The Thing, prequel/remake du film de John Carpenter sort sur les écrans français ce 12 octobre. Et je vous dois un petit mot avant de livrer la critique de Jean-Victor. Je n’ai pour ma part jamais vu le film de John Carpenter. C’est donc vierge de tout à priori que je suis allé découvrir le film.

Et pour faire court, j’aurai aimé que Mary Elizabeth Winstead que j’aime beaucoup et qui a jusque là été cantonnée à des secondes rôles plus ou moins importants, ait un autre film à porter. Car même sans avoir vu le Carpenter, The Thing cuvée 2011 est un mauvais film

Détails.

 

The Thing – Sortie le 12 octobre 2011
Réalisé par Matthijs van Heijningen Jr.
Avec Mary Elizabeth Winstead, Joel Edgerton, Adewale Akinnuoye-Agbaje
La paléontologue Kate Lloyd part en Antarctique rejoindre une équipe de scientifiques norvégiens qui a localisé un vaisseau extraterrestre emprisonné dans la glace. Elle y découvre un organisme qui semble s’être éteint au moment du crash, de multiples années auparavant. Mais une manipulation élémentaire libère accidentellement la créature de sa prison glacée. Capable de reproduire à la perfection tout organisme vivant, elle s’abat sur les membres de l’expédition, les décimant un à un. Kate s’allie au pilote américain Carter pour tenter de mettre fin au carnage. Aux confins d’un continent aussi fascinant qu’hostile, le prédateur protéiforme venu d’un autre monde tente de survivre et de prospérer aux dépens d’humains terrorisés qu’il infecte et pousse à s’entre-tuer. The Thing sert de prélude au film culte de 1982, réalisé par John Carpenter, dont il reprend le titre.

 

La décennie passée aura été synonyme d’adaptations, de remakes et de suites en tout genre, une mode qui aura particulièrement touché le cinéma d’horreur et fantastique. Hollywood étant toujours en quête de moyens inédits pour faire de la nouveauté en s’appuyant sur du vieux, les studios ont compris la leçon Batman Begins et se sont dit que le préquel c’était plutôt pas mal pour se faire un paquet de brouzoufs sans trop de fouler.
Un genre devenu presque autonome au fil des ans et que l’on aborde toujours avec crainte, ce qui n’est pas près de s’arrêter, surtout quand on touche à un film culte ayant marqué le sommet d’un certain type de cinéma. Devinez quoi, c’est ce qui arrive aujourd’hui, puisque un inconnu appelé Matthijs Van Heijningen Jr. a décidé de s’attaquer au commencement de The Thing, rien que ça !

Revenir sur les origines d’un mythe est une idée qui ne date pourtant pas d’hier, et le cinéma horrifique semble s’en être emparé depuis un temps comme l’ont démontrés certains opus récents de Massacres à la tronçonneuse, L’Exorciste, Freddy ou encore Hannibal Lecter.
Il ne semble donc même pas étonnant que le chef d’œuvre monumental du grand John Carpenter bénéficie du même traitement, car même si le film mettant en scène Kurt Russell face à une entité étrange dans l’Antarctique n’avait pas rencontré le succès lors de sa sortie en salles en 1982 à cause d’un extra terrestre au doigt lumineux et désirant ardemment passer un coup de fil, le temps a su réparer cette erreur et ériger le long métrage au rang qu’il méritait. Evidemment, l’idée de retourner près de 30 ans après ce classique dans les contrées enneigées ne nous plaisait guère, une œuvre comme celle-ci étant absolument intouchable tant on approche la perfection et surtout pour d’autres raisons d’un ordre plus actuel. D’abord, la distribution a placé un embargo sur les critiques pour le jour même de la sortie, raison pour laquelle vous n’avez pas eu d’émission au mois de septembre, ce qui vaut d’or et déjà toute la haine du monde envers ce film j’en suis sûr. Mégalomanie et blague à part, ce prequel est réalisé par un illustre inconnu dont c’est la toute première production, ce qui est déjà peu engageant, d’autant plus que le film a été retardé à de multiples reprises pour des raisons obscures, et finit par débarquer un peu en catimini.

Mais comme tout jeune premier qui débute, on se devait de donner le bénéfice du tout à ce réalisateur dont je ne remarquerais pas le nom sous peine de vous foulez la langue, et les premières images de son œuvre nous ont bien prouvé une chose : il avait vu le film de Carpenter !
Avec le logo Universal de l’époque, des titres utilisant la police originale et les fameuses notes de basse du thème mythique composé par Monsieur Ennio Morricone en 82, on ne peut pas dire que l’on est perdu dans cette introduction renouant directement avec les cimes glaciales et désertes de l’antarctique, où le blanc s’étale à perte de vue. On ira même jusqu’à dire que dans son exposition, cette chose version 2011 ne présente rien de honteux et s’applique à poser clairement ses protagonistes principales et les motivations qui vont les guider, ces dernières étant par ailleurs proches de celles d’un Jurassic Park. La promesse d’une découverte majeure dans un territoire hostile, et voilà la jolie Mary Elizabeth Winstead devenue paléontologiste et embarquée dans le grand nord par un scientifique milliardaire retrouvant à nouveau l’excitation d’un gosse de 8 ans à l’idée de la découverte qu’il est sur le poing d’orchestrer.
Comme on s’en doutait, la découverte en question va se révéler bien plus hostile que prévu et se retourner contre ceux qui l’ont réveillée d’un sommeil glacier. Et quand les problèmes commencent pour les héros du film, ils débutent aussi pour les spectateurs. Dès lors que la fameuse chose quitte son nid et décide de semer la zizanie, on tombe dans la logique du film de monstre tout ce qu’il y a de plus primaire, avec une héroïne qui telle Ripley va toujours réussir à échapper à son némésis dégoulinant pas beau, tandis que ce dernier va faire successivement joujou avec les organes de tout son entourage. Un choix comme un autre qui pourrait trouver une certaine légitimité si le réalisateur choisissait de faire une œuvre bien à lui et différente de la merveille dont il s’inspire. Or, le problème est bien là.

Incapable de se détacher du travail de John Carpenter, ce prequel ne cesse de vouloir lui rendre hommage en reprenant la charte graphique du premier mais aussi d’autres éléments dont la structure même du film de 1982, plaçant cette nouvelle version comme un semi remake.
On retrouve donc certaines scènes clés tout juste détournées pour feindre une prétendue distanciation tandis que Joel Edgerton, aperçu récemment dans Warrior, doit tant bien que mal remplacer au pied lever le charisme inoubliable d’un Kurt Russell alors au sommet. Et si les lance-flammes sont encore de la partie, tout comme les monstres difformes au design cependant intéressant, le numérique vient tâcher l’image avec ces pixels mal léchées, les différentes formes de la chose n’ayant jamais l’aspect organique et suintant que proposaient les inoubliables animatroniques de 1982, crées en collaboration avec le maître Stan Winston.
Un basique film de monstre horrifique, proposant son lot de scènes gores et de transformations quasi lovecraftiennes, et questionnant notre attente vis à vis de ce préquel, à savoir si le résultat mérite t’il de se faire bâcher sous prétexte que le réalisateur marche dans les pas d’un géant ?
La réponse est difficile, surtout pour les amoureux du film d’origine qui n’a visiblement pas été parfaitement compris par cette nouvelle équipe. Car à l’instar d’un McG qui remplaçait le cauchemar indestructible que représentaient les Terminator de Cameron pour en faire une vulgaire armée de robots en tôle froissée dans son épisode Salvation, Heijningen Jr. ne semble pas avoir saisi tout ce qui faisait la force du film de Carpenter.

Si le film de 1982 qui était par ailleurs lui aussi un remake était aussi terrifiant, c’est parce qu’il jouait sur le non dit et le mystère régnant autour de cette bête indescriptible et mystérieuse, dont le manque d’informations à son sujet ne la rendait que plus menaçante et terrifiante. Certes, il y avait certains indices laissées ça et là quand à son origine, mais tout était question d’icône, de symbole puissamment évocateur et laissant notre imagination faire le boulot.
De la même manière, la possibilité qu’avait cette chose à pouvoir prendre la forme de n’importe quel humain et de se dissimuler parfaitement au cœur des survivants faisait exploser la tension et installait une paranoïa incroyable, appuyant les sentiments d’abandon et de claustrophobie que le film développait crescendo.
En racontant de la manière la plus basique qui soit les origines de cette chose, ce préquel dynamite d’emblée une grande part de la frustration que l’on peut éprouver face à ce type d’histoire, d’autant que la volonté de justifier systématiquement le pourquoi du comment, et parfois de la façon la plus schématique qui soit, finit par enlever tout le brouillard autour de ce monstre sacré de l’histoire du cinéma, encore plus quand le film tombe dans l’imagerie SF éculée. Et tandis que l’on se tape la démonstration du fonctionnement du monstre au microscope au cas où certains ne l’auraient pas encore compris, le script parvient à nous emmêler les pinceaux avec une œuvre que l’on connaît pourtant par cœur en enchainant les retournements de situations vis-à-vis de l’identité de la bête et de qui est possédé ou non, jusqu’à en devenir pour le moins incohérent lorsque l’on finit par croire que quasiment la moitié des humains présents ont été transformés en même temps. Une logique narrative malheureusement ultra moderne et s’abaissant aux normes actuelles, à savoir l’explication systématique, qui se reflète dans la mise en scène elle même, constituant le second point sur lequel la différence avec le film d’origine se révèle impardonnable. Là où Carpenter jouait savamment de son découpage posé pour créer la tension en pervertissant cette dernière par la froideur des décors, le calme tétanisant des lieux et les interventions infernales du monstre, Heijningen cède une fois de plus aux standards médiocres du moment en nous balançant des jumpscare stupides et secondés par un sound design poussif au possible. Forcément, quand on en vient à devoir faire BOUH à chaque instant pour suggérer l’inquiétude, ca devient vite lassant…

Pour autant, ce préquel de The Thing est-il vraiment abject? Loin s’en faut, le film fait tout juste son taff et s’avèrera un tantinet efficace pour les prépubères allant voir des films d’horreur histoire de bécoter leur copine ou à tout ceux qui se satisferont d’un simple sursaut.
Sans tomber aussi bas, on reconnaitra que cette version 2011 reste dans le haut de panier de la production estivale, ce qui n’est pas non plus très flatteur vu le niveau de cette dernière.
Concrètement, le soucis réside dans le fait que ne cherchant jamais à se différencier de l’original, ce préquel fait même tout pour être rallié à l’œuvre de Carpenter sans pouvoir tenir une seconde la comparaison face à ce qui reste encore aujourd’hui comme l’un des étendards les plus flamboyants du cinéma fantastique. Et comme tout ce qu’il tente de lui apporter est fondamentalement incompatible ou en décalage avec ce dernier, c’est peu dire que le résultat s’avère non seulement dispensable, mais surtout inutile. A savoir donc si il faut se déplacer en salles pour ça, on vous conseillera vivement de rester confortablement chez vous avec le Blu-Ray du Carpenter. Certes, vous n’aurez pas les jolis yeux de Mary Elizabeth Winstead mais au moins, vous n’en ressortirez pas indemnes.

2 commentaires

  • Arnold38Cinema lundi 17 octobre 2011 11 h 36 min

    Et bien on dirait qu’il n’arrive pas à la cheville de l’original selon votre critique ! Sa me donne envie de voir le film de 1982 maintenant, car celui ci sans avoir de point de comparaison, je l’ai trouvé pas mal j’ai passez un bon moment
    Ma critique : http://www.youtube.com/watch?v=NWabzEO3wf8

  • Joffreyd lundi 24 octobre 2011 11 h 38 min

    Ce qui est cool c’est que Dead Space 3 va s’inspirer du film.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.