4 ans après Protocole Fantôme, Tom Cruise renfile son costume sur-mesure, celui de Ethan Hunt, pour notre plus grand plaisir. L’acteur, après avoir choisi Brad Bird pour la quatrième aventure de l’agence MIF, est allé chercher Christopher McQuarrie, avec qui il avait travaillé au scénario sur Walkyrie, Edge of Tomorrow mais surtout sur l’excellent Jack Reacher, que ce dernier avait également réalisé.

Cruise retrouve également Simon Pegg, Jeremy Renner, Ving Rhames, Alec Baldwin ou encore Rebecca Ferguson

Le 12 Août, McQuarrie va donc devoir marcher dans les pas de Brian De Palma. Mission accomplie ?

 

LA CRITIQUE

Tom Cruise est un personnage fascinant dans le paysage Hollywoodien pour la simple et bonne raison qu’il gère sa carrière de fond en comble, étant toujours producteur de ses projets et extrêmement impliqué dans la fabrication de ses films même après être passé devant la caméra.
La saga Mission Impossible en est le plus bel exemple puisqu’elle est devenue un peu sa vitrine, l’acteur s’occupant d’aller chercher les réalisateurs qui l’intéressent pour chaque épisode, ce qui n’a pas toujours porté ses fruits comme l’avait prouvé le refus tardif de Joe Carnahan sur le 3ème opus.
Après un Ghost Protocol qui a confirmé la grande santé de la franchise au box-office face à ses autres productions récentes, il était évidemment que le bougre n’allait pas s’arrêter là et c’est donc en la personne de Christopher McQuarrie que revient la charge de réaliser cette nouvelle mission.

Il est un peu inconnu du grand public, mais McQuarrie est présent depuis longtemps à Hollywood puisque non content d’être le scénariste des premiers films de Bryan Singer, y compris Usual Suspects, il s’est rapproché progressivement de Tom Cruise en écrivant Walkyrie ou Edge of Tomorrow et en signant le script de Jack Reacher qu’il a aussi réalisé. Les deux hommes semblant particulièrement s’apprécier, il n’y a que peu de surprise à les voir collaborer sur les aventures d’Ethan Hunt mais l’étonnement vient bel et bien de la réussite flamboyante que constitue ce Rogue Nation. Car si Jack Reacher était un polar dans la pure veine des 70’s avec un côté brut de décoffrage assez plaisant, il n’augurait en rien la rigueur, la passion et l’intelligence qui caractérisent ce nouveau Mission Impossible.

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Dès la scène d’introduction, le film recoupe avec l’un des concepts forts de Ghost Protocol, en présentant Ethan Hunt comme une sorte de super héros qui sort littéralement de nulle part pour sauver le monde, au petit détail près que sans son équipe derrière lui, il ne peut réussir.
Et cet aspect va être reconduit durant le film en les confrontant à une sorte de méchant ultime, le Syndicat, une association d’anciens agents spéciaux qui agissent de part et d’autre du globe dans des actions terroristes et qui semblent intouchables. Incapable de les rattraper seul en travaillant incognito après une énième fermeture de l’agence MIF, Hunt va devoir à nouveau compter sur ses proches pour démasquer un adversaire dont leur correspondant direct n’est autre qu’Ilsa Faust, interprétée par Rebecca Ferguson. On peut féliciter l’équipe pour avoir écrit un aussi bon rôle féminin dont l’ambiguïté fait le sel de l’intrigue, qui est un délicieux jeu du chat et de la souris puisque l’actrice est un agent double dont on ne parvient à déterminer les vraies motivations qu’à la toute fin. Il est extrêmement plaisant de voir une femme en dehors des canons de beauté actuels (ce n’est pas une bimbo…) qui dégage un chien et un charisme aussi sidérants, avec un rôle aussi creusé et important. En face, Sean Harris ne démérite pas en bad guy sombre et implacable, qui semble tout droit sorti de la guerre froide ou d’un film noir.

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Rogue Nation arrive à vrai dire à cristalliser le meilleur de chaque film de la saga pour finalement rendre hommage à la quintessence de la licence, en s’imposant comme un vrai film d’espionnage.
Bien sûr, la marque Mission Impossible implique des grosses scènes d’action que l’on espère être des moments de bravoure, et ce nouveau chapitre ne manque pas à la tradition en ayant sa fameuse scène d’avion mais surtout quelques passages d’autant plus spectaculaires comme une scène littéralement en apnée qui n’est pas loin de rappeler un certain Gravity ( !) ou une course poursuite au Maroc qui laisse un paquet de motards sur le carreau. Ce qu’il y a d’extrêmement plaisant dans ces scènes, c’est la manière avec laquelle McQuarrie fait d’abord prendre connaissance du théâtre de l’action au spectateur pour ensuite jouer avec celui-ci. Cela permet de rendre l’action parfaitement intelligible et aussi imprévisible tant on mesure vite les multiples possibilités offertes par les lieux.
L’un des points culminants de cette méthode est d’ailleurs une scène d’opéra où Hunt et les malfaiteurs se battent en coulisses. Faisant fi d’effets spéciaux prononcés et donnant la part belle aux cascades réelles, toutes ces scènes partagent une authenticité de tous les instants, prononcée par un Tom Cruise qui fonce tête baissée avec un enthousiasme délirant, en nous scotchant à notre fauteuil.
Car au-delà de la performance dingue que livre l’acteur qui semble vouloir décidément mourir sur un tournage, l’écriture et la mise en scène de ces passages est implacable tant elle gère la tension au cordeau, en faisant systématiquement monter le suspense au maximum avec toujours la science du petit détail qui tue, et d’un humour sec qui nous fait rire une seconde en aggravant pourtant la situation. A ce titre, McQuarrie rappelle au même titre que Mad Max Fury Road récemment combien voir des acteurs se mettre en danger devant la caméra restera toujours une source de spectaculaire intarissable et très souvent plus efficaces que des personnages numériques dans une avalanche d’effets spéciaux.

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Mais Rogue Nation reste bel et bien un film d’agents secrets dans sa forme la plus classique, et loin d’être bête qui plus est.
Sans trop rentrer dans les détails, le film possède un écho très intéressant pour un blockbuster qui plus est puisque son intrigue questionne la viabilité et l’objectivité des agences propres à chaque pays, supposant que la force de régulation mondiale la plus neutre possible ne devrait être rattachée à une nation en particulier. Bien sûr, elle pousse le bouchon en imposant ici Ethan Hunt explicitement comme une « manifestation de la destinée », qui travaille avec son équipe parfois à l’encontre de leurs alliés pour parvenir à leurs fins. Après tout, on est au cinéma et le héros a toujours été iconisé dans les grandes largeurs donc pourquoi pas, d’autant que malgré ces 50 ans passés, Tom Cruise reste un monstre de charisme.
Cela ne l’empêche pas de ne pas se reposer sur ses lauriers puisque le troisième acte du film fait fit de toute action démesurée pour retourner aux origines de la série dans un final qui embrasse les codes esthétiques et scénaristiques de l’espionnage. Comme si l’ouverture du film de Brian De Palma revenait au galop pour clôturer sur une note plus sombre et tendue que jamais un film assez imprévisible, qui fait par la même occasion un formidable pied de nez à l’adage Hollywoodien selon lequel tout bon blockbuster se doit impérativement de finir dans un feu d’artifice colossal.

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C’est d’autant plus grisant que cette carte surprise permet à l’ensemble de ne connaître aucun temps mort contrairement à un Ghost Protocol qui possédait un petit ventre mou entre le second et le troisième acte, une tare que l’on retrouve très souvent dans d’autres films.
Ici, Rogue Nation se concentre une bonne fois pour toute sur l’intime, grâce à un excellent équilibre en amont entre tous les personnages qui existent réellement à l’écran et qui apportent tous leur pierre à l’édifice. C’est bel et bien le manifeste que l’on a affaire à une production méticuleuse qui sait que l’attachement et l’identification facilitent le spectacle et le plaisir. On tremble pour les personnages et on s’éclate comme des petits fous devant leurs folles péripéties tout comme on est dans le flou concernant la vérité jusqu’à la fin. Et comme en témoigne un tournage en pellicule qui termine de donner chair à l’ensemble, Rogue Nation possède tous les ingrédients du divertissement réussi qui ne sacrifie jamais la matière grise et possède cette étincelle de malice qui en fait déjà un classique du genre, coupant l’herbe sous le pied du prochain James Bond au scénario semble-t-il très semblable.
Ainsi, détrôner le roi des agents secrets au cinéma ne semble même plus mission impossible pour Tom Cruise.

Avec son avalanche de moments de bravoures tous plus mémorables les uns que les autres et une galerie de personnages en béton armé y compris chez les femmes, Rogue Nation nous rappelle les ingrédients du grand divertissement populaire avec un cœur qui bat. Tom Cruise & Christopher McQuarrie ont bien potassé la franchise Mission Impossible, et livrent une sorte de best-of aussi musclé qu’intelligent, dont la tension au fil du rasoir en fait un grand film à suspense jubilatoire qu’il serait dommage de ne pas savourer dans une salle de cinéma. Votre mission, si vous l’acceptez…

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