Le réalisateur Timur Bekmambetov continue-t-il à faire des films malgré son absence de talent ? Que vaut le dernier Takashi Miike, qui revient avec un 103e long métrage ? Peter Jacskon est-il toujours au dessus du game même avec un film tourné il y a 24 ans ? Toutes ces questions trouveront réponse dans cet ultime papier consacré à l’édition 2018 du NIFFF.

On se retrouve très vite pour un prochain festival (L’Etrange se tient à Paris du 5 au 16 septembre prochain) et surtout à Neuchatel en 2019 pour la dixième (!!) participation de la Team CloneWeb à l’un de nos festoches préférés !

 

Luz (2018) de Tilman Singer

Tournée en 16mm et présenté auparavant au festival de Berlin, Luz est à l’origine un film de fin d’études, dont l’ambition a séduit à son tour les organisateurs du NIFFF.

Son histoire de femme possédée et de séance d’interrogatoire qui va vite tourner au cauchemar ont pourtant de quoi rentrer dans le rang des films vus 1000 fois, mais il faut bien admettre que le jeune réalisateur Tilman Singer parvient à tirer son épingle du jeu en jouant sur une atmosphère psychédélique et mystérieuse, où les visions de la possédée prennent le pas sur le réel afin de faire perdre pied au spectateur.

Le jeu sur la frontière entre vision et réel est d’abord incarné à l’écran par des choix esthétiques assez tranchés, même si l’utilisation massive de fumée en fin de métrage peut sembler un peu cache misère, mais le travail sur le sound design est assez dingue et permet de faire croire à une situation somme toute rocambolesque avec peu de moyens. Somme toute, le métrage met trop de temps à démarrer et à poser sa situation principale, mais c’est un premier film fait dans une économie ridicule, donc on excusera les errements et on suivra avec attention ce jeune cinéaste.

 

Profile (2018) de Timur Bekmanbetov

Timur, Timur, Timur…

Mastodonte du cinéma russe, Timur Bekmambetov nous aura fait tremblé à de multiples reprises, la plus violente étant indéniablement son atroce Abraham Lincoln Chasseur de Vampires.

Et s’il était un peu passé sous les radars actuellement, c’est parce qu’il était reparti en Russie, faire des comédies destinées au public russe, tout en développant une boîte de production dont le but était de révolutionner le cinéma. Oui oui. Pour se faire, Timur avait trouvé un plan imparable, qui lui est venu lors d’une conversation skype avec une collègue : faire des films se déroulant entièrement sur un écran d’ordinateur ! Ainsi on nous présentait Profile comme du jamais-vu, alors même que le public pouvait déjà faire face à ce dispositif dans Unfriended, déjà produit par Bekmambetov à l’époque…

Cela étant, si Profile fait partie de 7 films produits avec ce dispositif, c’est bien le patron qui réalise, et le sujet est pour le moins intéressant : on y suit une journaliste anglaise qui enquête sur les cellules de recrutements de Daesh. Inspiré du livre « Dans la peau d’une djihadiste » de Anne Erelle dont il transpose l’intrigue en Angleterre, Profile parvient à incarner son concept plus qu’avec les ados débiles d’Unfriended : le découpage jouant avec les différentes fenêtres ouvertes de la journaliste montre bien son processus mental derrière chaque message, chaque décision et chaque fait et geste en ligne, donnant l’impression de voir ses réflexions en temps réel, et la conception de celles-ci.
Cela étant, il y a un élément qui vient gâcher le tableau, et pas qu’à moitié : le personnage est débile.
Et quand on dit débile, c’est qu’elle ne cesse de prendre des décisions insensées, dangereuses et contradictoires, puisqu’elle est capable de faire tout et son contraire en 2 minutes, qu’elle mène son enquête sans rien n’y connaître du terrorisme, cherchant donc constamment à quoi correspondent les éléments présentés à elle sur Google alors même qu’elle a son correspond djihadiste face à elle sur Skype. On peut comprendre le besoin de partager l’information au public, mais le récit agence tout ça de façon terriblement maladroite, si bien que l’affectation émotionnelle vécue par l’héroïne au fur et à mesure n’a rien de crédible, et ressemblerait presque à une parodie.

Terriblement maladroit dans son écriture, Profile manque donc le coche, même si sa forme trouve ici un écho singulier avec son sujet. Reste plus qu’à trouver un scénariste digne de ce nom, et la prochaine sera sûrement la bonne !

 

Laplace’s Witch (2018) de Takashi Miike

Un an après la première mondiale de Jojo’s Bizarre Adventures au NIFFF, le festival accueillait une nouvelle fois une œuvre du réalisateur japonais. Son 103ème film (!!!) est à nouveau une adaptation, d’un roman de Keigo Higashino, avec une enquête policière un petit peu spéciale centrée sur des empoisonnements au sulfure d’hydrogène, un phénomène possible seulement dans des conditions très spécifiques et compliquées logistiquement à mettre en place. Sauf que les victimes l’ont été au beau milieu de nulle part, en pleine nature, défiant toutes les lois de la science…

Bon, on veut bien concevoir qu’avec autant de films au compteur, Miike ait largement le droit de se planter ou de se la couler douce, mais Laplace’s Witch a le mérite d’être assommant tant il est un tunnel ininterrompu de dialogues interminables, où les personnages s’expliquent et se réexpliquent continuellement leur vie et les innombrables ramifications de l’histoire en boucle.

Tout sauf ludique ou captivant, le film repose sur des plans séquences avec les persos plantés dans le décor et débitant leur texte, sans que jamais le potentiel fantastique de l’histoire, pourtant prometteur, ni sa dimension philosophique, ne prenne vraiment. Certains festivaliers comparaient justement la base du film à du Kiyoshi Kurosawa, mais sans la pertinence de ce dernier. On ne saurait leur donner tort…

 

A Young Man With High Potential (2018) de Linus de Paoli

Les nerds. Vous savez ces gens fans d’informatique et de mathématiques en tout genre qu’on assimile souvent à des gros boutonneux vivant devant leurs écrans avec le moins d’échanges sociaux possibles ?

Et bien ce cliché sur pattes, c’est plus ou moins le personnage principal de A Young Man With High Potential, qui mène sa vie planquée dans une fac, jusqu’au jour où une magnifique demoiselle va s’approcher de lui pour travailler ensemble. Et le bougre bien mal en point, ne sachant comment gérer cette situation inédite pour lui, va vite totalement déraper…

En soit, le pitch crée par Linus et Anna de Paoli est loin d’être foireux, comme le montre une première partie de film assez réussie, où ce jeune homme qui a besoin de contrôler son environnement voit petit à petit celui-ci mis à mal par la demoiselle, qui sans s’en rendre compte ne répond à aucun schéma du jeune homme et le déboussole totalement. Sauf que les créateurs du film ne parviennent pas à garder cette situation en ligne de mire et à la faire monter crescendo, préférant balancer le malaise et le mal-être grandissants par-dessus bord pour faire place à de l’humour noir qui jure totalement dans sa tonalité. Le tout transpire la facilité d’écriture, amenant l’ensemble vers une seconde partie plus fonctionnelle et farfelue qui a perdu tout ce que l’exposition avait de trouble et de gênant.
Comme le dit si bien le titre, le potentiel était élevé, à l’inverse du résultat.

 

The Burning (1981) de Tony Maylam

Par Clara – Alors, c’est comme un film de la franchise Vendredi 13, sauf qu’il y a significativement moins d’hormones et pas mal moins de de boyaux d’adolescentes américains élevés au grand air. Du coup, c’est un peu dommage. Mais on ne peut pas manger 5 étoiles tous les jours, parfois un fast food un peu trop gras, ça fait du bien à l’âme. Et c’est exactement l’idée du sympathique même si pas inoubliable The Burning.

Dans le cadre d’un cycle « Friday the 13th » dédié aux slashers de camps de vacances, le NIFFF proposait cette année de redécouvrir cette petite joyeuseté (rééditée en dvd chez Carlotta Films sous le titre « Carnage ») qui coche toutes les cases du genre : des ados débiles, dans un camps de vacances avec un lac, une forêt et du canoë, un instinct de survie inexistant et un ancien gardien / moniteur / garde forestier qui a péri dans d’atroces souffrances.

Ici, un grand monsieur tout brûlé va massacrer les jeunes gens du camp du vacances avec une paire de cisailles assez grande pour décimer une forêt de séquoias. Le spectateur avisé sera cependant un peu chafouin de constater que même ceux qui ne couchent pas finissent élagués : Y’A DES RÈGLES BORDEL ! PAS DE BAIN DE MINUIT, TU RESTES EN VIE !

Malgré cet irrespect flagrant de tout ce qui fédère notre société et permet le vivre ensemble, The Burning parvient à distraire le festivalier et lui donner envie de rebouffer tous les Jasons en rentrant à la maison. Marshmallows et pas de maillot, pelleté de cadavres à la colo !

 

Créatures Célestes (1994) de Peter Jackson

Mesdames et Messieurs, l’homme de tous les miracles, le héros des nerdos, le pape des cinéphiles, l’homme qui suscite le plus de vocations de cinéastes au monde: PETER JACKSON !! Et parmi tous ses faits d’armes, toutes ses gloires plus au moins mondialement célèbres, Monsieur Jackson réalisait en 1994 un film qui comprenait mieux les jeunes filles en fleurs (et certaines de leurs pulsions…) qu’un demi-siècle de presse féminine : Heavenly Creatures ! Et votre rédactrice dévouée doit bien admettre qu’elle ne l’avait jamais vu. Shaaaaaaame.

Le film adapte un fait divers néo-zélandais ayant eu lieu dans les années 1950. Deux jeunes filles (dont l’une est interprétée par Kate Winslet dans l’un de ses premiers rôles) se lient d’une amitié comme seule il en existe à l’adolescence. Loin d’être tout à fait sympathique, le duo s’exalte et exulte dans le partage de leur passion pour les arts, l’héroïc fantasy, et globalement tout ce qui consiste à faire du bruit.

Bien sur, il y a un sous texte dense sur l’acceptation et sur les relations un peu trop intenses. Pour le reste, même si plus personne ne peut crier un spoil pour un film sorti il y a 25 ans, nous ne vous en dirons pas beaucoup plus, car cette histoire mérite que vous l’appréhendiez avec un esprit aussi vierge que possible.

On insistera cependant sur le fait qu’il est bien rare qu’un monsieur adulte décrive la psyché des jeunes filles et leurs débordements avec autant de justesse, de pudeur et de discernement. C’est un classique nécessaire à votre filmothèque, donc soyez moins bête que moi et voyez le immédiatement.

 

Liverleaf (2018) de Eisuke Naito

Un des grands plaisirs du cinéma fantastique réside dans le fait de potentiellement assister à des évènements horribles (de type violence, mort, fantôme, démon, alien…) tout en étant bien en sécurité dans un moelleux fauteuil. Cet état de fait rend les films qui viennent le bousculer d’autant plus rudes. C’est le cas de Liverleaf. Ça tape fort, ça fait mal et ça traite d’un sujet important et pas drôle du tout : le harcèlement scolaire.

Adaptation d’un manga culte, Liverleaf donne à voir au spectateur comment une jeune fille japonaise se fait « bullied » par ses camarades de classes : brimades, bousculades, railleries et croches pieds passent un jour le cap de « mettre le feu à ta maison et buter ta famille. » On vous a prévenu que c’était hyper pas drôle. La jeune fille entame alors une vengeance d’une violence inouïe et d’autant plus brutale pour le spectateur, qu’elle s’inscrit dans un représentation crue et frontale.

Sorte de portrait d’une jeunesse nippone où chacun est brimé, réduit, entravé et négligé, le film illustre les moments d’explosion de cette frustration de la façon la plus graphique qui soit, par de grandes gerbes de sang qui viennent teinter la neige comme un granité cerise. C’est beau, cru, froid et violent et ça tape à l’arrière de la tête comme un leçon qu’on garde longtemps avec soit.

On se retrouve donc à contempler tout ça, et peut-être même à éprouver une certaine gêne face à la passivité inhérente à la qualité de spectateur. En bref, Liverleaf est un film qui marque et que nous ne saurions que trop vous conseiller. Peu de chances que ça sorte près de chez vous, il faudra donc guetter les festivals.

 

Premika, 2017, de Siwakorn Charupongsa

Et voilà, 10 jours de festival, 8000 films (au moins), 83 cornettos et autant de gueules de bois : il est venu le temps de la dernière séance… La chialade est consommée, PERSONNE NE VEUT RENTRER À LA MAISON. Cependant, ce dernier film a décidé de mettre les bouchées doubles de la golioserie pour nous faire oublier qu’on prend le train demain matin (dans 5h pour être précis).

Pour cet au revoir, les fabuleux programmateurs du NIFFF nous ont réservé Premika, un film Thaï sur le karaoké. Dis comme ça…Sauf que c’est un karaoké qui bute des gens. Avec une hache. Et dans la mesure où il est 1h du matin, quoi de mieux que chanter faux et voir des personnages sans instinct de survie être des fontaines à hémoglobine ?

En effet, son pitch très très intelligent peut se résumer ainsi : lors du week-end d’ouverture d’un hôtel branché, les occupants sont attaqués par l’esprit vengeur d’une jeune fille emprisonnée dans une machine de karaoké. Le deal est simple : tu chantes ou tu meurs ! Et globalement, même si tu chantes, souvent, tu meurs.

Grace à une générosité sans limite dans le geyser de sang, le néon fluo, le micro short et la chanson thaï bien kitsch, le film réussi à tenir toutes ses promesses de fun qui tâche et de morceaux de gens qui volent dans tous les sens. On ne saurait trop vous dire si c’est un grand film, mais nous on a bien rigolé.

À l’année prochaine Neuchâtel, tu es bien joli et on a beaucoup aimé regardé des films chez toi. #Bisous.

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