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Critique : Zaï Zaï Zaï Zaï

LA CRITIQUE

Fabcaro est désormais habitué des adaptations de ses œuvres, après Moins qu’Hier (Plus que Demain) en série pour Canal + et Le Discours transposé récemment au cinéma.
Cet élan de popularité semble déjà trouver son apogée avec l’arrivée sur grand écran de sa BD culte Zaï zaï zaï zaï, qui suit les périples d’un homme devenant le fugitif numéro 1 en France parce qu’il ne peut pas présenter sa carte de fidélité lorsqu’on lui demande à la caisse d’un supermarché !

Les aficionados de l’auteur ne seront évidemment pas dépaysés, et les autres plongeront la tête la première dans un univers hautement absurde, où tout le monde conduit exactement la même voiture, où les gens sont tous plus perchés les uns que les autres, et où un poireau peut vite devenir une arme menaçante !

Transposer ce monument de loufoque et de non-sens au cinéma semblait difficile, d’autant que FabCaro a toujours posé un problème de taille sur la question du rythme, son trait semi-réaliste et la structure de ses pages et des cases jouant merveilleusement bien sur les malaises et les silences, que le lecteur pouvait faire durer à sa guise puisqu’il régule sa vitesse de lecture.
Imposer un tempo à tout ça constitue un risque énorme, la série Canal + de Moins qu’hier (Plus que demain) étant par exemple un échec cuisant en la matière, d’autant qu’il fallait trouver les comédiens avec le degré de folie suffisant pour jouer la chose tout en ayant l’air sérieux, et permettre aux illogismes et aux conneries de Fabcaro de réussir à trouver leur souffle en mouvement.
Une mission délicate, mais pas impossible comme le prouve François Desagnat, un réalisateur de comédie au CV pourtant loin d’être reluisant, mais qui réussit ici à trouver la juste mesure pour que les pages prennent vie. Avec un découpage assez figé, où les cadres fixes semblent renvoyer à la composition même des planches de FabCaro, qui jouait déjà de plans inertes pour accentuer la gêne, le cinéaste parvient à retranscrire l’esprit du dessinateur parfois littéralement tant il est fidèle à la trame et à certaines pages de l’ouvrage, même si tous les gags de la bande-dessinée ne sont pas présents. On retrouve donc ce style assez unique qui met en exergue les facéties de notre société en poussant les petits détails couillons à un degré extrême, et il faut bien dire que ça marche parfois du feu de dieu, en témoigne les gags autour de l’autostop, que l’on croirait réalisés par l’auteur d’origine lui-même.

Le casting n’est pas en reste, la nonchalance paumée de Jean-Paul Rouve se mariant bien avec le style en retrait du héros dans le récit, et les seconds rôles aussi avec pas mal de guests tous fiers d’être là (dont évidemment le frère du réalisateur, Vincent Desagnat, connu pour être le comparse de Michaël Youn), avec une mention spéciale pour une Yolande Moreau qui tient de l’évidence dans un tel univers, notamment quand elle se lance à un petit jeu de bon cop / bad cop schizophrène.

Le tableau semble ainsi idyllique, mais il faut bien souligner que malgré sa trame de fond, Zaï zaï zaï zaï est d’abord une suite de sketchs où chaque page amenait sa boutade, et il en ressort un film à sketchs aux scènes parfois un peu déconnectées les unes des autres, qui semble aussi aligner les vannes pourvu que ça marche sans toujours se soucier de l’ensemble.
Et surtout, c’est à l’origine une BD assez courte, qui se termine en 20 minutes en prenant plus le temps de rire que de lire. Forcément, même étirée sur une modeste durée d’1h20, l’ensemble finit par devenir un chouilla attendu dans le ton et dans les effets, tournant un peu en boucle au bout d’un moment.

Qu’à cela ne tienne, il y a de belles tranches de comédie dans cette adaptation visiblement adoubée par le papa de la BD qui y fait un caméo amusant, et on se marre de bon cœur devant cette version très fidèle qu’on conseille sans problème, même si une fois n’est pas coutume, la BD est bien plus chaudement recommandée !

Zaï Zaï Zaï Zaï, de Vincent Desagnat – Sortie prochaine

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