Pour être honnête, après la débâcle Justice League on n’attendait plus grand chose de l’univers DC Comics au cinéma. Et puis James Wan a débarqué avec son Aquaman aussi foutraque que divertissant pour ne rappeler que tout était possible.

Mais que penser de Shazam qui nous vend une comédie familiale à travers sa promo, loin du personnage de papier ?

 

CRITIQUE

Rare rescapé d’un planning power-point complètement éclaté suite au plantage colossal de Justice League, Shazam est l’occasion pour Warner et DC comics de passer l’éponge et de démarrer une nouvelle franchise plus indépendante de leur univers partagé, en espérant profiter du succès surprise d’Aquaman pour se redorer le blason pour de bon.
Vendu comme une comédie délirante qui se joue des codes et montre un encapé irresponsable qui découvre ses pouvoirs avec insouciance, le projet promettait un écart de ton total avec les productions dans le sillage de Zack Snyder, et une récréation face au mastodonte Avengers Endgame…

Appâter le client avec une carotte pour lui donner autre chose, c’est rarement bon signe sous le soleil d’Hollywood. Shazam fait partie de ses productions malhonnêtes qui prétendent être différentes et un tant soit peu rafraichissantes, quand bien même elles sont pensées dans l’unique but de servir la soupe. Car derrière la façade rigolote vendue à tort et à travers dans la promotion, il s’agit bel et bien d’un énième film de super héros sans la moindre inspiration, croisé d’une sitcom mollassonne et mièvre, une guimauve familiale calculée pour plaire au plus grand nombre, histoire que toute la famille vienne. Un constat d’ouverture violent, mais qui s’explique très vite via une demi-heure d’exposition pachydermique, qui passe par l’origine du méchant vue 1000 fois (un gamin confronté à un pouvoir extraordinaire qui lui est refusé lors d’un drame, et qui va aller voir le camp d’en face pour se venger des années plus tard), suivi du héros un peu hors la loi mais qui a un grand cœur derrière son caractère rebelle.

Avec son personnage d’adolescent orphelin en quête de ses parents, Shazam avait apriori de quoi créer suffisamment d’accroche émotionnel pour nous attacher à son héros, entouré d’orphelins dans une famille d’accueil. Sauf que non content d’écumer tous les clichés possibles (la petite sœur noire intello et rigolote, le meilleur pote geek fan de comics, etc…), le film est littéralement écrit à l’enclume, en témoigne le drame fondateur du gamin, qui s’est retrouvé orphelin parce que sa maman l’a perdu de vue 5 secondes dans une fête foraine ! Totalement ridicule et invraisemblable, cette installation offerte dans un flash-back sidérant de bêtise va pourtant être le ciment narratif du héros. Ne pas croire à ce qui définit un personnage est déjà embêtant, et la rencontre avec son nouvel entourage semble sortir d’un épisode de 7 à la Maison ou autre soap opéra kitsch, étirant chacune de ses scènes de dialogue pour mettre ce foyer au centre de l’histoire, bien avant les super-pouvoirs. Et quand ces derniers débarquent, la galère n’est pas finie.

L’un des éléments qui empêchent Shazam de fonctionner réside dans son incapacité à se tenir aux règles de son univers. Par exemple, lorsque l’adolescent se transforme en Shazam, même si son apparence physique change totalement et devient celle d’un adulte, le personnage est censé être le même à l’intérieur. Or le jeu surexcité et en roue libre totale de Zachary Levi, qui a vraisemblablement mangé un clown avarié avant d’arriver sur le tournage, n’a plus rien à voir avec celui de son homologue adolescent, assez réservé et tatillon, et il parait invraisemblable que ce soit la même personne. On pourrait contre-arguer que le gain de pouvoir le libère et lui retire tous ses complexes, mais le contraste perdure tout du long au fil des va et vient entre les deux apparences, et difficile d’y croire une seconde tant ils n’ont plus aucun trait de caractère en commun, surtout que le film va appuyer ce principe et s’y tenir sans faute sur un autre exemple. Et si vous alliez voir Shazam pour l’avalanche de gags promise dans la bande-annonce, celle-ci tient en tout et pour tout 15 minutes au milieu du film, sachant que la majorité des blagues ont déjà étés montrées en amont, et que le film ne parvient surtout jamais à trouver le juste milieu entre la guimauve qui lui sert de scénario et son humour.

David F. Sandberg, habitué des productions horrifiques, semble avoir un mal de chien à trouver un timing comique propice à son personnage, et certaines des rares bonnes vannes sont catapultées trop vite, ou trop étirées, ne trouvant jamais le temps de réellement prendre…

Ce désir avorté de dynamiter un peu les codes du genre trouve surtout son plus gros frein dans son écriture. Avec le copain fan de comic-books, Shazam met en scène un érudit qui connait le type d’histoire en cours, et offre la possibilité de tordre un peu les codes du genre.
Pourtant, comme on l’a dit précédemment, le résultat semble sortir d’un guide du film de super-héros appliqué, ressortant les scènes pivots du genre sans la moindre inventivité, aussi bien narrative que formelle, pour se différencier du lot. Cela se ressemble le plus fortement sur le méchant joué par Mark Strong, qui officie à ce genre de rôle depuis plus de 10 ans maintenant sans varier d’un iota ses interprétations, et qui donne le sentiment d’être coincé dans une machine à remonter le temps, voué à faire la même chose en boucle, à proférer les mêmes menaces éternellement, entouré des mêmes effets spéciaux foireux que dans un Green Lantern par exemple.
Oui, oui, le Green Lantern avec Ryan Reynolds. Shazam est de cette même trempe, tant il en ressort la sensation d’un produit cynique, tout droit sorti d’une réunion d’actionnaires.

Le pire dans l’histoire restant le merchandising à outrance qui noie tout le film.
Par exemple, le copain du héros porte durant toutes les scènes, sans interruption, un t-shirt dédié à un héros de l’univers cinématographique DC Comics, sans parler du fait qu’il y ait des sacs à dos, des posters, des casquettes et autres avec les logos Batman ou Superman tout du long, des clins d’œil tout aussi subtils sans arrêt (oh regarde, un Batarang !) et que la production semble avoir eu comme consigne d’en mettre à toutes les scènes.
Tiens un combat dans un centre commercial ! Comme par hasard, ils se tapent dans un magasin de jouets, remplis uniquement de figurines de la Justice League ! Oh une blague sur un poisson ! Tiens tiens tiens, et si on faisait une référence à Aquaman ?
Forcée jusqu’à l’overdose, cette appartenance revendiquée à l’univers DC ressemble d’autant plus à un gigantesque placement produit opportuniste qu’elle ne peut même pas se payer les services d’un acteur de l’univers pour un ultime caméo, qui se résume à filmer la silhouette du personnage en question, sans montrer sa tête ! Cette sensation de se faire enfler jusqu’au bout est renforcée par deux scènes post-générique qui ressemblent à toutes celles que l’on voit depuis des années, et qui cristallisent très bien tout le problème du long-métrage.

Shazam n’est rien d’autre que la célébration mercantile de la médiocrité, se revendiquant fièrement d’appartenir à un genre taylorisé, avec les mêmes blagues, les mêmes effets spéciaux, les mêmes ressorts narratifs et tout l’attirail de la production sans âme, venue vendre un univers et les prochains films plutôt qu’une histoire. Comme si une autre partie d’Hollywood entrait elle aussi dans ce club en désuétude, sans se soucier une seconde d’avoir une mise en scène correcte pour maintenir l’intérêt du spectateur, sans même parler d’un récit. La gueule de bois risque d’être sévère…

Shazam! de David F. Sandberg – Sortie le 3 avril 2019

8 commentaires

  • BOYE-DON mercredi 27 mars 2019 8 h 23 min

    Bonjour,
    Nous savons tous que vous êtes payé pour faire de telles critiques et c’est vraiment navrant. Je vous écris donc ce message pour vous dire à quel point je suis contre et personnellement je conseillerais tout le monde d’aller voir Shazam car c’est un très bon film ! Changez de métier car ce que vous faites ne vous correspond pas ! Les films de Marvel non plus ne sont pas très recherchés, une pioche dans les comics et des films faits juste pour faire plaisir au public et je ne vous parle pas des live actions de Disney, qui démontre le manque d’idées de la franchise. Vous faites partie des critiques nauzéabondes dont les studios non pas besoin !

  • Jean-Victor mercredi 27 mars 2019 9 h 42 min

    Boye-Don : D’où tenez-vous vos infos ?
    CloneWeb est un site non lucratif, toute l’équipe n’a jamais touché un seul centime, nous faisons ça par passion sur notre temps libre.
    Et par ailleurs, on ne vante pas Marvel non plus (regardez les sorties de projo sur YouTube, notre lassitude du MCU est visible…), et on avait été agréablement surpris par Aquaman, qu’on avait trouvé très fun.
    Quand aux remakes Disney, ça nous consterne aussi.

    Bref, si vous aimez Shazam et n’êtes pas d’accord avec ce texte, libre à vous, et on sera ravi d’en débattre sur le fond, mais n’avancez pas des absurdités juste parce que vous n’êtes pas d’accord.

  • Marc mercredi 27 mars 2019 9 h 59 min

    Et puis surtout, qui nous payerait ? La concurrence ? Les chinois ? Les russes ? Le FBI ?

  • Émile Schaffhausen mercredi 27 mars 2019 12 h 14 min

    Wow ! Super critique très bien écrite ! Célébration mercantile de la médiocrité !

  • Al Jordan mercredi 27 mars 2019 16 h 24 min

    Bonjour, l’article est très bien écrit (figure de style etc) mais pourquoi comme sur l’article de “us” préciser la couleur de peau des personnages noirs alors que vous ne le faites pas pour les personnages blancs? Je trouve cela inutile et discriminant

  • Chuck Saucisse mercredi 27 mars 2019 23 h 40 min

    Si on en est là c’est à cause de ceux qui ont craché sur Batman V Superman et sur Zack Snyder, au final vous avez les films de merde que vous méritez. ^^

  • Broack dincht vendredi 29 mars 2019 10 h 53 min

    C’est les Illuminati qui vous paient, je m’en doute depuis des années. C’est très clairement l’oeil des Illuminati qu’on retrouve dans le O de cloneweb!!!!
    Sinon, il faut aussi voir que suicid squad, bien qu’ayant été un ratage niveau des critiques, n’a pas été un gros ratage au niveau du box office. Il faut croire que même les films faits pour de mauvaises raisons par des gens incompétents plaire à un public peu exigent, jeune, n’ayant pas trop de recul sur les mécaniques narratives et la fabrication de ce genre de projets (désolé si ça semble condescendant)

  • Broack dincht vendredi 29 mars 2019 11 h 24 min

    Alors bien sûr il est difficile de dire ce qu’est un bon ou un mauvais film, c’est au final très subjectif, mais les mécaniques derrière le films, on peut les voir, et les dénoncer, parce que le prix d’une place de ciné, ce n’est pas anodin, et que voir des films malhonnêtes , lisses et consensuels avoir du succès n’incitera pas des producteurs à faire des choses plus osées.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.