“James Bond reviendra.” Cette promesse faite à chaque fin de long-métrage l’a été aussi sur CloneWeb, certes dans une moindre mesure, puisqu’après un Gros Dossier consacré à l’intégralité de la saga, il est temps de parler de Spectre.

Pour ce 24e Bond, Daniel Craig rempile (pour la dernière fois ?) avec Sam Mendes, cette fois associé au magique directeur de la photo Hoyte van Hoytema et coté casting Lea Seydoux, Christoph Waltz, Monica Belluci, Ralph Fiennes ou encore Ben Wishaw…

 

LA CRITIQUE

Le réalisateur Sam Mendes aura marqué de son empreinte la saga James Bond en lui faisant atteindre un sommet de cinéma avec le vingt-troisième épisode, sorti en 2012. Aussi accompli formellement que poussé dans son écriture et intégration à l’univers de la franchise, Skyfall faisait passer un cap en prouvant qu’il pouvait être plus qu’un énième très bon épisode d’un saga. La barre était haute, très haute lorsque Barbara Broccoli et Michael G. Wilson constatèrent des recettes mondiales qui se chiffraient en milliard de dollars. Tandis que celui qui deviendrait le présentement Spectre n’était encore qu’à ses balbutiements, Mendes fut convaincu de revenir mettre en scène ce numéro vingt-quatre. Le challenge était de taille : le même homme pourrait-il faire plus fort que son Skyfall qui avait déjà atteint les sommets ? La réponse à cette question se retrouve clairement dans ce nouvel opus très ambitieux, aussi incroyable qu’inégal et, au final, un peu décevant.

On comprend mieux en découvrant le premier plan de Spectre les problèmes rencontrés par la ville de Mexico qui avait vu son centre ville historique bloqué par les milliers de figurants du long-métrage et la fameuse scène d’action qui ouvre le film. On reste bouche bée devant le soin apporté à la mise en scène par Sam Mendes et la proposition de cinéma qu’il offre au spectateur en quête de divertissement et de sensations fortes. Pour cela, tout ce passage rythmé en permanence par les percussions sud-américaines endiablées nous en sert plutôt deux fois qu’une. Mendes tient sa promesse de faire l’ouverture d’un James Bond la plus spectaculaire. C’est alors que les premières notes au piano de la chanson de Sam Smith se font entendre et l’on décroche rapidement de ce rêve éveillé pour tout fan de la saga. Si elle faisait déjà polémique à sa découverte hors contexte, la gentille mais trop sirupeuse “Writing’s on the Wall” ne fonctionne tout simplement pas à l’écran. Tout est hors sujet. Le constat est d’autant plus glacial que les illustrations, au visuel fantastique, imaginées par Daniel Kleinman semblent gâchées par les miaulements minaudes de Smith sur la bande sonore imposée. Cette faute de goût qui a échappée au réalisateur, en contrepoint de la scène folle la précédant, n’est qu’un premier avertissement pour la suite de l’aventure.

Les morts… sont vivants. Cette phrase toute prophétique qui ouvre Spectre souligne l’aboutissement d’une réflexion abordée dès la conception de Casino Royale. Faisant un retour aux origines en 2006, le Daniel Craig de 2015 incarne enfin James Bond, tout du moins, sa figure traditionnelle, plus authentique et proche de celle de Sean Connery. À Londres, nous avons M derrière son bureau, Monnypenny et son jeu d’attraction-répulsion, Q et ses gadgets et Tanner en bon soldat. La refonte du MI6 à Whitehall après les événements de Skyfall offre une nouvelle perspective de stabilité à Bond pour ses prochaines missions. Sam Mendes franchira même le pas de la porte de 007, troisième fois que la demeure privée de l’agent secret est montrée à l’écran dans la saga. Mais surtout, bien que l’on avait reproché à Quantum of Solace de ne pas être à la hauteur de Casino Royale, la fine transition entre les deux épisodes pouvait n’en faire qu’une seule histoire. Or, Spectre rebat les cartes en intégrant forcément Skyfall tout en rappelant les deux précédents opus de Craig. Belle idée que de conditionner les épisodes de ce dernier sur une trame géante les regroupant tous, malgré que la redondance des rappels et des liens vers les autres films devient vite lassante au bout de la ixième fois. Retour aux Sean Connery encore donc, qui eux travaillaient une série feuilletonnante au cinéma avec, chaque année, un nouvel ennemi à combattre pour James Bond, ennemi qui venait de la même organisation secrète malfaisante : le Spectre.

Bien que les quelques bandes annonces en ont déjà révélé un peu la teneur, la découverte du Spectre est sûrement la séquence la plus marquante du film. Une scène longue et calme où, pour un film d’action, Sam Mendes prend d’énormes risques autour de cette table figée à laquelle est assit en contre-jour l’ennemi le plus personnel de Bond, nous dit-on. Dans la forme, ce passage anti spectaculaire est un excellent reflet à celui d’Opération tonnerre qui révélait le Spectre la première fois. Les sièges high tech et les revêtements métalliques brillants d’un syndicat mondial du crime, légèrement en avance sur son temps, ont laissé place au bois et à la pierre d’une organisation franc-maçonnique du mal ancestrale. Car l’argent ne suffit plus au Spectre, et là résidera l’une des plus grandes forces du long-métrage de Sam Mendes : l’information est le nouveau pouvoir. Alors que le MI6 est considéré comme une structure passéiste par de jeunes politiciens arrivistes, tels qu’Andrew Scott, une nouvelle réglementation vise à mettre tous les britanniques sous écoute. Spectre est l’écho dans la franchise James Bond de l’ère Snowden et des possibilités de l’espionnage à grande échelle. Sur ce point, le scénario surpasse nos attentes en taclant en même temps l’usage des drones et de la mort exécutée sur un simple clic. Jusque là, Spectre avait tout pour être un brillant épisode, sachant également jouer sur des touches de second degré flegmatique dans l’action que sombrant tout autant dans une noirceur globale rarement approchée.

Pour mettre en image cette noirceur, Hoyte van Hoytema est le digne replaçant de Roger Deakins. La photographie est une pure merveille, du début à la fin, bien que les séquences romaines nocturnes restent son terrain de prédilection. À l’inverse, on regrettera la pauvreté du travail de composition originale de la part d’un Thomas Newman rempilant après Skyfall. On trouve malheureusement dans sa musique quelques fulgurances magnifiques perdues dans un copié-collé de la bande originale du précédent opus qui était, elle, d’excellente facture. Si le bas blesse au niveau de l’interprétation auprès du reste du casting, la faute n’est pas tant à être attribuée aux acteurs et actrices. L’écriture de chacun des personnages secondaires dans les respirations du récit donne l’impression d’être sacrifiée sur l’autel de l’action, alors que le long-métrage dure suffisamment ses 2h28. L’idylle amoureuse avec Léa Seydoux ou la vieille rancune de Christoph Waltz n’ont pas le temps d’être approfondies correctement, ce qui nous emmène immanquablement vers des décisions péremptoires, des moments un peu caricaturaux ou des actes de sadisme purement gratuits. La dernière partie de Spectre en sera truffée, victime des impératifs d’un cahier des charges auto-imposé de références inutiles et de recherche de la surenchère vis-à-vis de Skyfall. On appréciera la mise en avant de M, désormais tenu par Ralph Fiennes, devenant celui de la saga le plus actif qu’il nous ait été donné de voir dans un épisode.

Cependant, tous ces défauts n’entacheront pas tant le travail accompli. Difficile de bouder son plaisir face à un tel spectacle. Même si cela se voit que Sam Mendes s’est échiné à faire plus fort que le parfait Skyfall, Spectre n’en est pas moins un grandiose héritier d’une saga et l’un de ses opus les plus sombres.

3 commentaires

  • Trackback: On a vu "Spectre", le dernier James Bond : retour à la case départ pour 007 - Mes Actus
  • DeDeL!! mercredi 28 octobre 2015 11 h 42 min

    Perso, j’avais trouvé Skyfall bon mais hyper ennuyeux pour un James Bond. Par contre la photographie m’avait complètement bluffée!!

    Pour moi, Sam Mendes est à James Bond, ce que Chris Nolan est à Batman.
    Des réal qui dirigent leurs héros et interprétations, avec un style propre, en apportant beaucoup de “classe” aux longs métrages.
    Un renouveau pour des licences mais un choc quand on va au ciné pour voir ce pourquoi on a payé.
    Des réal qui s’intéressent vraiment aux personnages et scénarios, mais pas aux spectacles et aux scènes d’actions ou dans ce domaine, ont les sens complètement largués!!
    Parfois, ils assument cette lacune, en proposant un moment original, à l’image du combat en corps à corps et en ombre chinoise, dans une scène de nuit en Asie dans Skyfall. Magnifique et surprenant.

  • Trackback: CloneWeb » Oscars 2016 : le Palmarès

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.