Critique : Le Sanctuaire

Il nous arrive parfois de voir des films très très en avance et de laisser les papiers écrits dessus prendre la poussière le temps qu’ils arrivent en France. C’est notamment le cas du film de Corin Hardy, Le Sanctuaire, sorti outre Manche mi-novembre dernier et débarquant sur les écrans français le 30 mars prochain.

En ce jour de Saint Patrick, parlons donc de cinéma irlandais.

 

LA CRITIQUE

Le cinéma de genre irlandais est plus vivant que jamais, et ça fait plaisir. Bien sûr, on n’échappe pas aux boudins de temps en temps, mais quelques uns de ces films se révèlent être des travaux fabriqués de manière très compétente, et osant parfois explorer sans retenue le riche héritage de leur culture celte.

Disons-le tout de suite, Le Sanctuaire (curieusement retitré The Woods à l’international) est une réussite exaltante. Corin Hardy, qui réalise ici son premier long métrage, parvient à installer une atmosphère pesante et anxiogène dès les quelques premières minutes de son film, tirant le meilleur parti de ses décors naturels propices à l’exploitation d’une imagination des ténèbres, ainsi que de ses intérieurs vieux et délabrés, ajoutant à l’idée d’opposition qui sous-tend son récit.

Présentant d’un côté un univers mystérieux répondant de règles surnaturelles qui remontent à plusieurs siècles, et d’un autre l’incroyance méthodique qui nous est contemporaine, le jeune cinéaste trouve le terrain de jeu parfait à la mise en parallèle des créatures fantastiques et terrifiantes d’antan, avec des personnages fortement ancrés dans leur époque présente. Le protagoniste, d’abord incapable de faire acte de croyance envers des forces le dépassant, passe la moitié du film à se répéter qu’il a à faire à son voisin psychotique souhaitant les faire fuir.

Cependant, Hardy n’est pas intéressé par cet aspect du suspense dramaturgique, et révèle presque immédiatement à son public que les créatures démoniaques hantant les bois existent bel et bien. L’arc narratif dans son ensemble ne recèle par ailleurs aucune surprise notable quant à son déroulement, alignant efficacement les développements logiques sans prendre de risque, ni ennuyer.

On peut saluer l’effort des scénaristes (Hardy compris) pour ne pas diluer l’intrigue en étirements inutiles : Le Sanctuaire est un film qui va droit au but, et qui place clairement son emphase sur une volonté de bien faire les choses. Ainsi, la mise en scène, la photographie, le montage et l’interprétation sont tous impeccables, faisant montre d’une maîtrise enivrante lorsque l’on sait que l’on regarde un premier film.

Film d’horreur oblige, les jumpscares abondent, mais le réalisateur trouve le moyen de renouveler quelque peu la formule en proposant des variations amusantes sur les sursauts habituels. En témoigne par exemple ce plan omniprésent dans le genre du trou de serrure montré du point de vue du protagoniste, qui se conclut sur une petite surprise non seulement amusante mais également essentielle à l’évolution du récit.

Le rythme est soutenu, Hardy optant pour une exposition concise et relativement précise (les personnages fonctionnent, même s’ils ne sont pas spécialement intéressants en eux-mêmes), afin d’entrer dans le vif du sujet le plus vite possible. Le sens de l’image du cinéaste se retrouve tout au long du film, qui regorge de plans au cadrage maîtrisé et aux idées ingénieuses, les créatures redoublant d’efforts pour pénétrer dans tous les recoins du sanctuaire humain.

N’oubliant pas que des images fortes marqueront toujours plus que tous les dialogues du monde, Hardy s’offre même le plaisir de munir son protagoniste d’une arme iconique lors de son acte final, à savoir une faux enflammée, qui lui permet d’ailleurs de nous proposer quelques plans d’anthologie.

Certes, le film n’est pas parfait : la musique minimaliste s’oublie aussitôt, la caractérisation des personnages est discutable, la gestion du temps est parfois mal habile et, il faut hélas le dire, le scénario manque tout de même un peu de générosité en matière d’horreur corporelle, alors même que la piste est clairement embrayée en fin de métrage. C’est dommage, le film aurait pu aller encore plus loin, et explorer sans retenue les implications de l’ignorance de l’homme vis-à-vis de la nature.

On pourrait en outre voir en The Hallow un jugement particulièrement noir sur le traitement que subit le patrimoine naturel (ici, les forêts millénaires) et culturel (ici, les légendes folkloriques du passé), car finalement, le personnage d’Adam n’est ni un inculte (il est arboriste, après tout), ni un individu manquant volontairement de respect aux traditions, mais lui et sa famille finissent en quelques sortes par payer l’addition pour l’avidité de certains et l’amnésie culturelle de tous.

Mais au-delà de toute implication morale possible, Le Sanctuaire est avant tout un film d’horreur plaisant, techniquement accompli et perpétuant avec brio une nouvelle vague d’horreurs surnaturelles irlandaises (et regardez donc le générique jusqu’à la fin). Corin Hardy, on te surveille.

Le Sanctuaire, de Corin Hardy – Sortie le 30 mars 2016



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