Critique : Power Rangers

C’est le second blockbuster du début de la belle saison après Ghost in the Shell et en attendant Fast and Furious 8 la semaine prochaine.

Power Rangers est sur tous les écrans de France depuis quelques jours, mis en scène par Dean Israelite avec un casting de jeunes premiers (Dacre Montgomery bientôt dans Stranger Things Saison 2, Naomi Scott vue dans Seul Sur Mars) épaulés par Elizabeth Banks et Bryan Cranston.

 

LA CRITIQUE

Qui aurait pu se douter il y a trente ans que le compositeur de musiques pour des séries animées telles que Ulysse 31, Les Maitres de l’Univers ou MASK allait devenir un producteur influent à la tête d’un empire. En 1993, Haim Saban a eu l’idée d’adapter les Super Sentai japonais en une série pour le marché américain : Power Rangers.

Au Japon, chaque année depuis maintenant plusieurs décennies, les téléspectateurs découvrent une nouvelle série de sentaï dans laquelle une bande de super héros en costumes colorés et thématiques sauvent le monde. Chaque série est indépendante de la précédente (à quelques cross overs près) mais en reprend toujours le schéma de base. En 1993, Kyōryū Sentai Zyuranger (恐竜戦隊ジュウレンジャー l’escadron des dinosaures) devient Power Rangers sous la houlette du producteur. Il achète les images à la Toei et fait tourner des scènes américains avec des acteurs US pour la partie comédie, n’utilisant les images japonais que pour les combats en armures et de monstres contre robots géants. Mais Saban va plus loin, cherchant à lier les séries entre elles pour maintenir une franchise globale, modifiant en profondeur les histoires pour créer un univers aussi cohérent que les images nippones le permettent. Vingt quatre ans plus tard, il franchit une étape de plus et amène sa franchise au cinéma. Avec plus ou moins de succès.

Power Rangers le film reprend surtout l’univers de la première série mais s’ouvre de manière surprenante : sur des cadavres de Rangers dans un monde ravagé, rappelant le court métrage de Joseph Kahn pour ensuite nous ramener en terrain connu, à Angel Grove. Jason est un adolescent qui porte un bracelet électronique après s’être fait gaulé par les flics. Avec Billy, le nerd de service, ils vont filer dans une carrière faire des conneries. Et mettre à jour un mystérieux cristal qui va leur donner des pouvoirs ainsi que des pièces de couleur. Au même moment, Rita Repulsa retrouve la vie après avoir été repêchée de l’océan. Et pendant que les adolescents accompagnés par trois de leurs potes qui étaient là presque par hasard vont découvrir qu’ils ont été choisis pour devenir les nouveaux Power Rangers, elle va chercher à redonner vie à Goldar pour qu’il l’aide à mettre la main sur le Cristal Zeo.

Difficile de comparer le film et le début de la série, l’épisode pilote de 1993 durant 20 minutes et devant faire le même boulot que le long métrage de 2017. A l’époque, Zordon trouvait cinq gamins presque par hasard parce qu’ils faisaient du sport ensemble dans un décor faisant aussi office de « bar à jus » et en dix minutes, non sans une scène de comédie ratée, l’affaire était pliée. De nos jours au cinéma, une origin story ne se balance pas comme ça… ce qui fait que ce Power Rangers nouvelle génération ressemble d’abord à un teen drama avant d’être une histoire de super héros ! Si vous binge-watchez des séries comme Riverdale ou 13 Reasons Why sur Netflix, vous serez donc en zone conquise tant les histoires des personnages, maltraités à l’école, mis à l’écart et j’en passe ressemblent à tout un tas d’autres. Pourtant, il se dégage quelque chose d’éminemment sympathique de cette nouvelle équipe et de leur apprentissage pour devenir des héros.

Il faut également ajouter qu’en leur donnant des super pouvoirs sans armures, et en les faisant de fait échapper à la mort lors d’une scène d’accident, les innombrables scénaristes ayant bossé sur le film trouvent une manière aussi simple qu’efficace de leur faire accepter leur destinée et les multiples rencontres qu’ils feront par la suite (Zordon, Alpha « aïe aïe aïe » 5 et consorts). Plus globalement, il faut reconnaitre une volonté de proposer quelque chose de nouveau. On aurait pu se contenter d’un ersatz des Quatre Fantastiques, d’un produit fini ressemblant à la série ou un film de super héros très générique mais à travers les personnages, l’équipe du film essaye. Tout ne fonctionne pas toujours, entre mise en scène se voulant très moderne avec passages à la GoPro, caméra portée, ralentis à en faire pâlir Zack Snyder et effets spéciaux parfois aussi horribles que les armures des Rangers, mais on sent la volonté d’Haïm Saban de s’affranchir aussi bien de la série originale japonaise que de pas mal de productions actuelles. On saluera également le fait d’avoir inclus au sein de l’équipe un personnage LGBT (même si c’est plus une allusion qu’autre chose) ainsi qu’un héros autiste, sans doute les premiers dans l’histoire du super héroïsme au cinéma.

Le souci de ce genre de production vient, comme d’habitude, du fait que l’origin story prend trop son temps. Pour voir des Rangers en costume taper du monstre et construire des robots géants en assemblant des dinosaures, il vous faudra attendre près de 90 minutes. Comme si ce n’était pas assez frustrant de ne réduire l’action qu’à un très gros final, tous les enjeus mis en place autour des personnages se retrouvent balayés pour ne plus jamais être évoqués. On se doute qu’une franchise est en préparation et que de nombreuses suites viendront combler les vides, mais quand même…

Si le film est parfois laid, parfois bordélique, avec des acteurs pas toujours justes, il en ressort quelque chose de sympathique et d’efficace qui fait qu’on passe quand même un bon moment devant cette nouvelle version. Peut-être est-ce parce que les scénaristes ont pioché avec justesse dans la mythologie mise en place par Saban (restez après le générique !) ? Peut-être parce qu’en mêlant humour, drame d’ado et action, le film est une adaptation aussi réussie qu’elle peut l’être d’un matériau de base parfois léger ? Ou peut-être est-ce parce que le film s’adresse plus aux vieux fans ayant grandis avec la franchise qu’à une nouvelle génération et que l’aspect nostalgique fait son petit effet. Mais il y a une fraicheur rare dans ce Power Rangers, surtout à une époque où la majorité des relances de franchises se veulent plus sombres et tragiques.
Ou pour faire plus court : si vous devez choisir un blockbuster d’action léger pour profiter de la clim’ d’une salle de cinéma ou conclure un rencard, préférez le à l’infâme Ghost in the Shell.

Vingt quatre ans après son lancement, la franchise prend un nouveau départ qui devrait être largement décliné sur le grand écran tant il reste des versions des personnages à réadapter. Et c’est loin d’être terminé puisque sur le petit écran, Power Rangers Ninja Steel vient de démarrer quand de l’autre coté de la planète les Japonais découvrent Uchū Sentai Kyūranger (宇宙戦隊キュウレンジャー l’Escadron de l’Espace). A 70 ans, Haim Saban n’a pas fini d’avoir du boulot.

Power Rangers, de Dean Israelite – Sortie le 05 avril 2017



1 commentaire pour “Critique : Power Rangers”

Laissez un commentaire :

  © CloneWeb - 2002-
RSS Actus | RSS Commentaires | RSS Forum | Netvibes | Wikio | iGoogle | MyYahoo
Reproduction, même partielle, interdite sans l'accord de l'auteur
Les différents produits cités ou utilisés sont la propriété de leurs auteurs respectifs.
Site propulsé par Wordpress - Design du thème : CloneWeb - Logo et plein de trucs biens par Ol-Design
58 requêtes. 0,696 secondes.