Du 19 au 29 mars se tient le Jameson Dublin International Film Festival, premier festival du film irlandais où sont attendus cette année des gens comme Kenneth Branagh, Russell Crowe venu présenter La Promesse d’une Vie ou la magique Julie Andrews à qui hommage est rendu.

Installé depuis quelques mois dans la capitale de l’Irlande, Arkaron est donc allé voir quelques titres dont certains -à l’image de The Salvation avec Mads Mikkelsen encore inédit là-bas- sont déjà sortis en France.

Et parmi les inédits, il a pu voir The Dead Lands, un film néo-zélandais sur des guerriers Maori, qui sortira en France dans le courant de l’été.

 

LA CRITIQUE

The Dead Lands – Sortie en VOD le 24 juillet et en DVD/Blu-ray le 27 juillet 2015
Réalisé par Toa Fraser
Avec James Rolleston, Lawrence Makoare, Te Kohe Tuhaka
En des temps reculés, les différentes tribus Maori se partageant leurs terres vivent dans la crainte constante de la guerre. Lorsque Hongi, jeune fils du chef de son clan, se retrouve seul survivant de sa lignée, il décide de prendre les armes pour venger les siens, prenant en chasse ses ennemis à travers des terres désolées, que l’on dit habitées d’esprits implacables…

 

Dans le genre des épopées primordiales proposant d’entraîner le spectateur vers une civilisation indépendante des deux grands axes judéo-chrétiens et asiatiques, The Deads Lands du réalisateur néo-zélandais Toa Fraser vient fièrement s’imposer comme alternative généreuse et intègre aux histoires habituellement immortalisées sur grand écran.

Fresque Maori à la fois ambitieuse et consciente de ses restrictions logistiques et budgétaires (aucune grande armée ni cité immense ne sera dépeinte), le quatrième long-métrage de Fraser s’inscrit inévitablement dans un héritage portant Apocalypto en exemple d’exécution solide et palpitante. La preuve en est, The Dead Lands opte pour des prémices identiques, mettant un jeune homme face à la disparition de sa tribu aux mains de voisins barbares à la recherche de gloire. C’est en tout cas le point de départ, qui s’émancipe progressivement de son modèle en évacuant toute immédiateté dramatique (la famille à secourir dans Apocalypto), au profit d’une accumulation de préceptes culturels propres aux Maori, et notamment vis-à-vis du rapport aux esprits et aux ancêtres.

C’est cette approche spirituelle qui permet au film d’imposer une identité forte, et aux personnages d’arpenter un monde sauvage (les paysages toujours magnifiques de Nouvelle-Zélande) gouverné par des entités ancestrales majoritairement absentes de l’image. Fraser se permet bel et bien quelques apartés hallucinatoires, champignons à l’appui, tranchant quelque peu avec l’esthétique plus sobre de récit principal, mais le pari paie car il permet de renforcer la cohésion des règles culturelles présentées au spectateur.

Ainsi, l’aspect singulier de la société tribale Maori se fait le cœur de l’aventure, habillant un récit somme toute basique d’une dévotion de représentation paraissant tout à fait honorable. Je ne saurais indiquer dans quelles mesures l’illustration de ladite culture constitue une reconstitution fidèle de l’originale, et je doute qu’il ait jamais été question de donner lieu à une peinture irréprochable de ces temps anciens, mais les mœurs sociétales, l’honneur envers les anciens et leur mémoire, les techniques de combat, la langue et les outils utilisés sont autant d’éléments participant à cette renaissance flamboyante et fascinante, au risque rare et ponctuel de rendre certains de ses aspects opaques.

Techniquement, The Dead Lands se révèle être un film fabriqué avec sobriété et diligence, proposant un rythme généralement efficace, des performances d’acteur convaincantes, et une réalisation précise qui, si elle n’élève jamais le récit vers les sommets stratosphériques des plus grandes épopées cinématographiques, mène fermement et nerveusement l’histoire à travers un tunnel de péripéties entrainantes. Même dans ses moments les moins lisses (lors de quelques affrontements en caméra portée), l’action reste globalement lisible et plaisante à regarder, notamment grâce à l’énergie cinétique déployée sans retenue par d’imposants guerriers Maori.

Pour accompagner ces images puissantes, la bande son de Don McGlashan intègre certes de rares sonorités traditionnelles, mais repose surtout sur une atmosphère martiale qui rappellera à beaucoup le travail de Zimmer chez l’homme chauve-souris. Les thèmes recèlent toutefois des mélodies inédites plutôt adaptées, qui accompagnent le récit avec efficacité.

S’il est un tort relativement handicapant qu’il faut attribuer au film, c’est du côté de la structure scénaristique qu’il convient de se tourner, et plus particulièrement vers une digression d’une vingtaine de minutes intervenant aux deux tiers du métrage. Cette dernière, donnant l’impression que les scénaristes ont craint de ne pas atteindre une durée appropriée, n’apporte pour ainsi dire rien à l’intrigue ni aux personnages, qui se contentent de réitérer leurs valeurs et leurs positions à l’issue d’un combat (il est vrai assez joli) au clair de lune. Passé ce relâchement, cependant, le film repart de plus belle vers un final galvanisant.

Ainsi, cette épopée Maori prouve, une fois encore, que l’histoire inépuisable des peuples humains représente une mine de récits légendaires dont il faut encourager l’exploration, car même s’il ne s’agit pas du meilleur film de sa catégorie, The Dead Lands en reste un représentant de qualité, et qui s’avèrera peut-être incontournable avec le temps.

 

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