Superman a toujours fait partie de nos vies. Quel est votre plus ancien souvenir de l’Homme d’Acier ? Moi je me rappelle des produits dérivés des films de Richard Donner puis Richard Lester ainsi que de la publicité pour une célèbre marque de voitures. Je me souviens de mon père me montrant avec entousiasme les cartoons de Max Fleischer dont le fameux « The Mechanical Monsters ». Tout les gamins ont un jour fixé une serviette à leur coup pour s’envoler dans le ciel. Tout le monde aime Superman.
Aujourd’hui Superman revient sous les traits de David Corenswet, quatrième acteur à incarner Kal-El au cinéma dans un film aussi attendu que périlleux : réalisé par James Gunn, le film est non seulement le « reboot » de la franchise mais la première pierre du nouvel univers DC chapeauté par le metteur en scène. Par ici, on se permettait de douter de Gunn, capable de très bonnes choses (Les Gardiens de la Galaxie 3) comme de mauvais films (The Suicide Squad). Son Superman est un film aussi actuel que formidable.
Quelques lignes de texte sur un fond enneigé posent les bases : vous savez qui est Superman, vous savez d’où il vient, ce qu’il fait. Vous savez aussi ce qu’est un super héros, même un méta-humain. Alors on ne vous le présentera plus. Le film va donc s’ouvrir sur Superman s’étant mangé une dérouillée. Récupéré par Krypto (comme dans la bande-annonce), il est ramené dans sa Forteresse de Solitude pour reprendre des forces et repartir au combat. Face à lui, un surhomme guidé par Lex Luthor, un Luthor bien décidé à renvoyer chez lui cet alien dont il ne veut pas. Et qui va tout faire pour cela, y compris trouver un moyen d’emprisonner le héros avec l’aval du gouvernement américain. Kal-El, lui, aidé par ses amis d’une future Justice League, va devoir non seulement l’arrêter mais aussi retrouver sa place.
Gunn plonge non seulement le spectateur dans le vif du sujet mais il lui balance à la tronche plein de concepts et de personnages tout droit sortis des pages de comics. Si le nom de Hawkgirl ne vous dit rien, on vous recommande en préambule de regarder quelques épisodes de la série animé Justice League pour couvrir vos bases. Sinon, vous pourrez foncer. Conscient qu’il a des décennies de publications à portée de main, Gunn pioche dedans et s’amuse avec. Ça décontenance, mais ça passe, de savoir que la petite rivière colorée au fond de cet univers parallèle est ultra-dangereuse ou qu’on peut fermer une faille spatio-temporelle à l’aide de lignes de codes. On est dans la transposition en live, et sans souci de réalisme à la Snyder, de pages de comics. C’est foutraque, chargé, coloré aussi mais ça fonctionne. A l’instar de la photo trop sage mais pourtant fonctionnelle de Henry Braham qui veille à ce que les couleurs de Metropolis ressurgissent et que le fameux soleil jaune cher à Kal-El inonde les images.
Coté création d’univers, le nouveau boss de DC au cinéma pose quelques bases : un début de Justice League qui n’en a pas le nom, financée par Maxwell Lord qui a droit à un caméo, la première apparition de Rick Flag en live après ses aventures dans Creatures Commandos. Quelques jalons discrets probablement utilisés dans les films à venir, dont une apparition étonnante qu’on se gardera bien de spoiler.
Plonger dans le vif du sujet, c’est aussi montrer Lois Lane et Clark Kant en couple. Une bouffée d’air frais dans une relation qu’on a trop eu l’habitude de voir à ses débuts, et une véritable alchimie pour les deux acteurs et actrices, castés pour être ensemble. Avec ses fossettes marquées quand il sourit et sa voix peut-être un peu trop grave, David Corenswet est la véritable révélation de ce Superman. Il incarne le personnage avec brio et humanité.
Et d’humanité il est beaucoup question dans ce nouveau Superman. Dans une longue séquence au début du film, Lois interviewe le héros à la cape rouge et lui pose tout un tas de questions sur sa place dans le contexte géopolitique actuel. Superman peut-il décider seul de comment régler un conflit ? Est-il au dessus de la mêlée ? Gunn montre que, lui, a tout compris au personnage. C’est un héros solaire (littéralement, vu l’abondance de lumière), qui sauve des gens, pense aux autres et c’est fondamentalement quelqu’un de gentil. Un vrai gentil dans un monde compliqué où beaucoup de méchants sont en haut de l’échelle. Comment trouver sa place quand, en plus, on est étranger ?
En montrant dès l’ouverture Superman se faire malmener, en montrant Superman se faire jeter en prison, en montrant un étranger, quelqu’un de différent à cause de ses pouvoirs cherchant sa place dans le monde moderne, il fait du héros le plus impressionnant le représentant des minorités opprimées. Toutes. C’est en cela que le film de James Gunn est résolument politique, avec face à lui un Lex Luthor semblant être un mélange entre Donald Trump et Elon Musk, l’intelligence en plus, un génie de la tech voulant non seulement se débarrasser des étrangers mais aussi annexer un pays pour le faire sien. Un plan glaçant d’un soldat pointant un enfant tenant un drapeau nous montre que Gunn a un peu anticipé l’actualité en écrivant son Superman il y a quelques années. Qui aurait pu se douter que ce héros volant bien trop lisse allait devenir le symbole d’une partie de la population ?
On peut reprocher différentes choses à ce Superman. Les scènes d’action sont trop numériques. Krypto est pénible et trop présent. Certains aspects de la mythologie sont survolés. La bande originale n’arrive pas à se détacher du travail de John Williams et Gunn ne peut pas s’empêcher de caler des chansons ici inutiles.. Et c’est parfois chaotique. Mais on ne pourra pas lui reprocher ni son rapport à l’actualité ni son humanité.
Imparfait, chaotique par moments, porté par un comédien impeccable, ce Superman n’est pas forcément le meilleur de tous. Mais c’est Superman a toujours fait partie de nos vies. Et celui-ci est celui dont le monde a besoin maintenant.
Superman, de James Gunn – Sortie en salles le 9 juillet 2025



