Critique : The Grand Budapest Hotel

Ce mercredi sort, deux ans après Moonrise Kingdom, le nouveau film du génial Wes Anderson dans lequel il réunit un casting plus que prestigieux comme le mentionne une affiche riche en noms célèbres. Ralph Fiennes, Matthieu Amalric, Adrien Brody, Willem Dafoe, Jeff Goldblum, Harvey Keitel, Bill Murray, Saoirse Ronan ou encore Edward Norton sont de l’aventure, rien que ça.

A l’heure où ces lignes sont tapées, le film est en tête de la première projection à l’UGC des Halles à Paris. Ca peut paraitre saugrenu mais ce score basé sur un seul cinéma parisien donne souvent une tendance pour les jours à venir.

Un bon signe ?

 

A chaque film de Wes Anderson, c’est la même histoire : on ne peut s’empêcher d’être pris par son style unique, le soin millimétré apporté à chaque cadre et à ce mélange improbable et pourtant si charmant entre une rigueur formelle quasi tyrannique et la douce candeur qui s’en dégage. A chaque film de Wes Anderson, on ne peut s’empêcher aussi de se dire que si ça a encore marché ce coup là, la suite reste une énigme, comme si le bonhomme semblait avoir fait le tour de la question et risquait la sortie de route d’un moment à l’autre. Et pourtant, systématiquement, le bougre se renouvelle.
Avec son casting démentiel, The Grand Budapest Hotel semblait bien parti pour perpétuer la tradition. Vous devinez sûrement la suite des évènements, alors ouvrons vite les portes de cet hôtel fantasque pour y voir les trésors qui s’y cachent…

Voix off en guise de narration, travelling latéraux à foison et plans larges avec zooms bien appuyés… Pas de doute, The Grand Budapest Hotel porte la marque de son auteur dès les premières secondes, à la nouveauté près que le film ne démarre pas exactement au cœur de son histoire. Construit sur plusieurs strates temporelles reliées entre elles par le récit qu’on y fait ultérieurement, le film affiche d’emblée une sorte de nostalgie douce pour l’Europe d’avant guerre, celle qui a subit le conflit de plein fouet et qui ne s’en est pas remise. Un détail qui pourrait sembler anodin, vu que le récit se concentre majoritairement sur le flashback à l’époque du dit conflit, mais qui conditionne pourtant le scénario du film, et sa clé de voute émotionnelle. De la petite anecdote amusante, The Grand Budapest Hotel devient d’abord un formidable film d’aventure avec tout ce que cela peut comporter : un voyage riche en destinations, des rencontres infortunes, un objet convoité par beaucoup, des poursuites folles et des plans complexes pour passer devant les autres. Par instant épisode de Indiana Jones décomposé et remixé à la sauce Wes Anderson, cette course délirante et haute en couleurs à le mérite d’être trépidante et de prouver une fois encore l’incroyable flexibilité d’un metteur en scène que d’aucun jugerait très statique, et qui parvient pourtant à plier n’importe quel type de séquence à son style. Il suffit de voir comment certains lieux fantasques sont représentés avec des maquettes sur matte painting ou la manière avec laquelle il filme l’action pour s’émerveiller une fois n’est pas coutume devant une telle réappropriation des codes.

En transformant tout à sa sauce, Anderson parvient à créer des univers cohérents, ou la fantaisie côtoie des choses bien plus réelles, ou l’on se délecte de la légèreté de l’écriture du film sans pour autant passer à côté des enjeux de la dramaturgie en cours.
Diable dans le détail, le cinéaste dandy s’est bien sûr lâché dans la richesse visuelle de son œuvre, qui dégueule de trouvailles en arrières plans par exemple. Certains lui reprochent de ne pas savoir bouger sa caméra, ce qui est tout d’abord faux, et il leur faudrait surtout voir combien la vie émane de chaque plan de ses films tant il se passe de choses dans les tableaux qu’il met en scène. De belles choses qui plus est, la poésie étant l’un des points forts du monsieur, qui sait trouver de jolis instants de sagesse à l’image d’une romance avec Saoirse Ronan dont la simplicité n’a d’égale que l’efficacité et l’honnêteté émotionnelle dont elle fait preuve. Car au milieu des mille et une farces que le film vous offrira, au milieu de ses dialogues enlevés avec quiproquos délicieux, répliques piquées et acteurs en folie, au milieu de ses péripéties haletantes et de ses destinations réjouissantes, The Grand Budapest Hotel cache un drame bien réel et authentique, qu’il vous livrera avec une tendresse irrésistible. Un dernier mot sur la bande son du film, signée Alexandre Desplat, qui correspond parfaitement à l’atmosphère dont il est question, avec un mélange de rythmes jazzy entrainants et des mélodies plus lyriques. Outre la richesse des compositions, qui se lancent notamment dans un crescendo infernal à l’orgue proprement stupéfiant, la musique du film est le parfait reflet de ce dernier : d’une grande densité, immédiate et finalement irrésistible.

The Grand Budapest Hotel, c’est tout compte fait du cinéma comme on l’aime : une sacrée galerie de personnages tous plus mémorables les uns que les autres, campée par un casting qui s’éclate pour une histoire où l’on rit très fort avant d’être touché droit au cœur. Wes Anderson continue son œuvre avec une intégrité totale et un talent sans cesse renouvelé : son petit nouveau est une fois de plus un délicieux bonbon aux excentricités charmantes, qui ne demande qu’à être savouré.

 

The Grand Budapest Hotel – Sortie le 26 février 2014
Réalisé par Wes Anderson
Avec Ralph Fiennes, F. Murray Abraham, Mathieu Amalric
Le film retrace les aventures de Gustave H, l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle.
La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.



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