Etrange Festival, 4e ! Si vous nous suivez depuis le début de l’aventure, vous savez que ça correspond aux deux dernières journées de Jean-Victor passées au sein du Forum des Images à Paris.

Et si les jours précédents étaient l’occasion de redécouvrir de rares pépites et quelques vieux films, il est cette fois question d’inédits et de nouveauté avec notamment deux documentaires de Richard Stanley s’intéressant au surnaturel, un sujet sur la vieille cassette VHS, un film évoquant le cannibalisme ou encore un dessin animé indépendant.

L’éclectisme était donc une nouvelle fois de mise.

 

 

The Secret Glory
de Richard Stanley (2001)

Richard Stanley est un réalisateur connu pour ses délires sous influences, que ce soit modérément (et encore) dans Hardware ou de façon plus poussée dans son segment de The Theatre Bizarre. Toujours est-il que c’est un artiste complet, avec une vision propre, et qu’il fut étonnant de la part de la chaîne tv anglaise Channel 4 de lui proposer un documentaire proposant une approche scientifique et réelle sur Les Aventuriers de l’Arche Perdu. Très vite, Stanley creusa ses recherches et découvrit Otto Rahn, lieutenant SS passionné d’items légendaires qui passa un moment de sa vie en France à la recherche du Saint Graal, entre autres. Dépassée par les évènements, Channel 4 lui retira le projet, mais Stanley continuera ses recherches pour livrer The Secret Glory. Manque de pot, le documentaire s’attarde complètement sur la vie de cet homme en étant trop linéaire et en survolant finalement pas mal son sujet d’origine. On apprend certes des choses assez étonnantes, comme le fait que les travaux sur l’occulte de Rahn ont servis de modèle pour les règles des SS, mais rien n’est approfondi à ce sujet, on reste au niveau de la simple anecdote à chaque fois, et on suit donc le parcours de cette homme juif pas forcément ami des pratiques nazis, qui va connaître une triste fin de vie. Un documentaire inégal, bien qu’intriguant.

 

L’Autre Monde
de Richard Stanley (2013)
Richard Stanley, réalisateur de Hardware et de Dust Devil, invite à un voyage ésotérique sur les légendes et le surnaturel dans le Sud- Ouest de la France.

Si l’on pouvait être déçu du manque de matière sur le sujet de l’occulte, des légendes surnaturelles et des phénomènes telluriques dans The Secret Glory, L’Autre Monde tombe à point nommé puisqu’il s’intéresse à un coin précis du Sud-Ouest de la France, dans le massif des Corbières. Entre un ancien château rendant chacun de ses visiteurs illuminés par une présence mystérieuse ou encore le village de Bagarach rendu célèbre en décembre dernier avec des touristes venant y éviter la fin du monde, ce nouveau documentaire a le mérite d’être perché, l’un des principaux intervenants étant une espèce de chaman français assez spécial… S’il est intéressant par certains aspects, L’Autre Monde est aussi l’exemple typique d’une œuvre délicate à appréhender. Non pas qu’elle soit difficile d’accès, mais on ne sait jamais comment prendre les informations qui nous sont divulguées, un grand nombre d’entre elles semblant complètement absurdes et capillotractées, tandis qu’à de nombreuses reprises les interviewés expliquent qu’il faut le vivre pour le croire et le comprendre, ce qui nous fait de belles jambes à nous, spectateurs assis dans une salle de cinéma. Et tandis que certains ne terminent jamais leurs explications, Richard Stanley témoigne directement de sa grande expérience avec une autre dimension en la mettant en scène à grand coup de caméra thermique complètement fake, ce qui n’aide pas vraiment à prendre la chose au sérieux. Ainsi, l’Autre Monde est un OVNI tiraillé entre la volonté de croire à ce qu’on nous raconte et le manque terrible de preuves fournies par le film. De là à dire que tout ça n’est qu’un délire sous substances illicites, il n’y a qu’un pas.

 

Omnivores
de Oscar Rojo (2013)
Marcos, critique gastronomique, accepte une enquête sur les restaurants clandestins. Au fil de son investigation, il rencontre Eva, une femme qui l’aide dans ses recherches et découvre un restaurant servant à ses clients de la viande humaine pour une somme prohibitive. Sûr de son scoop, il demande à l’éditeur l’ayant missionné de mettre le prix pour accéder aux mets.

Il arrive parfois qu’on soit devant un film qui nous énerve par ses partis pris et ses choix contraires à nos goûts. Il arrive aussi qu’une œuvre soit bâclée et tout simplement foirée en long, en large et en travers, ce qui nous donnerait presque de la sympathie pour elle pourvu qu’elle ne nous fasse pas perdre trop de temps. Omnivores est de cette catégorie là, celle des cas d’écoles. D’une histoire de journaliste découvrant l’existence d’un restaurant clandestin huppé servant de la viande humaine, ce deuxième film se plante la tête la première en prenant bien soin de se manger toutes les marches en pleine tronche. Même si l’image est propette grâce à un budget qu’on imagine convenable, l’acteur principal et le « méchant » de l’affaire sont de véritables bœufs mono-expressifs, le scénario est un ramassis d’incohérences folle, les deux femmes centrales du film ont sûrement étés choisies pour leurs seins siliconés que le réalisateur prend visiblement beaucoup de plaisir à filmer et surtout, tout ça est d’un ridicule délirant. D’un point de départ apriori dérangeant et subversif, le film tire des scènes assommantes de débilité, où comment le gorille de l’organisation chasse son gibier en donnant un petit coup de marteau sur le crâne de ses victimes qui tombent dans les pommes à peine touchées. Ou encore un plan dans lequel le héros est menacé avec un revolver que l’on distingue clairement comme un vulgaire jouet en plastique ! Tout le film est à ce niveau de fabrication, torché par des gens semblant n’avoir jamais vu de film auparavant, le pire étant la structure du film : à peine le personnage arrive enfin dans le vif du sujet que la fin est déjà là. Imaginez un James Bond dans lequel l’agent secret tue le méchant au bout de la deuxième scène d’action et vous avez une petite idée du schmilblick. Ca a au moins le mérite d’être court, et il ne fait aucun doute que ce téléfilm en puissance ne trouvera jamais la voie des salles.

 

Rewind This
de Josh Johnson (2013)

Le titre vous rappelle peut être Be Kind Rewind de Michel Gondry et c’est tout à fait normal puisque ce documentaire se penche sur la révolution qu’a constitué l’arrivée de la vidéo et du support VHS dans les années 80. De la possibilité de voir enfin les films chez soi à celle d’enregistrer ses programmes en passant par l’arrivée d’un nouveau marché et de nouvelles méthodes de productions plus libres et faciles d’accès, Rewind This couvre l’ensemble de la thématique et se permet même d’extrapoler sur l’avenir de la distribution vidéo, notamment la dématérialisation à l’heure où le support cassette connaît un regain d’intérêt étonnant. Riches en témoignages de cinéphages gloutons et de cinéastes prestigieux, dense et intelligent dans son propos, le documentaire de Josh Johnson s’avère hautement sympathique tout en posant les bonnes questions. La nostalgie a du bon…

 

Blue Ruin
de Jeremy Saulnier (2013)
Un vagabond solitaire voit sa vie bouleversée par une terrible nouvelle. Il se met en route pour la maison de son enfance afin d’accomplir sa vengeance.

Un homme errant reçoit la nouvelle qu’il semblait attendre depuis toujours : le meurtrier de sa famille sort de prison. Ni une ni deux, il lance une mécanique de vengeance infernale… Ca, c’est du pitch comme dirait l’autre. Surtout que Blue Ruin ne limite pas son dépouillement au synopsis pour mieux en faire sa spécificité. Sorte de vigilante movie pressé comme une orange pour n’en garder que la substantifique moelle, le nouveau film de Jeremy Saulnier laisse un peu sur sa faim au début par le manque évident d’informations dont il fait preuve pour finalement tourner ça à son avantage. Ultra immersif dans son procédé, fonctionnant sur un principe de réel absolu pour être rêche et tendu au possible, le long-métrage justifie son parti pris de mise en scène au fur et à mesure que l’on suit cet homme dépassé par les évènements, en se projetant en lui lors des passages les plus difficiles. Curieux exercice au final que ce Blue Ruin, qui aurait sans doute mérité plus de matière lors de certains passages y compris l’intro, même si c’est paradoxalement ce qui finit par en faire sa singularité et sa réussite.

 

It’s Such a Beautiful Day
de Don Hertzfeld (2013)
Dernier volet d’une trilogie composée de Everything Will Be OK et I Am so Proud of You, mettant en scène Bill, un personnage souffrant de troubles mentaux, obligé à reconsidérer le sens de sa vie.

Fer de lance de l’animation américaine indépendant, Don Hertzfeld termine une trilogie débutée par deux courts métrages avec ce premier long récompensé notamment à Sundance. Caractérisé par une animation minimaliste (on est à deux doigts des bonhommes bâtons), son travail joue sur le morcellement de l’écran avec plusieurs images bullés se répondant et se rencontrant parfois. Une sorte de scrapbook audiovisuel donc, alimenté constamment par la voix off du réalisateur, qui met en scène le mal être de notre époque à travers un personnage sujet à des problèmes psychologiques et une mémoire qui lui joue des tours. Si on peut légitimement avoir du mal sur la forme visuelle de ce singulier objet, certains diront qu’il ne s’est franchement pas foulé, l’abondance incessante de voix off et certains effets de montage saturant image et son à outrance ont tendance à rapidement taper sur les nerfs tant ces procédés sont aussi subtiles que le titre. Il y a là de jolies idées de scénarios et quelques passages intelligents, et pourtant plane l’impression qu’on nous assomme le propos du film un peu n’importe comment, et que le visuel est parfois inutile face à cette voix off qui raconte absolument tout. Certes, c’est du cinéma libre et pourtant, ca ne veut pas dire qu’il est moins grossier qu’un autre, au contraire.

 

Big Bad Wolves
de Aharon Kkeshales & Navot Papushado (2013)
Tabassé par la police afin de lui soutirer des aveux, Dror, un jeune enseignant religieux, est finalement relâché. La police continue de traquer un tueur en série qui s’attaque à de jeunes filles. Seul Miki, un flic renvoyé pour son erreur, persuadé de sa culpabilité, continue de le suivre et découvre que Dror est également la cible de Gidi, le père de la dernière victime du tueur, bien décidé à faire justice lui-même…

Lorsqu’un élève israélien demanda un jour à son prof de cinéma pourquoi il ne faisait pas des films avant de se voir offrir une collaboration, les deux n’imaginaient sans doute pas qu’ils en arriveraient là. Et pourtant, Kkeshales & Papushado en sont bien à leur deuxième long métrage de genre dans un pays apriori loin d’être partant. Leur Big Bag Wolves raconte la traque d’un tueur par un flic et le père de la fille disparue, une chasse qui va s’avérer plus compliquée que prévu même avec le criminel sous la main. Qui vous dit qu’il est coupable d’abord ? Justement, le film s’amuse à brouiller les pistes dans sa deuxième partie en huit clos, plusieurs actes de violence successifs ne cessant de questionner la légitimité des « victimes » du film, et de leur réelle identité. Le mélange d’humour et de drame réussi dans la première partie s’essouffle malheureusement dans la seconde, trop longue et prévisible dans ses ruptures de ton, tandis qu’on a du mal à savoir où le film veut vraiment aller, lui qui semble se perdre dans sa volonté de conte moral. Ca a du mal à aboutir à quelque chose, mais il n’en reste pas moins une mise en scène solide, accompagnée par une jolie musique et de bons acteurs, le tout étant de bonne augure pour la suite de ce duo de réalisateurs pas comme les autres.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.