Entre deux tournages de vidéos mettant l’eau à la bouche (ne ratez pas celle consacrée à l’adaptation live d’Inuyashiki), nous enchainons les films au Festival de Neuchatel avant l’envie de vous en parler ensuite.

Voici donc la troisième partie de nos critiques de films fantastiques rédigée en Suisse à quelques heures seulement de la cloture cette excellente cuvée du NIFFF 2018 !

Diamantino (2018) de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt

En pleine coupe du monde de football, même Neuchâtel n’est pas à l’abri de l’engouement sportif.
Sans même parler des Suisses qui klaxonnent pour chaque victoire de la France, le ballon rond s’est immiscé jusque dans les salles avec Diamantino, une fiction un rien allumée déjà passée par Cannes cette année. Le Diamantino du titre, c’est un joueur superstar à peine inspiré par Ronaldo (à peine !) qui s’apprête à jouer la finale pour le Portugal mais qui va être perturbé la veille en découvrant l’existence… Des migrants !
Chamboulé, il va vouloir en adopter un, et c’est une agent spéciale du Portugal qui va en profiter pour infiltrer le milieu très fermé de ce gros bonnet, tyrannisé par ses 2 sœurs qui gèrent le business…

Tirant avec un plaisir non dissimulé sur cette machine à fric colossale qu’est le football, Diamantino est une satire ne lésinant pas sur les idées farfelues, notamment lorsque le joueur voit des chiots géants sur le terrain lorsqu’il est en transe et s’apprête à mettre un but !
Le manque de moyens se fait pas mal ressentir, surtout à l’image tant la photo baveuse n’est pas du plus bel effet, et le faible nombre de décors peine à donner une réelle ampleur à la vie de cette célébrité mondiale. Diamantino compense par son univers mélangeant espionnage et ultra kitsch, tout comme il réussit à nous attacher pour son héros totalement teubé. Les fanas de foot s’énerveront sûrement sur l’amas de clichés, de même que le film en dénonce les dérives et s’alarme sur cette arme de manipulation des masses et il faut bien avouer qu’en tant que réfractaire total à la chose, Diamantino a fait son petit effet.

 

The Dark (2018) de Justin P. Lange

Par Clara – C’est un beau roman, c’est une belle histoire, c’eeeeest uuuune romance avec un zombie (UN ZOMBIE !!!!). Forcément, sans l’air, ça fonctionne moins bien… Derrière ce doux pétage de plomb (blâmer le manque de sommeil et l’excès de cornettos) se cache un bien joli film tout doux, sur la rencontre entre une gamine zombie et un petit garçon aveugle.

Sauf que, le petite garçon qui est aveugle, en fait, disons qu’il a perdu ses yeux. Perdu comme dans « on les a arrachés avant de cautériser la plaie avec du gros sel et une fourchette à moka ». Bref, c’est un vilain bobo, infligé par un tout vilain monsieur kidnappeur de petit garçon.
Dans sa fuite de rapt de petit garçon, la vilain monsieur va tenter de se planquer dans une maison isolée de la forêt. ET PAF : élément perturbateur, il rencontre la petite fille zombie. Ça ne sert à rien de trop raconter la suite, ça serait gâcher, mais sachez que ça risque de ne jamais sortir en salle, sait-on jamais sur Netflix. Donc on vous conseille de surveiller les festivals près de chez vous.

En effet, le film vaut largement le détour pour son approche tout en délicatesse et en nuances de la relation erratique entre deux jeunes personnes qui figurent l’étrange, l’étranger, le dégoût et la trouille. C’est naïf et candide, tout en étant féroce et violent, et après tout, c’est exactement ce genre de petite rareté intimiste qu’on vient chercher en festival.

 

Goodbye Pork Pie (1981) de Geoff Murphy

Toujours dans le focus consacré au cinéma Néo-Zélandais, le NIFFF présentait Goodbye Pork Pie, l’un de leurs premiers films dans les années 90 qui a su traverser les frontières et trouver une place sur le marché internationale. Et ça se comprend aisément devant cette comédie gentiment zinzin, où un homme tout juste largué par sa femme fait alliance avec un jeune pilote givré pour traverser le pays à bord d’une Mini Cooper volée.

Mettant un point d’honneur à montrer la variété des décors Néo-Zélandais en tournant à chaque fois dans les dit-lieux, Geoff Murphy emballait là une comédie feel good avec des bandits au grand cœur vantant une liberté totale. C’est très sex, drive & rock’n roll, les rencontres et conneries s’enchaînent à tout va et on a globalement pas le temps de s’ennuyer devant cette drôle d’aventure menée à 100 km/h qui mérite bien la découverte.

 

When the Trees Fall (2018) de Marysia Nikitiuk

L’Ukraine, ça ne vend pas du rêve. Pas dans When The Trees Fall en tout cas, portrait désenchanté de la jeunesse locale tentant de s’échapper d’une communauté archaïque pour laquelle le temps semble s’être figé. Entre un patriarcat nauséabond et un sens du devoir passéiste, ce premier film dépeint l’amour passionnel de son héroïne pour un jeune homme dont la seule perspective d’avenir doit passer par le crime, ce qui n’est pas la solution la plus sûre…

Avec sa photo naturaliste baignant dans une lumière délicate et son atmosphère étrange, When the Trees Fall parvient à incarner ses intentions à l’écran et donne lieu à de très jolis passages sur la quête de liberté et l’idée de vivre à fond, en refusant les codes et la pression imposée par un environnement toxique, où la tradition est devenue une prison. Les incursions poétiques sont maladroitement poussées dans leur dernier retranchement lorsque le final part dans l’abstraction totale avec des effets pas très flatteurs, de même que le propos est un peu trop appuyé par instant, mais cela n’affecte pas trop la fougue de l’ensemble, déjà remarquée au festival de Berlin.

The Field Guide to Evil (2018), Collectif

Par Clara – L’idée de départ était plutôt chouette : réunir plusieurs jeunes réalisateurs internationaux de films de genre et leur faire explorer le folklore horrifique de leurs régions respectives dans une anthologie dédiée. Rendu possible grâce à un large financement participatif, les équipes du film nous promettaient une promenade poisseuse pour explorer les mythes et légendes d’Autriche, de Turquie ou encore de Pologne.

Derrière la caméra, on retrouve Can Evrenol, que les habitués de festivals connaissent bien pour Baskin (2015) et Housewife (2017). A ses côtés, s’illustre également la polonaise Agnieszka Smoczyńska, à qui l’on doit The Lure (2016) mais aussi Veronika Franz et Severin Fiala, bien connus pour Goodnight Mommy, qui a déchainé les programmateurs en 2014.

Que du beau monde, un bon concept et tout l’enthousiasme du monde : la fête promettait d’être belle. Et puis en fait : non. Si quelques segments parviennent à surnager (notamment un passage remarqué dans l’Autriche médiévale, qui a peur du grand méchant stupre, par les réalisateurs de Goodnight Mommy), l’ensemble s’avère assez paresseux et tout en lourdeur.
Là où certains effets spéciaux frôlent le ridicule, plusieurs scénarios se vautrent dans une facilité confondante, alors que la plupart des réalisateurs semblent juste être là pour tester des effets de caméras. Bref, le manque d’exigence est cruel, l’ennui du spectateur est palpable et tout le monde est bien désolé.

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