Demain, face à un gros blockbuster issu des studios Disney et ayant couté des millions de dollars sort un petit film belge indépendant qui mérite le coup d’oeil.

Hasta la Vista s’attaque au difficile sujet du handicap, et plus particulièrement de la sexualité chez les handicapés avec beaucoup d’humour.
A ce sujet, notez que l’Association des Paralysées de France a posé quelques questions à Claude Lelouch, qui s’est impliqué dans la distribution du film après avoir eu un coup de coeur en festival. Son interview est à lire ici.

Critique…

Hasta la Vista – Sortie le 7 mars 2012
Réalisé par Geoffrey Enthoven
Avec Robrecht Vanden Thoren, Gilles De Schrijver, Tom Audenaert
Trois jeunes d’une vingtaine d’années aiment le vin et les femmes, mais ils sont encore vierges. Sous prétexte d’une route des vins, ils embarquent pour un voyage en Espagne dans l’espoir d’avoir leur première expérience sexuelle. Rien ne les arrêtera… Pas même leurs handicaps : l’un est aveugle, l’autre est confiné sur une chaise roulante et le troisième est complètement paralysé.

 

Derrière ce titre hispanique se cache non mais une réplique de Terminator mais un film belge. Et le cinéma belge n’a jamais eu autant le vent en poupe que ces dernières semaines. Entre les Géants de Bouli Lanners puis Bullhead, ce sont de petites pépites qui nous viennent de l’autre coté de la frontière nord.
Dans le genre, Hasta la Vista n’est pas en reste.

Geoffrey Enthoven a réalisé plusieurs long-métrages mais celui-ci est le premier à sortir de Belgique. Il y raconte l’histoire de trois jeunes garçons handicapés. L’un est aveugle et les deux autres sont paralysés à des degrés différents. Et comme tous les jeunes, ils ont une libido débordante et un problème évident pour la satisfaire. Ils vont donc décider, contre l’avis de leurs parents, de traverser la Belgique, la France et l’Espagne pour rejoindre une maison close où des jeunes femmes prendront soin d’eux en prenant en compte leurs difficultés. Ils se feront aider par une conductrice d’un van adapté à leur besoin, elle-même marquée à sa façon par la vie.

Bien évidemment, ils y arriveront non sans mal et devront surmonter leurs différences et s’entraider pour parvenir à leur but. Ca, c’est sur le papier et ça sonne cliché. La réalité est heureusement un peu différente. Si on a bien droit à une comédie douce-amère dont les grandes lignes s’avèrent un peu prévisibles, on est quand même face à une histoire touchante. Touchante pour une raison en particulier : Geoffrey Enthoven parvient, grâce à ses acteurs surtout, à filmer le “vrai”. Je ne parle pas ici d’un faux réalisme qu’on nous vend dans certaines grosses productions (le Batman de Nolan est “réaliste” mais ça reste un mec costumé en chauve souris bourré de gadgets high-tech) ni d’une sorte de réalité parallèle avec Intouchables (dont la comparaison est inévitable) mais de vrais gens. On a vraiment l’impression qu’on pourrait presque assister à un documentaire filmant un quotidien un peu extraordinaire, comme si on était par moment devant un épisode de Strip Tease avec des personnages intéressants.

En terme de réalisme, le film ne verse jamais réellement dans la facilité. Comme je le disais plus haut, c’est globalement prévisible mais le ton est toujours juste, jamais moqueur, jamais gras, jamais idiot et pourtant le sujet -la sexualité chez les handicapés- était un sujet facile pour une comédie grand-guignolesque.
Et puis, en plus des trois mecs, il y a le personnage féminin, Claude, interprétée par Isabelle De Hertogh (vue dans Les Enfants de Timpelbach). Si elle est “valide”, elle n’en est pas moins handicapée par son passé, une manière de montrer pour Enthoven que le handicap (et le fait qu’on puisse le surmonterà n’est pas uniquement une histoire de condition physique.

En 2012, il est donc encore possible de faire du cinéma simplement, sans esbroufe, mais avec de vrais personnages et un vrai sujet. Pour un film réussi.

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