Faut-il présenter Zorro ? Créé en 1919 par Johnston McCulley pour la revue All-Story Weekly, The Curse of Capistrano, Zorro est en réalité Don Diego, fils d’un riche bourgeois espagnol installé en Californie. Il se déguise en Zorro (« le Renard ») pour combattre le Capitaine Ramon et le Sergent Gonzales (qui deviendra Garcia), avec l’aide de Bernardo, son serviteur sourd et muet.

Décliné au cinéma dès 1920, en romans, BDs et autres séries, Zorro a notamment inspiré de nombreux héros dont Batman. Citons les films Le Signe de Zorro avec Douglas Fairbank et son remake avec Tyrone Power (1940), Le Masque de Zorro avec Antonio Banderas et sa suite, l’anime japonais la Légende de Zorro (1997) ou encore la série avec Duncan Regerh diffusée dans les années 90. Mais c’est bien la version produite par Disney avec le flamboyant Guy Williams dans le rôle-titre qui a donné ses lettres de noblesse au personnage. Au point que Johnston McCulley reprenne la plume pour écrire trois épisodes.

Aujourd’hui, Zorro Productions Inc continue de faire vivre la franchise et a vendu les droits d’adaptation à différents diffuseurs. En résulte une série espagnole, portée par Miguel Bernardeau et dont les dix épisodes sont disponibles sur la plate-forme de M6. Si l’écriture y est bancale (trop d’arcs narratifs poursuivis en même temps), la série tente une nouvelle approche et modernise un peu le personnage pour un résultat qui doit tout à son personnage principal et à sa légende. En face, Benjamin Charbit et Noé Debré ont créé une version française, la première depuis le film avec Alain Delon en 1975.

L’histoire se déroule « vingt ans après ». Diego s’est marié et a raccroché l’uniforme. Son père Alejandro, alcade de la ville, décide de passer la main à son fils puis décède, obligeant Diego à œuvrer seul pour diriger Los Angeles. Englué dans différents problèmes, il va remettre le masque et redevenir Zorro pour parvenir à ses fins.

Par ici, on s’est méfié du projet dès le début de sa promo. En cause de l’humour distillé dans la bande-annonce qui rappelait trop OSS 117. Et une ambiance trop proche de la série Disney. Fort heureusement, le résultat balaye ces craintes. Zorro est une belle production, tournée en décors réels en Espagne et porté par des comédiens impliqués. Audrey Dana est fantastique dans le rôle de l’épouse de Diego et Jean Dujardin se donne à fond, notamment lors des scènes de combat à l’épée où il n’est pas (ou peu) doublé. Des scènes qui sont solidement chorégraphiées pour être efficace. Citons aussi Grégory Gadebois, impeccable dans une version réécrite du Sergent Garcia, beaucoup moins bouffon que l’image qu’on a de lui. Et si l’humour de Noé Debré (scénariste de la série Parlement) ne fait pas mouche à chaque fois, certains gags se révèlent malgré tout efficaces.

Tout pourrait être formidable. Sauf que les scénaristes n’ont pas compris le personnage de Zorro. Ou ils ont écrit une version trop Jean Dujardin-esque, oubliant l’essence même du personnage. Déjà, la série s’ouvre sur une scène étrange : Alejandro veut passer la main à son fils lors d’une cérémonie, hésite, renonce puis meurt – le tout dans une ambiance très premier degré. On va donc découvrir Diego en Maire de la ville, un personnage gauche, voir idiot qui a raccroché pour une raison pas expliquée et qui ne reprend le masque que pour ces intérêts personnels. Certes, seuls trois épisodes sont disponibles pour le moment et peut-être que la série nous dévoilera le passé du personnage et ses motivations mais pour l’heure, Zorro n’apparait que quand Diego est empêtré dans une situation souvent idiote. Le Maire a besoin de lever un impot pour reconstruire un truc ? Pas de souci, Zorro va voler un casino et redistribue l’argent pour mieux le collecter ensuite. Pire encore, il finit par utiliser son alter-ego pour se remettre à coucher avec sa propre femme.

Certes, en plus de 100 ans d’aventure, il existe différentes versions de Zorro plus ou moins réussies, plus ou moins humoristiques ou pop. Et cette version portée par Dujardin n’en est qu’une parmi d’autres. Mais difficile de voir de la flamboyance et de l’héroïsme dans cette version – un comble pour une production se déclarant comme admirative de la série Disney. Les scénaristes ont oublié (ou omis) que le personnage principal est Zorro, un justicier prêt à tout pour aider les gens. Son alter-ego est Diego, un jeune bourgeois qui camoufle ses talents, un déguisement de riche pour mieux venir en aide aux pauvres. La version de Noé Debré et Benjamin Charbit n’est rien de tout cela.

Le résultat, dont on n’a vu que trois épisodes, est bancal. Se voulant drôle mais n’y parvenant pas toujours, Zorro version Dujardin est un rôle taillé pour l’acteur, mais pas pour autant le personnage attendu. La belle mise en scène de Jean-Baptiste Saurel et Emilie Noblet et les combats réussis ne sauvent pas les errances d’écriture. Comme quoi la version de 1958 reste indétrônable.

Zorro, de Noé Debré & Benjamin Charbit – Disponible sur Paramount+

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