Diego Luna était de passage à Paris pour présenter en avant-première et dans le cadre du festival Viva Mexico sa nouvelle réalisation, Mr Pig.

L’homme n’est pas que le comédien bientôt à l’affiche de Star Wars Rogue One. C’est aussi un scénariste et un réalisateur qui signe son troisième long-métrage avec Danny Glover et Maya Rudolph vue dans le Saturday Night Live en têtes d’affiche.

Mr Pig raconte comment un vieil homme, fermier américain, passe la frontière mexicaine avec le dernier de ces cochons. Il est à la fin de sa vie et cherche à vendre son animal, espérant lui trouver un foyer. Mais la situation n’est pas celle à laquelle il s’attend. Lui qui est attaché à la bête découvre l’horreur des exploitations modernes où les animaux sont les uns sur les autres, nourris aux antibiotiques et autant maltraités que vous pouvez l’imaginer. Avec l’aide de sa fille qui le rejoint, il part alors pour un dernier road trip jusqu’à sa terre promise.

Riche en thématiques, le film souffre de la caractérisation de son personnage qui se fait au fur et à mesure du récit mais peut-être trop tard pour qu’on s’accroche à lui. Si vous n’aimez pas les bons sentiments, vous passerez dans doute votre chemin. Mais Danny Glover livre sa meilleure prestation depuis bien longtemps et on prend du plaisir à découvrir Maya Rudolph dans un rôle très éloigné des sketchs du SNL.

C’est de tout cela dont nous avons parlé avec le réalisateur et scénariste. Diego Luna, bien que super généreux, ne pouvait rien dire sur le prochain Star Wars. Nous lui avons quand même fait parler de l’univers dans lequel il est sur le point d’entrer, lui qui n’en aperçoit pour le moment que la sphère.

 

Vous avez confié le rôle principal à l’incroyable Danny Glover. Comment ça s’est passé ?
Je n’ai pas pensé à lui quand j’écrivais le scénario. J’avais quelque chose d’autre en tête, quelqu’un de plus proche de mon propre père. La directrice de casting m’a proposé Danny Glover. Je lui ai donc envoyé le script puis je suis parti à sa rencontre à Atlanta, je voulais qu’on papote et qu’on voit si on s’appréciait. Il a commencé à me dire à quel point il aimait le script et, surtout, à quel point ça lui rappelait son enfance puisque son propre grand-père élevait des cochons dans une ferme. Il les traitait d’ailleurs mieux que ses propres enfants !
J’ai ressenti une forte connexion. Je savais qu’il était taillé pour le rôle et qu’il pouvait lui apporter de l’inattendu. En tant que réalisateur, j’aime que mon idée de départ évolue grâce à l’équipe avec laquelle je travaille, que la graine que je plante grandisse grâce à plein d’interactions.

Justement, quelle a été l’idée de départ quand vous avez commencé à écrire ?
Je voulais parler d’une relation parents-enfants. Tous les films que j’ai réalisé tournent autour de la figure paternelle. Ma relation avec mon père m’a défini de plein de façons, ayant perdu ma mère à l’âge de deux ans. Je voulais en parler mais d’une manière plus mature.
L’écriture a commencé une fois qu’on a fini Abel [son précédent long-métrage sorti en 2010 au Mexique], dans lequel un petit garçon se réveille en croyant qu’il est son propre père. Je voulais reprendre l’idée mais d’un point de vue différent, maintenant que je suis père moi-même.
A la fin de sa vie, c’est le père qui a besoin que ses enfants soient là pour l’aider et non l’inverse.

Comment décririez-vous le personnage de Danny Glover ?
C’est quelqu’un qui ne trouve pas sa place dans le monde dans lequel nous vivons. Le monde est devenu un endroit où il ne veut pas être. Il a été fermier toute sa vie, a eu une relation avec les animaux qu’il a élevé. Mais les USA ont industrialisé son métier, ne lui laissant aucune place. Il part alors pour trouver un nouveau foyer pour son cochon, un endroit où il pourrait être heureux. C’est une métaphore pour lui-même, qui est à la fin de sa vie.
C’est aussi un homme qui a passé sa vie à fuir. Sa manière de réparer ses erreurs, de corriger ses problèmes est de les fuir. Là, c’est sa dernière chance de reprendre contact avec sa fille plutôt que de se tirer ailleurs.

En quoi Danny Glover vous a aidé à faire évoluer le personnage ?
Danny Glover a apporté un peu de lui-même dans tout ça, quelque chose de sa propre histoire avec sa famille, un peu de ses rêves et de ses cauchemars.
On a tourné les scènes du film dans l’ordre des scènes et la nature a apporté aussi des choses qui ont aidé à faire le film tel qu’il est. On l’a laissé improviser en fonction de ce qui se passait et on a fait évoluer l’histoire grâce à ça.
A un moment du film, il parle avec sa fille en conduisant le van et ils se retrouvent entourés de vaches. Ce n’était pas prévu. Elles nous ont bloqué le passage. Alors on a continué à tourner. Ils ont improvisé. Les personnages ont réagi à la situation, attendant que les vaches traversent, se demandant ce qu’ils allaient se dire.

Comment se passe un tournage avec un vrai cochon ?
Le cochon est toujours bon parce que c’est un cochon ! Les acteurs, eux, doivent être prêts à tout. On a utilisé trois animaux, qu’on a entrainé et qui se comportaient tous différemment.

Le film montre l’horreur des abattoirs modernes. Pensez-vous que maintenant on doit s’orienter une économie plus respectueuse ?
Absolument. Le film veut faire passer le message disant qu’on doit savoir d’où vient ce qu’on mange. Il s’agit de dire aux consommateurs d’être responsables. C’est très important. J’ai moi-même visité des abattoirs et je voulais dénoncer cette maltraitance à laquelle je m’associe contre mon gré.

Quelle était votre relation avec la franchise Star Wars avant Rogue One ?
J’ai grandi avec les premiers films. J’ai découvert Un Nouvel Espoir quand j’avais six ans.
Faire désormais partie de cet univers est un rêve qui devient réalité. Ca me renvoie à mon enfance. Je suis redevenu le petit garçon qui jouait à Star Wars mais cette fois “en vrai”. J’ai vraiment adoré le tournage, vraiment beaucoup.

On se souvient tous de Felicity Jones qui craque devant la figurine de Jyn à Star Wars Celebration. Quelle a été votre réaction à vous ? Et vous sentez-vous prêt à vous voir sur des t-shirts ou des gens habillés comme Cassian ?
J’ai reçu un jouet, je l’ai donné à mon petit garçon et on a joué ensemble. C’est vraiment un sentiment étrange et intéressant de voir que ces jouets me ressemblent vraiment.
C’est encore trop frais pour pouvoir en parler mais je pense que personne n’est prêt pour ça.

Interview réalisée dans le cadre de Viva Mexico – Remerciements chaleureux à Ophélie Surelle.

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