Si vous êtiez déjà fidèle au rendez-vous dimanche dernier, vous savez que nous vous proposons quelques critiques en partenariat avec WildSide.

Distributeur de films en salles (en association avec Le Pacte) et éditeur de DVD et Blu-Ray, WildSide a un catalogue de plus de 500 films dont des choses aussi diverses que des films de sabres, du cinéma fantastique espagnol, des classiques américains, des documentaires ou des films d’animation.
Ils nous ont laissé piocher dans cette fantastique collection pour évoquer pour vous des choses aussi différentes que Le Labyrinthe de Pan la semaine dernière ou le film du jour.

Jean-Philippe a en effet choisi de consacrer ce Un Dimanche, Une Critique à la Forteresse Cachée dont vous pouvez trouver le DVD ici.

La Forteresse Cachée (1958)
Titre original : 隠し砦の三悪人, Kakushi toride no san-akunin
Réalisé par Akira Kurosawa
Dans le Japon du XVIème siècle, une guerre oppose deux clans rivaux. Deux paysans pauvres, Tahei et Matashichi cherchent à contourner la ligne de front pour retourner chez eux. En chemin, ils découvrent un morceau d’or dans une branche d’arbre et pensent être sur la piste du trésor du clan des Akizuki, vaincu. Ils se mettent en chasse de ce trésor, mais sont surpris par un homme. Cet homme leur dissimule sa véritable identité, car il s’agit du général Rokurota Makabe, l’un des derniers survivants des Akizuki. Lui aussi cherche à aller dans le même territoire que les deux paysans. Mais sa tâche est ardue, en effet, il doit y accompagner la princesse Yuki, l’héritière du clan ainsi que son trésor, pour refonder son clan. Il décide d’utiliser la naïveté et la cupidité des paysans pour l’accompagner et l’aider à transporter l’or, tout en cachant son secret.

Avant de commencer, je tiens à préciser que je n’ai vu aucun film du grand Kurosawa avant celui-ci. Je serais donc bien incapable de fournir une analyse précise et détaillée par rapport au reste de sa filmographie. Je me contenterais d’énoncer certains faits. Premier film du cinéaste tourné en Cinémascope, avec son acteur fétiche Toshiro Mifune, La Forteresse Cachée est le film le plus grand public du metteur en scène japonais (mais de l’avis de tous de qualité équivalente au reste de son œuvre). De son propre aveu, Kurosawa voulait faire un film à grand succès pour pouvoir réaliser des projets plus personnels par la suite. Et le résultat est plus qu’à la hauteur : La Forteresse Cachée est un grand film d’aventure, épique et magistral.

On parle souvent de ce film comme source d’inspiration pour Georges Lucas et Star Wars. Après visionnage, on comprend tout de suite ce qui a inspiré tonton Georges pour sa saga. Si la trame n’est pas reprise, on retrouve quelques points communs notables. L’histoire est racontée du point de vue de deux paysans pauvres, malchanceux, cupides et stupides, éléments comiques de l’intrigue (une première chez Kurosawa- que l’on peut facilement associer à R2D2 et C3PO de Star Wars), qui se retrouvent à escorter une princesse au fort caractère en fuite, et son chevalier courageux. Au cours du film, la filiation entre les deux films est presque évidente. Mais résumer La Forteresse Cachée à une simple connexion avec La Guerre des Etoiles serait bien réducteur,

Parce qu’avant tout La Forteresse Cachée est un très grand film d’aventure, avec un zeste d’humour non négligeable (cf. la scène absurde où les deux idiots tentent de gravir une pente recouverte de cailloux, magique). On est ici face à une situation spécifique de l’histoire japonaise. Au XVIe siècle, le pays divisé en grande familles et clans qui se font la guerre), mais une situation universellement compréhensible tant l’enjeu est simple et clair : les derniers survivants du clan Akizuki doivent survivre, passer la frontière et tenter de se reconstruire.

Une des bonne idées du film est de mettre au premier plan ces deux paysans naïfs et cupides, qui pensent avant tout à sauver leur peau (n’hésitant pas parfois à trahir leurs compagnons de route). Des personnages bêtes et cupides, ni foncièrement méchants ni gentils, des êtres profondément humains surtout. Ces deux anti-héros apportent constamment un décalage avec le personnage incarné par l’impressionnant et très charismatique Mifune. Personnage sans compromis, soumis au code de l’honneur, ayant le sens du sacrifice, Makabe explose l’écran (à noter un duel sympathique au milieu du film). Enfin, la jeune princesse, d’une présence assez impressionnante, est le personnage le plus étonnant du film. Il faut savoir qu’à l’époque un personnage féminin avec un caractère aussi fort, garçon manqué, était aussi rare qu’un bon film français à notre époque (#trollgratuit). A noter que l’actrice qui incarne la Princesse à une voix geularde insupportable (une sorte de Marge Simpson japonais qui déchire vos tympans en parlant). Heureusement qu’elle est muette une grande partie du film.

Kurosawa exploite à merveille le format Cinémascope, en particulier lors de magnifiques plans de foule (la révolte des esclaves), joue habilement avec les contrastes du noir et blanc avec un éclairage somptueux (la splendide scène de la fête du feu, hypnotique), on sent la maîtrise à chaque scène, chaque plan, chaque idée. Le film est un vrai plaisir pour les yeux, et jamais au cour des 2h20 que dure le métrage le spectateur ne s’ennuie, grâce à un scénario riche en rebondissements. On prend un vrai plaisir à voir ce voyage presque initiatique, passionné par cette fresque rocambolesque et épique.

Enfin, Akira Kurosawa pousse le spectateur à méditer sur une humanité rongée par l’opportunisme, l’avidité et le profit au dépend des autres ; et d’un autre côté une humanité fondamentalement bonne, bienveillante et attachante. Un point de vue mitigé non manichéen bien retranscrit par les personnages des deux paysans, qui même à la fin du film continuent à se disputer (pour des raisons bien différentes), confirmant qu’au fond l’homme ne change jamais vraiment.

Fan hardcore de Star Wars ? Regardez La Forteresse Cachée, pour votre culture.
Vous aimez le grand cinéma d’aventure, réalisé de main de maître ? Forcément ! La Forteresse Cachée est un grand spectacle, fabuleux et épique, innovant, drôle, profondément humain. Un chef d’oeuvre !

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