La critique qui suit est un peu particulière.

J’ai vu John Carter deux fois. La première fois, c’était en janvier dernier lors d’une projection-test ultra confidentielle à l’issue de laquelle nous avons dû donner notre avis sur le film via un questionnaire. Si le montage et le mixage sonores étaient définitifs, les effets spéciaux étaient encore à finaliser.
La deuxième fois, c’était ce vendredi 2 mars. Entre temps, et suite à différentes projections tests comme celle à laquelle j’étais, le film a été remonté. La magie du montage permettent en effet de corriger des choses, d’enlever des passages pénibles, de resserrer un rythme un peu moyen, etc… Du coup, j’ai eu l’impression de voir le brouillon puis la version finalisée, m’attardant la 2e fois d’avantage sur les changements par rapport à la première.

Sur ces précisions, partons pour Mars

 

John Carter – Sortie le 7 mars 2012
Réalisé par Andrew Stanton
Avec Taylor Kitsch, Lynn Collins, Samantha Morton
Le cinéaste oscarisé Andrew Stanton signe avec JOHN CARTER un grand film d’aventures qui se déroule sur la planète Barsoom (Mars), peuplée de tribus guerrières et d’extraordinaires créatures. Tiré du premier livre du « Cycle de Mars » d’Edgar Rice Burroughs, le film raconte le fascinant voyage de John Carter, qui se retrouve inexplicablement transporté sur Barsoom, au cœur d’une guerre mystérieuse entre les habitants de la planète. Parmi tous les êtres étranges qui peuplent cet univers, il fera la connaissance de Tars Tarkas et de la captivante princesse Dejah Thoris. Dans ce monde sur le point de disparaître, Carter va découvrir que la survie de Barsoom et de son peuple est entre ses mains…

 

Partons pour Mars mais accrochez-vous lors de l’atterrissage. John Carter n’est pas le film qu’il aurait dû être.

Le film d’Andrew Stanton a pourtant de grandes qualités, à commencer par visuelles. Quand les premières images sont sorties, Star Wars a été évoqué, les quelques plans d’arène et de désert donnant un peu l’impression d’un croisement avec Prince of Persia. Il n’en est rien. Certes, il y a du sable mais la comparaison s’arrête d’autant plus là que certaines choses (notamment les engins volants) sont très éloignées de ce qu’on peut voir dans les films de George Lucas.
Et puis il ne faut pas oublier que John Carter le livre est un précurseur qui a servi de modèle. Une Princesse de Mars, premier volume du “Cycle de Mars”, paru en 1917 a inspiré de Ray Bradbury et ses Chroniques Martiennes à James Cameron et Avatar en passant par George Lucas, Marion Zimmer Bradley ou Alan Moore pour ne citer qu’eux.

C’est donc bien John Carter qui est à l’origine de beaucoup de choses, et ce sont les autres films qui doivent lui ressembler, pas l’inverse.

Pour sa première tentative live, Andrew “Wall-E” Stanton a fait appel à son comparse, l’indispensable Michael Giacchino qui livre une très belle partition. Le réalisateur lui est très à l’aise avec ses personnages et filme aussi bien qu’il anime des robotos. Les scènes d’actions sont lisibles, prenantes (parfois violentes) et, au final, le spectateur s’en prend plein les yeux. Il parvient d’ailleurs également à tirer quelque chose de Taylor Kitsch, acteur habituellement moyen, qui fait ici du bon boulot. Peut-être que si, comme Brad Bird, il avait eu un Tom Cruise sous la main on aurait eu une performance de haute volée. Malheureusement, on doit se contenter du Gambit de Wolverine et de sa délicieuse amie, Lynn Collins, qui sont néanmoins mille fois supérieurs à un Dominic West impassible.

Alors si les acteurs sont bons et si la réalisation est belle, qu’est ce qui fait que … ? L’histoire, ou du moins son écriture

Si John Carter est fidèle dans les grandes lignes à l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs, les scénaristes y ont ajouté quelques trouvailles inutiles comme le médaillon permettant de se transporter sur Mars (ou Barsoom) et qui fera l’objet d’une quête. Dans le roman, John Carter “s’élève” vers la planète sans le moindre artifice. Tous les problèmes liés à ce genre d’objet convoité seront donc de la partie, même des scènes où le héros le fait tomber par terre et tente à de multiples reprises de le ramasser
Le médaillon permettra aussi d’introduire le personnage de Mark Strong, sorte de dieu local dont la race s’est déjà téléportée sur Terre et qui sera le grand manipulateur d’une guerre faisant passer le méchant Dominic West pour un second couteau manipulé. L’acteur n’étant déjà pas très bon, ça va enlever toute profondeur à son personnage.

S’ensuit un acte tout un longueur racontant l’arrivée de Carter sur Mars et ses découvertes. Si le rythme est assez soutenu pour ne pas ennuyer le spectateur, on passe beaucoup trop de temps dans cet environnement de départ aux dépends de l’intrigue principale. Il faut ajouter d’autres problèmes de choix narratifs allant dans le même sens : on se disperse, on s’éloigne de l’intrigue de base et on noie le spectateur dans des choses pas vraiment utiles.
Une fois cette histoire de départ bouclée, et alors qu’on pensait le film fini, on aura droit à un épilogue intéressant mais raconté à la va-vite permettant de justifier l’introduction du film mais aussi, plus largement, les aller/retours de John Carter entre Jarsoom et Barsoom. Cette conclusion est tellement torchée qu’on se demande un peu ce qu’elle fait là, à part prévenir qu’on aura sans doute droit à une suite.

Entre une première partie très longue à mettre en place, ponctuée de scènes inutiles et une fin certes intéressante mais torchée à la va-vite, on se demande que retenir de cette première tentative live pour Andrew Stanton. Le réalisateur a-t-il eu toute la liberté qu’il voulait ? Le film tel qu’il sortira en salle sera-t-il vraiment le director’s cut ? D’autant que l’homme derrière Wall-E conseille sur Twitter de le voir en 2D pellicule plutôt qu’autrement…

Il est étrange qu’avec 250 millions de dollars de budget et l’histoire “à l’origine de toutes les autres” Disney ait choisi livrer un film si produit, si monté, si formaté et si mal vendu. On était typiquement face à quelque chose qui aurait pu être le Seigneur des Anneaux de la science-fiction. Mais on est passé à coté.

7 commentaires

  • noopyoun dimanche 11 mars 2012 9 h 12 min

    J’en reviens: une douleur sans non… et sans fin!!

  • noppyoun dimanche 11 mars 2012 9 h 13 min

    Sans “nom” pardon!

  • Olivier samedi 3 mars 2012 11 h 07 min

    La première critique de SciFi Universe en est arrivé à la même conclusion

  • Trackback: CloneWeb » Demain c’est … mercredi 7 mars
  • Misutsu mercredi 7 mars 2012 14 h 29 min

    Le film où l’on attend pendant 2h qu’il se passe quelque-chose. MOi qui pensait que seuls les Harry Potter pouvaient proposer un spectacle si décevant.

  • BOOBA jeudi 8 mars 2012 22 h 08 min

    Bon j’interviens juste pour une petite correction (mais je pinaille) Andrew Stanton et Michael Giacchino n’avaient jamais travaillé ensembles avant !

  • Hugo mercredi 14 mars 2012 22 h 43 min

    Et bien, je dois avouer que je suis rarement d’accord avec les critiques, mais pour le coup, je suis également du même avis.

    Un chouette film qui aurait pu être vraiment top…

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