sont tout tracés en somme, sauf celui d’une jeune femme appelée Yuki qui s’apprête à se faire renverser par une voiture, avant qu’un ange ne descende exprès sur Terre pour essayer de la sauver.
Comédie loufoque comme seuls les Japonais savent les faire, le nouveau film de Sabu ne manque pas d’idées et en dégueule parfois comme en témoigne son script imprévisible qui jouit du statut divin de son personnage infiltré parmi les humains pour se lancer dans bien des scènes drôles, mais aussi poétiques et touchantes.
Car le héros, dont la fonction au paradis est de servir le thé à ses confrères, va vite essayer d’aller contre les écrits dans un film qui jouit pleinement de cette idée dans un humour méta savamment dosé.
Avec ses personnages hauts en couleur et une générosité débordante, au point que le film en devienne trop long (!), Chasuke’s Journey est une curiosité d’une grande fraîcheur et d’une originalité certaine.

 

Tag (2015)
de Sono Sion

Grand habitué de l’Etrange Festival, Sono Sion se devait d’être présent dans cette sélection 2015 et pour cause, puisqu’il a réalisé pas moins de 7 films cette année !
De cette productivité pantéagruélique que ne renierait pas Takashi Miike, le festival nous présente 2 films à commencer par Tag, une oeuvre qui épouse totalement la raison d’être de la manifestation. Voilà un long métrage hautement high concept, qui démarre avec une adolescente survivant à une manifestation paranormale massacrant toutes ses camarades, avant de se retrouver quelques minutes plus loin traumatisée dans son lycée où rien n’a changé, y compris les étudiantes toutes présentes !
Se revendiquant de la Quatrième Dimension, ce Tag est une avalanche de scènes toutes plus WTF les unes que les autres, puisque sans dévoiler la teneur du scénario, on y comprend vite qu’absolument tout peut arriver ! Un procédé fun, dont se délecte le réalisateur frappadingue dans des scènes survoltées qui laissent un paquet de gamines sur le carreau. Le contre-coup, malheureusement, vient aussi du même concept, dont la futilité évidente annihile toute identification du spectateur et peut être même son implication dans le film. Car comme tout peut arriver sans aucune limite, rien n’arrive vraiment au final !
En enfermant son héroïne dans une série de cycles qu’il dynamite peu après, Sono Sion tient avant tout à dénoncer les cases dans laquelle la vie nous enferme, et intime son public d’en dépasser les limites pour vivre son existence chacun à sa manière. D’un autre côté, il met aussi en exergue la futilité de la fiction, son caractère éphèmère et sa fragilité, tout en célébrant ces mêmes éléments.
Il en ressort un film déroutant par ses ruptures de ton infernales et sa liberté totale, passionnant dans ce qu’il essai de raconter mais très frustrant dans la distanciation qu’il met lui même en place.

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