L’année dernière, Joe Wright nous livrait un thriller musclé avec Saoirse Ronan et Eric Bana : Hanna.

Cette année, le réalisateur fait le grand écart complet pour réaliser l’adaptation d’Anna Karenine, d’après le roman de Tolstoï. En fait, le réalisateur revient à ses premiers amours puisqu’il avait déjà tourné un film en costumes en 2005, Orgueils et Préjugés. D’ailleurs, il a fait appel pour ce nouveau long métrage à deux des acteurs qui avaient joué dedans : Keira Knightley et Matthew Macfadyen.

Mais au delà du simple fait que les deux films sont des adaptations de classiques de la littérature et que deux acteurs sont les mêmes, Anna Karenine est sur la forme un film très différent.

 

 

L’écrivain russe Leon Tolstoï a régulièrement été adapté au cinéma. Le long-métrage le plus connu est sans doute la version de Guerre et Paix mise en scène par Serge Bondartchouk sorti en 1968, tourné en 70mm, dont l’un des montages fait plus de six heures et considéré comme le film le plus cher de l’histoire du cinéma (avec un budget de 100 millions de dollars d’époque).
Anna Karenine a également eu droit à son lot d’adaptations dont deux versions avec Greta Garbo ou encore avec Sophie Marceau et Sean Bean devant la caméra de Bernard Rose.
Arrive aujourd’hui la version de Joe Wright, un peu particulière…

Alors qu’on pouvait s’attendre de la part du réalisateur d’Orgueils et Préjugés à une grande fresque lorgnant vers le Docteur Jivago de David Lean, Joe Wright livre un film très surprenant dans sa forme.

Le fond, lui, est extrêmement classique. Du Tolstoï porté à l’écran. Une jeune femme de St Petersbourg (Anna, Keira Knightley parfaite) se rend pour la première fois à Moscou où elle tombe sous le charme d’un cavalier (Aaron Johnson). Elle finit par céder à ses avances et tombe enceinte.
Tromperie, certes, mais nous sommes en Russie dans la bonne société du 19e siècle donc ragots, quolibets et réputation remise en question. C’est toute une société qui est bousculée et l’image d’une famille qui est en jeu.
En 2012, l’histoire se serait terminée par une bonne grosse engueulade un statut Facebook. A l’époque de ce bon vieux Leon, chaque geste est épié par le voisin, chaque regard est interprété et chaque réputation peut être démolie aussi vite qu’elle a été construite.

On peut, en général, ne pas trop aimer ce genre d’histoire qui s’enfonce petit à petit dans le drame. C’est en général mon cas et je préfère passer mon chemin que de devoir supporter les jérémiades d’une pleureuse en robe. Mais ici, la mise en scène permet une perception différente de l’histoire. Joe Wright utilise en effet la mise en abyme, permettant au spectateur de comprendre que toute cette vie-là n’est rien d’autre qu’une pièce de théâtre.
Et pour ce faire, il réalise son film au pied de la lettre. Anna Karenine s’ouvre en effet sur une véritable scène de théâtre où les acteurs sont en train de s’installer. Et quand l’un des protagoniste quittera un lieu pour se rendre dans un autre, nous ne verrons pas le comédien se déplacer d’un lien à l’autre mais des techniciens modifier les décors en place, installer des panneaux et autres trompe-l’œil. Tout le film se déroule de la sorte, ou presque, puisque chaque fois que Wright s’éloignera de son principe pour filmer d’autres choses, il finira par y revenir, n’hésitant pas à faire passer ses personnages par les coulisses et poussant le vice jusqu’à faire se dérouler une course de chevaux sur scène en installant les différents personnages du film à la place du spectateur.

Vous l’aurez compris, Anna Karenine bénéficie d’un remarquable travail de mise en scène, permettant au film de sortir de l’ordinaire. Les décors sont extrêmement soignés, les costumes élégants et les acteurs très bons. Chaque plan est un superbe tableau sur lequel Wright a également travaillé l’ambiance sonore et les transitions. On en prend plein les yeux de bout en bout.
Qui plus est, la mise en scène est au service de l’histoire. A l’opposé du petit théâtre de la vie de la bourgeoisie russe, on va suivre un autre couple incarné par Domhnall Gleeson (Bill Weasley dans Harry Potter) et Alicia Vikander qui se tourne vers une vie plus simple à la campagne. Ce sera l’occasion pour le réalisateur d’y filmer les seuls vrais plans tournés en extérieur dont de très belles scènes, très colorées et lumineuses et fauchage. Comme pour montrer que la vie, la vraie, elle est à chercher de ce coté là.

Malheureusement, cette mise en abyme prononcée à laquelle le réalisateur ne cesse de revenir se révèle être à double tranchant puisqu’elle sort le téléspectateur du film dans lequel il est plongé pour le ramener sur la scène du théâtre et, de fait, tue une partie de l’émotion que ce drame pourrait susciter.

Mais au delà, rien que pour la richesse du travail de Joe Wright et si vous aimez ce genre d’histoire en costume, Anna Karenine fait partie des films qu’il est indispensable de voir avant de terminer l’année.

 

Anna Karenine – Sortie le 5 décembre 2012
Réalisé par Joe Wright
Avec Keira Knightley, Jude Law, Aaron Taylor-Johnson
Russie, 1874, la belle et ardente Anna Karénine jouit de tout ce à quoi ses contemporains aspirent : mariée à Karénine, un haut fonctionnaire du gouvernement à qui elle a donné un fils, elle a atteint un éminent statut social à Saint-Pétersbourg. À la réception d’une lettre de son incorrigible séducteur de frère Oblonski, la suppliant de venir l’aider à sauver son mariage avec Dolly, elle se rend à Moscou. Au cours de son voyage, elle rencontre la comtesse Vronski que son fils, un charmant officier de la cavalerie, vient accueillir à la gare. Quelques brefs échanges suffisent pour éveiller en Anna et Vronski une attirance mutuelle. Oblonski reçoit également la visite de son meilleur ami Levine, un propriétaire terrien sensible et idéaliste. Épris de la sœur cadette de Dolly, Kitty, il la demande gauchement en mariage, mais Kitty n’a d’yeux que pour Vronski. Dévasté, Levine se retire à Pokrovskoïe et se consacre entièrement à la culture de ses terres. Mais le cœur de Kitty est lui aussi brisé quand elle prend conscience, lors d’un grand bal, de l’infatuation réciproque d’Anna et Vronski. Anna, désorientée, rentre à Saint-Pétersbourg, mais Vronski l’y suit. Elle s’évertue à reprendre sa calme vie de famille mais son obsession pour le jeune officier ne cesse de la tourmenter. Elle s’abandonne alors à une relation adultère qui scandalise toute l’aristocratie locale. Le statut et la respectabilité de Karénine sont mis en péril, le poussant à lancer un ultimatum à sa femme. Dans sa recherche éperdue de bonheur, Anna révèle au grand jour l’hypocrisie d’une société obsédée par le paraître. Incapable de renoncer à sa passion, elle fait le choix du cœur.

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