Le 21 avril prochain sortira dans les salles le nouvel OVNI cinématographique de Delépine et Kervern, les deux Grolandais qui ont déjà Aaltra, Avida et Louise Michel. Le film, après avoir été en compétition officielle au dernier festival de Berlin, a été projeté en cloture de l’Etrange Festival de Lyon.
Avant de retrouver Gustave Kervern pour en parler d’avantage, voici la critique…

Critique initialement publiée le 7 avril 2010.
Film en salles ce 21 avril.
N’oubliez pas non plus de lire notre rencontre avec Gustave Kervern.

Mammuth – Sortie le 21 avril
Réalisé par Gustave Kervern et Benoît Delépine
Avec Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle Adjani
Pilardosse vient d’avoir 60 ans et travaille depuis l’âge de 16 ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l’heure de la retraite a sonné, et c’est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublié de le déclarer ! Il part à la recherche de ses bulletins de salaires mais durant son périple, il retrouve son passé et sa quête de documents administratifs devient bientôt accessoire…


Mammuth : bande annonce VF
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Kervern et Delépine, comparses grolandais, ont déjà prouvé leur aptitude à dresser des portraits humains dans des situations qui relèveraient presque de la science-fiction si on oubliait que l’homme est capable de tout. C’est un peu ça qu’ils font: visiter les recoins sombres (ou illuminés) de l’esprit avec humour pour y trouver l’étincelle d’humanité qui ne meure jamais.

Mammuth, c’est un voyage rétrospectif, presque initiatique, qui permettra à Serge Pilardosse, jeune retraité, d’entamer une nouvelle vie, peut-être même plus authentique, plus chaude que l’ancienne. En effet, c’est un personnage las que l’on découvre au début du film, et tout son entourage reflète son état d’esprit: un travail monotone qui se termine, un pot de départ pathétique, une relation de couple bancale, une situation financière dangereuse. De fait, tout ce qu’il fait maintenant qu’il est à la retraite est mal fait. Pour tout arranger, il doit partir sur la route, à la recherche de documents administratifs (des bulletins de paie) vieux de plusieurs décennies afin de toucher une retraite complète.

Cette intrigue se révèlera vite être un mécanisme scénaristique, prétexte à un retour en arrière. Cette route, une métaphore du déroulement de sa vie. Sa moto (une Münch Mammuth), son interface avec un passé qu’il croyait avoir oublié, mais qu’il avait en réalité seulement choisi d’ignorer. Sur son chemin, Pilardosse se mettra inconsciemment en quête des fragments de son passé. Il en trouvera certains (sa nièce), d’autres non (son frère). D’autres ne l’auront jamais vraiment quitté. Afin d’enterrer des blessures anciennes qui l’ont empêcher de vivre pleinement, il se retrouvera confronté à l’indifférence, à la bassesse, au mensonge, à l’amitié, et à l’amour.

Menée par un Depardieu très juste dans un rôle qui lui sied à merveille, la galerie haute en couleurs de personnages est l’axe d’articulation principal du film. Serge endossera des costumes différents suivants ceux avec qui il interagit. Mari désœuvré face à Catherine, père improvisé auprès de sa nièce, adolescent retrouvé avec ses amies, ou amant ravagé en présence de son amour perdu. Le récit restera, à ce titre, déséquilibré dans son rapport point de vue/point d’écoute jusqu’à ce que Pilardosse retrouve une paix avec lui-même qu’il ne pensait plus possible. La discontinuité présente en filigrane (Serge qui parle à son premier amour dans son sommeil, Catherine qui se remémore leur rencontre seulement à travers l’ouïe) laisse ainsi place à une unité de narration, complète et qui se suffit à elle-même.

Ici, le drame prend largement le pas sur l’humour, qui fonctionne presque uniquement sur le comique de situation. Un lieu, une action, et soudain un élément inattendu qui vient brisé la logique. Avouez que c’est assez rare de voir quatre hommes qui ne se connaissent pas pleurer ensemble au restaurant, ou une handicapée multi-opérée se faire transporter aux toilettes par un parfait étranger et enchaînant les quiproquos plus ou moins volontaires (je vous laisse l’immense surprise du cousin Pierre).

En définitive, et malgré quelques baisses de rythme, le dernier Kervern et Delépine est une bonne comédie dramatique qui permet à Depardieu de prouver une fois encore son talent, et aux journalistes du Groland qu’on peut faire beaucoup avec pas grand chose. Drôle mais surtout émouvant, ce Mammuth évite les facilités tout en restant simple. À voir.

-Arkaron

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