Personnellement, je ne suis pas fan des films de Sacha Baron Cohen. Autant je le trouve bon comédien dans Hugo Cabret, autant Brüno ne me fait pas du tout rire.

C’est donc Jean-Victor qui s’est rendu voir son nouveau film quelques jours avant que le faux dictateur ne vienne faire l’idiot à dos de chameau sur la Croisette.

Mais The Dictator semble reprendre le même genre de recette que les deux précédents longs reposant sur le comédien, à savoir un personnage très très décalé laché aux USA. Si cette fois, c’est de la fiction pure (les deux précédents longs incluant des scènes improvisées), ce n’est pas pour autant que ça peut fonctionner…

 

 

The Dictator – Sortie le 20 juin 2012
Réalisé par Larry Charles
Avec Sacha Baron Cohen, Ben Kingsley, Anna Faris
L’histoire héroïque d’un dictateur qui va jusqu’à risquer sa vie pour s’assurer que son cher pays oppressé ne devienne jamais une démocratie.

 

Avec Borat & Bruno, Sacha Baron Cohen est devenu incontournable dans le paysage comique américain. A la fois performances d’acteur dans lesquelles l’homme se fondait totalement dans ses personnages jusque dans la promo des films, et vrais films politique qui filmaient les bas côtés de l’Amérique avec une frontalité étonnante, les deux comédies ont valus de nombreux procès au comédien qui s’était depuis quelque peu calmé en allant jouer chez Tim Burton ou Martin Scorsese. De retour cette année avec Dictator dans lequel il interprète le chef d’état tyrannique d’un Wadiya imaginaire, Sacha Baron Cohen est-il toujours aussi corrosif ou s’est-il définitivement calmé ?

Sur le papier, peu de choses varient entre Dictator et les précédentes créations du comique puisqu’il s’agit à chaque fois d’interpréter un personnage crée de toute pièce pour être envoyé en Amérique et dépeindre celle-ci avec un regard cinglant et très second degré. Le problème pour Sacha Baron Cohen, c’est qu’à force de faire le zouave, sa notoriété a explosée.
Difficile pour lui aujourd’hui de faire un sketch sans être reconnu surtout quand ils s’attaquent aux hautes sphères d’une nation comme il aime si bien le faire.
Encore plus difficile quand le costume qu’il revêt est celui d’un dictateur qui règne d’une main de fer sur sa nation en tuant n’importe qui le regarde de travers ou se fait trop remarqué. Dictator lâche donc la caméra cachée si chère aux précédentes pérégrinations du fanfaron et se trouve être une fiction pure et dure, entièrement écrite et dans laquelle il n’y a plus une once d’improvisation et surtout de caractère documentaire.
Avec un procédé plus classique, on pouvait craindre que la blague fonctionne moins et qu’elle s’avère plus consensuelle. C’était sans compter sur un comique tout d’abord excellent, et qui semble connaître l’Amérique et ses démons sur le bout des doigts.

L’un des traits inhérents à Sacha Baron Cohen quand il s’agit de faire vivre ses créations toutes plus dézinguées les unes que les autres, c’est le plaisir communicatif avec lequel il les présente. A ce titre, l’introduction du film cartonne et il faut encore une fois saluer l’imagination et le soucis du détail avec lequel on découvre ce dictateur complètement taré dont le train de vie l’est tout autant. Un beau moment de décadence loufoque comme on avait déjà pu en voir dans l’ouverture mythique de Borat, qui certes ne réinvente pas la roue mais fonctionne par sa grandiloquence et la méchanceté qui la caractérise. Politiquement correct ne semble pas faire partie du vocabulaire du comique, et c’est pour cela qu’il aime à rentrer dans le lard de la bienpensance américaine ou occidentale en incarnant un personnage qui fait une fois encore tout pour déranger dans notre civilisation bien sous tout rapport. Misogynie, racisme et xénophobie sont donc de circonstance chez notre dictateur, ne repoussant devant rien, y compris un bon coup de latte sur un morveux qui l’a mérité. Tout cela n’est pas sérieux, puisque comme toujours chez Baron Cohen, il pousse l’Amérique à s’offusquer de ses voisins pour finalement leur retourner leur image en pleine tronche et montrer les vices et failles d’une nation se croyant irréprochable là où elle a encore beaucoup à faire avant de donner des leçons. Le dénouement du film s’avère d’ailleurs extraordinaire à ce niveau là, même si il faut bien admettre que cette fictionnalisation totale du récit fait perdre en véracité et donc en force au propos.

Le comédien fait cependant tout pour combler ce manque et en installant solidement l’univers autour de son personnage, il y parviendrait presque. Entre une BO qui reprend des classiques populaires en tout genre dans des versions arabisées, une série de guests impressionnante qui n’a pas peur de se moquer d’elle même et des sketchs burlesques très simples mais qui fonctionnent à tout les coups, le film parviendrait presque à atteindre le niveau de ces illustres prédécesseurs. Presque, car le long métrage s’embourbe légèrement dans des intrigues secondaires moins intéressantes et qui certes, sont utiles pour l’évolution du personnage, mais meublent plus qu’autre chose et font gagner du temps. Il n’y a pas non plus de quoi hurler à l’arnaque, puisqu’avec seulement 1h20 au compteur, difficile de s’ennuyer devant une œuvre à la rythmique bien dosée et évitant la surenchère jusqu’à écœurement. D’un autre côté, cela prouve aussi que son auteur commence peut être à faire le tour de la question, et que si ce Dictator est bon, on ne saurait lui conseiller de changer de cap pour la prochaine fois.

En passant à la fiction totale, il était évident que Sacha Baron Cohen allait perdre en frontalité dans sa démonstration, ce que Dictator ne le dément jamais même si il n’en reste pas moins l’œuvre d’un artiste qui n’a rien perdu de sa méchanceté jamais gratuite.
Et comme ça fait jamais de mal de coller un grand coup de pied dans la fourmilière pour rappeler au monde qu’il n’est pas aussi parfait qu’il voudrait le croire, Dictator reste fort sympathique et devrait, pour notre plus grand plaisir, hérisser les poils d’un paquet de has-been aux pouvoirs hélas encore trop importants.

1 commentaire

  • Misutsu mercredi 20 juin 2012 11 h 03 min

    C’était vraiment très con, on a bien rigolé :D

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