Pilgrimage, l’Irlande médiévale au cinéma

Tom Holland, Richard Armitage et Jon Bernthal promenant une relique à travers l’Irlande du 13 siècle, voilà qui a de quoi réjouir. Pilgrimage est la troisième réalisation de Brendan Muldowney et la première à réunir un casting international, juste au moment où Tom Holland fait la une de l’actualité avec la sortie de Spider-Man Homecoming.

Le film, prévu en Irlande mi-juillet et début août en Belgique est sorti directement en blu-ray en Angleterre. Une belle occasion pour nous de le découvrir et d’en profiter pour poser quelques questions au scénariste Jamie Hannigan.

Un film se déroulant en Irlande au 13e siècle avait tout pour plaire sur le papier, d’autant que l’affiche promettait Jon Bernthal épée à la main prêt à découper du Normand et que voir Richard Armitage casqué rappelait les belles heures de Thorin dans le Hobbit de Peter Jackson.

Pilgrimage raconte le voyage d’une relique à travers l’Irlande. Planquée par des moines vivants au bord de la mer dans des huttes en pierre, elle est appelée à rejoindre Rome. Mais ce qui est en réalité une pierre ayant lapidé un proche de Jésus Christ ne traverse pas un pays sans convoitise. Le chemin des moines, qui cherchent à rejoindre Waterford pour ensuite prendre un bateau, sera donc semé d’embuches.

Jamie Hannigan, scénariste du film, explique que son idée de départ vient du film d’Akira Kurosawa Yojimbo, qu’il a découvert “quand [il] avait huit ou neuf ans et qu’[il] s’est demandé pourquoi on n’avait pas d’histoires similaires en Irlande.”. Il précise : “Comme au Japon, nous sommes sur une île qui a une longue histoire de folklores, de rois, de reines, de clans qui se font la guerre et de vagues d’invasion. Mais la majorité des oeuvres de fiction et surtout au cinéma se focalisent seulement sur les 150 dernières années du pays et son indépendance vis à vis du Royaume Uni. S’il y a bien des histoires incroyables autour de cette période, j’étais curieux de montrer l’Irlande sous un autre jour, quand les gens définissent leur identité autour de notions de familles et de clans plûtot que du fait d’être Irlandais.” En ce sens, Pilgrimage fait presque figure d’exception dans le paysage cinématographique irlandais, avec à ses cotés le film d’animation Brendan et le Secret de Kells.

Le film démarre en douceur, se focalisant sur Tom Holland en jeune moine qui rappelle Eddie Redmayne dans Black Death et le mystérieux personnage de Jon Bernthal, convers du monastère (soit un civil vivant dans la communauté religieuse) muet mais prêt à faire la route avec eux. Brendan Muldowney commence calmement mais intègre rapidement dans son récit des tensions entre les personnages notamment à cause d’un moine cistercien incarné par Stanley Weber (qui incarnait le Comte Saint Germain dans Outlander). On se prend vite d’intérêt pour le devenir des personnages quand on se doute que tout va exploser. Mais tout cela ne serait rien sans les Irlandais croyant toujours à de vieilles légendes et à des histoires issues de leurs tradition plutôt qu’à un homme cloué sur une croix à l’autre bout du globe. Le frère de la chanteuse folk Lisa Hannigan explique ce à quoi il avait pensé au moment de l’écriture : “Bien qu’il y ait des références à d’anciennes croyances païennes, le conflit central -du moins dans ma tête- était plus celui opposition les croyances personnelles aux structures externes qui définissent et contrôlent ces croyances, personnifiées dans le film par le Novice (Tom Holland) et le Cistercien (Weber).”

Il ajoute sur le sujet : “la Chrétienté est arrivée en Irlande au milieu du 5e siècle. Cinq cent ans plus tard, l’Église de Rome a alors rétabli son autorité et l’un de ses plus problèmes à résoudre était d’éliminer l’Église irlandaise rebelle, qu’il voyait comme arriéré et principalement païenne, pour la remettre dans le droit chemin. Le résultat, c’est que le Pape Adrien IV a autorisé le Roi d’Angleterre Henri II à “gouverner” (ou plutôt envahir) l’Irlande, avec l’idée que l’autorité de l’Église traditionnelle serait rétablie.

C’est l’arrivée du personnage incarné par Richard “Thorin” Armitage qui viendra rajouter de l’huile sur le feu jusqu’à tout faire exploser. Et pour cause, le comédien incarne un envahisseur Normand – qui parle donc beaucoup français. Ce n’est pas forcément étonnant, les Normands ayant envahi l’Angleterre et le Français était la langue parlée à la cour d’Angleterre sous le règne de Henri II qui avait épousé la Duchesse d’Aquitaine Aliénor. Nous avons d’ailleurs demandé au scénariste de préciser si son histoire pouvait s’offrir quelques divergences par rapport à la réalité. “C’est une question compliquée” a répondu Jamie Hannigan “parce que la communauté monastique du film Kilmannán est fictionnelle mais elle est basée sur plusieurs véritables communités religieuses dont certaines vivaient encore dans des huttes de pierre comme on en voit dans le film, ce qui était le cas encore jusqu’au 13e siècle.” Il complète : “il existait peut-être un personnage appelé Matthias qui a pu ou pas avoir été choisi par les apôtres pour remplacer Judas. On ne sait pas comment il est mort ni même où. La relique dans le film est donc totalement inventée mais la valeur qui lui est attribuée est aussi proche que celles d’autres reliques, du Moyen-Age à nos jours. Certains détails ont été simpliifés dans un but dramatique mais la toile de fond de l’invasion normande, le siège de Constantinople et la persécution des Cathares sont des faits historiques avérés.”

Si Pilgrimage prend le temps de se mettre en place, il faut reconnaitre que les scènes de combats sont particulièrement réussies et que les effets visuels -surtout quand il s’agit de découper des casques ou mêmes des cranes, sont très bien fait. Le résultat est étonnamment sanglant, plus qu’on aurait pu l’imaginer pour une production de ce type. Tourné en seulement six semaines, en Irlande et en Belgique, le film n’a bénéficié que d’un tout petit budget estimé à moins de cinq millions d’euros. L’histoire est forcément limitée par la somme mise en jeu. Pas question de reconstituer une ville médiévale ou de grandes scènes de batailles. Il faut logiquement se retreindre, même lors du combat final qui se déroule principalement en arrière plan d’une seconde scène plus simple à mettre en images. Est-ce que l’histoire a évolué à cause de cet aspect ? “J’ai écrit les premières versions sans aucun budget en tête parce que j’ignorais ce qu’il allait être mais aussi parce que j’avais besoin d’avoir toute la liberté qu’il fallait pour explorer le monde dans lequel le film se déroulait.”
En cours d’écriture, le budget a été connu et des détails du script ont été retouchés : “A part deux scènes d’action supplémentaire, il y avait principalement plus de détails autour du personnage de Diarmuid (Tom Holland) et de sa famille dans le premier acte. Mais construire des forts irlandais et des villages étaient trop couteux et on a dû s’en débarrasser.”

Malgré l’aspect “petite production” on prend donc du plaisir à suivre ces personnages et à espérer qu’ils arrivent sains et saufs au bout de leur périple. Pilgrimage mérite donc tout autant votre intérêt que Black Death en son temps et même si les deux films se révèlent être finalement bien différents. On a d’ailleurs demandé à Jamie Hannigan s’il a vu l’oeuvre de Christopher Smith. Il répond : “J’ai vu Black Death mais alors que j’en étais au troisième ou au quatrième brouillon de Pilgrimage. Je l’ai beaucoup aimé et j’étais bien content de voir que John Lynch (qui joue Wolftan dans Black Death) a rejoint le casting de Pilgrimage. Parmi les autres films qui ont eu plus d’influences sur mon écriture, on peut citer Yojimbo évidemment mais aussi Aguirre, la Colère de Dieu, Fitzcarraldo, The Proposition, Baby Cart Le Sabre de la Vengeance ou encore Le Salaire de la Peur.”

Pilgrimage n’a pas encore de date de sortie en France mais on croise les doigts pour qu’il soit décemment diffusé. D’ici là, vous pouvez vous rabattre sur le blu-ray anglo-saxon. Le scénariste, lui, est déjà parti vers d’autres aventures : “Je travaille sur plusieurs autres projets dont une série télé se déroulant pendant les Croisades, un thriller avec des fantômes se déroulant en Islande au 19e siècle. J’ai aussi terminé l’adaptation du livre The Road to Reckoning ainsi que l’écriture avec Michael Kinirons d’un thriller se déroulant à Dublin en 1916 et appelé Come Monday We Kill them All.”

Pilgrimage, de Brendan Muldowney – Date de sortie inconnue en France

Merci à Jamie Hannigan pour sa disponibilité et sa gentillesse.



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