Vous n’avez sans doute pas échappé à la présence d’Olivier Barthélémy et Mélanie Doutey dans les médias.

La sortie d’Aux Yeux de Tous a souvent été l’occasion pour la presse de rappeler “le mal” que représente en vrac la vidéo surveillance, Internet, les réseaux sociaux et la modernité en soi. Heureusement, ce n’est pas le propos de ce premier long-métrage qui mérite d’être qualifié d’audacieux.

Sortie demain 4 avril.

 

 

Aux Yeux de Tous – Sortie le 4 avril 2012.
Réalisé par Cédric Jimenez
Avec Mélanie Doutey, Olivier Barthelemy, Francis Renaud
673 000 caméras de surveillance et des millions de webcams en France. Un hacker anonyme a piraté toutes les caméras de Paris et observe la ville à son insu. Petits délits et moments d’intimité volés, il voit tout. Jusqu’au jour où un attentat dévaste la gare d’Austerlitz. La police se met sur la piste d’un groupe satellite d’Al-Qaïda. Le hacker réussit, lui, à trouver les images de l’explosion et découvre que c’est un jeune couple qui a posé la bombe… A l’aide des caméras de la ville, il décide de traquer les coupables. Sans le savoir il va mettre le doigt dans un terrible engrenage.

 

Cédric Jimenez a eu une idée, un concept: tourner entièrement un film avec des caméras de surveillances et quelques webcams. Après tout, en 2012, nous sommes filmés en permanence : à la banque, dans le bus, dans la rue, dans le métro. Tous nos déplacements pourraient être suivis à la trace. Il faudrait d’ailleurs y ajouter aussi le quotidien, accessible depuis nos webcams dans une moindre mesure.
A l’heure de films tournés comme de faux documentaires ou comme des vidéos amateurs façon “found footage”, ce n’en est que la suite logique et plutôt intéressante. C’est d’autant plus normal de s’y intéresser maintenant qu’on ne fait que nous parler de surveillance électronique, de lois, d’Anonymous de contrôles des informations, etc.

Aux Yeux de Tous est donc ingénieusement filmé uniquement avec des caméras existantes dans la réalité. Ou presque. Il faut imaginer pour que le scénario fonctionne que les réseaux de vidéo surveillance ne soient pas en circuit fermés, que les appareils soient tous mobiles et équipés de gros zooms et que les webcams soient toujours plus ou moins dans l’axe qui arrange. Une fois ce petit point technique avalé, on peut se laisser happer par le film car, il faut bien le dire, le principe fonctionne bien et Jimenez le tient de bout en bout pendant près d’une heure et demi.

Pour faire tenir ce concept, il fallait donc une histoire. Une bombe explose Gare d’Austerlitz et un hacker met la main sur les images. Après un rapide passage en revue des vidéos, il découvre qu’il connait un des impliqués et se met à enquêter sur ce qui s’est passé sans jamais sortir de chez lui. Il va rapidement suivre un couple impliqué et aller jusqu’à les observer chez eux (via la webcam de leur ordinateur portable) et de fil en aiguille remonter jusqu’aux commanditaires de cette atrocité. Et le spectateur va trouver un intérêt à tout cela grâce à un montage habile des images, alternant vidéos surveillances et quelques rares plans sur ce hacker anonyme (ses mains, son bonnet, son équipement). Rien à dire sur la réalisation, elle n’est basée que sur le concept, et donc majoritairement sur des plans fixes et des effets de zoom.

Le concept fonctionne donc et le spectateur est tenu en haleine par le rythme, le montage et les effets sonores.
L’histoire par contre… Pour tenir 1h30, Jimenez s’enlise dans son enquête assez rapidement. Le hacker a de nombreuses réactions assez incompréhensibles et il faudra que des tueurs armés s’en mêlent pour qu’il commence à réfléchir un peu intelligemment.
Les nombreuses incohérences qui viendront ponctuer le récit n’aideront en rien : le film se déroule sur une période de maximum 48 heures mais le hacker a le temps de faire livrer un colis, il trouve par une opération du Saint-Esprit les numéros de téléphone des terroristes et va même jusqu’à se connecter … au serveur FTP d’un bus (les spécialistes en informatiques comprendront !).

On se retrouve donc partagé, pris par l’ambiance au début mais déçu en réfléchissant un peu à ce qu’on vient de voir, d’autant que la dernière scène vient bien plomber le tout. C’est d’autant plus dommage que les acteurs y sont bons et qu’il y a vraie volonté de bien faire. Peut-être au final était-ce le format qui ne s’y prêtait pas et qu’il aurait fallu envisager quelque chose de plus court. En série télé ?

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