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Critique : Prometheus


Cannes venant de se terminer, on peut donc à nouveau se focaliser sur ce qui sort en ce moments dans les salles et pas seulement sur la Croisette.

Arrive ce mercredi le très très très attendu Prometheus, vendu comme un prequel d’Alien sans l’être et dans lequel on retrouve Michael Fassbender (pour succéder à Lance Henriksen), Charlize Theron, Idris Elba et Noomi Rapace dans le rôle titre, prenant donc la relève de Sigourney Weaver.
Relève, succession ? Pourtant Prometheus n’est-il pas censé raconter « une autre histoire dans l’univers d’Alien » ? On nous aurait menti ?

Le film est-il à la hauteur de sa preview ? Ou pas…

La critique qui suit contient quelques spoilers qui n’enlèveront rien à la surprise du film.

 

Prometheus – Sortie le 30 mai 2012
Réalisé par Ridley Scott
Avec Michael Fassbender, Charlize Theron, Noomi Rapace
Une équipe d’explorateurs découvre un indice sur l’origine de l’humanité sur Terre. Cette découverte les entraîne dans un voyage fascinant jusqu’aux recoins les plus sombres de l’univers. Là-bas, un affrontement terrifiant qui décidera de l’avenir de l’humanité les attend.

 

Ridley Scott est un réalisateur adulé mais pourtant, en y regardant de plus près, on se rend compte qu’il a quand même une carrière en dents de scie à tendance plongeante. Les premiers longs-métrages (Les Duellistes, Alien, Blade Runner) étaient des réussites mais sa filmographie a ensuite décliné, tout en étant ponctuée de traits de génie (Gladiator, Black Hawk Down). Il est donc de plus en plus difficile de comparer le Scott des débuts au réalisateur du malheureux Robin des Bois.
Le voir revenir à la franchise qui l’a rendu célèbre n’était donc pas un pari gagné d’avance, d’autant qu’on nous a vendu le film comme étant quelque chose de différent, une autre histoire dans l’univers d’Alien mais aucunement un prequel.

La scène d’ouverture du film est là pour nous montrer cette volonté puisqu’on survole des paysages rappelant l’Ecosse ou l’Irlande, sans trop savoir où on est. On y découvre un humanoïde de taille plus grande que la normale regarder un vaisseau spatial s’envoler. On est sûr, là, de ne pas être dans l’univers sombre d Huitième Passager, d’autant qu’on va enchainer avec des découvertes terrestres expliquant le voyage spatial du Prometheus jusqu’à un système très éloigné du nôtre.
Ce n’est pas vraiment un spoiler de dire que c’est bien à l’invitation de ces êtres qu’un groupe de scientifique s’est embarqué pour l’aventure, emmené par la société Weyland. Les êtres en questions, on le découvrira bien vite, ressemblent très fortement au fameux Space Jockey d’Alien, la créature que Ripley et ses copains découvrent assise devant ce qui semble être un téléscope géant.

On est donc au final dans l’univers d’Alien sans y être et ce sentiment va nous suivre tout au long du film. En effet, l’histoire écrite par Damon Lindelof, à qui l’on doit aussi Cowboys et Envahisseurs et qui aurait sans doute mieux fait de rester dans l’univers de la télévision, va passer son temps à avoir le cul entre deux chaises. Prometheus est donc bel et bien un prequel sans l’être : pendant plus de deux heures, on va nous expliquer l’origine des Aliens tout en tentant de ne pas le faire.
Ca pose deux problèmes : le premier, c’est que les justifications sont globalement sans intérêt en soi mais elles se veulent aussi suffisamment obscures pour remplacer une couche de mystère par une autre. On explique mais on planque sous une couche de bizarreries.
Le second problème, c’est de se demander pourquoi ? L’intérêt principal du premier Alien est bien son mystère, ces créatures horribles venues dont on ne sait où ni pourquoi elles sont là. Avait-on vraiment besoin de savoir comment elles sont nées ? N’est-on pas là dans une volonté de gâcher le plaisir du spectateur ? Tant qu’à faire un film dans l’univers de, ne pouvait-on pas se focaliser sur les Space Jockeys sans tout faire pour que le film ressemble au premier volet de la franchise.
C’est pourtant bien ce qui se passe puisque tout, tout le temps, fait penser à Alien. On va nous montrer différentes créatures qui ressemblent soit à l’embryon soit au face-hugger, visuellement différentes mais dont des petits détails les rappellent. Et l’un des personnages aura forcément une créature, certes différente mais quand même, dans le ventre… Sans parler de la fameuse fin annoncée comme le lien avec Alien, ce qu’on voit depuis le début malheureusement.

Vouloir ressembler au Huitième Passager aurait pu être une qualité. Malheureusement, Lindelof n’est pas capable de tenir la longueur. Son scénario est ponctué d’incohérences et il tue dans l’œuf chaque bonne idée ou chaque moment où les héros commençaient à devenir intéressant, puisque chacun d’eux meurt comme une merde sans qu’on ait le temps d’en profiter.
Il n’est manifestement pas capable d’écrire non plus des personnages justement puisque l’équipage du Prometheus est en carton. Certaines scènes font découvrir des personnages qu’on avait jamais vu avant (on est pourtant dans une sorte de huis clos) et même les personnages principaux n’ont pas vraiment d’intérêt. On se demande encore à quoi sert Charlize Theron. Reste Noomi Rapace qui s’en sort honorablement, ainsi que Michael Fassbender et Idris Elba parfaits comme à leur habitude.

Heureusement pour le spectateur, Ridley Scott n’est pas un manchot. Si son film souffre des mêmes défauts que Robin des Bois, l’homme sait tenir une caméra et certaines scènes sont agréables à regarder, même parfois prenantes. La 3D est très sympathique et les effets spéciaux sont sans la moindre faute.
Mais ça ne suffit pas à sauver le Prometheus du naufrage. Notre seul espoir de voir Scott revenir à une franchise qui l’a rendu célèbre et le faire bien repose désormais sur la suite de Blade Runner, heureusement sans Lindelof et sa mauvaise plume.

David, le personnage de Michael Fassbender dans le film, dit que « chaque grande histoire a un petit début ». C’est ici malheureusement le cas et la porte ouverte à un deuxième volet n’est pas là pour nous rassurer.

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29 commentaires pour “Critique : Prometheus”

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