Jean-Victor est un très grand fan du premier Happy Feet sorti en 2005. Il était donc tout à fait normal qu’il se rende à la projection du 2e volet pour pouvoir vous en parler.

Happy Feet fait un peu figure d’OVNI : il mélange différentes techniques (animation, motion capture et prise de vue réelle) et il est mis en scène par George Miller à qui on doit des choses très différentes comme la saga Mad Max et les aventures du cochon Babe. Et qui plus est, il met en scène des pingouins qui dansent…

Critique. A lire en écoutant Under Pressure de Queen ?

 

 

Happy Feet 2 – Sortie le 7 décembre 2011
Réalisé par George Miller
Avec Elijah Wood, Brad Pitt, Matt Damon, Hugo Weaving
Avec les voix françaises de Max Boublil, Clovis Cornillac et Amel Bent
Mumble, le roi des claquettes, est bien ennuyé quand il découvre que son fils Erik est allergique à la danse. C’est alors que ce dernier s’enfuit et rencontre Sven Puissant, pingouin capable de voler ! Mumble comprend qu’il ne peut nullement rivaliser avec ce personnage charismatique qu’Erik tente d’imiter… Mais la situation ne fait qu’empirer quand le monde est menacé par des forces telluriques… Erik prend conscience que son père ne manque pas de cran lorsqu’il mobilise le peuple des pingouins et d’autres créatures fabuleuses, du minuscule Krill au gigantesque éléphant de mer, Elephant Seals, pour rétablir l’ordre…

 

 

Il y a des réalisateurs pour le moins imprévisibles. Qui aurait cru en 1979, lors de la sortie d’un Mad Max alors classé X, que son réalisateur George Miller s’appliquerait à revisiter le film familial pour le faire exploser de l’intérieur 20 ans plus tard ? Et pourtant, avec Babe et sa suite quasi baroque, le cinéaste australien amorçait déjà un travail amené à son firmament en 2006 avec Happy Feet.
Véritable épopée campbellienne à la profession de foi profondément humaniste, cette « comédie musicale » n’hésitait pas à dériver de ses gonds pour explorer d’autres genres, dans l’optique unique de servir un propos universel sur les croyances de chacun et notre place dans l’univers.
Après une telle réussite, qui rafla au passage l’Oscar face au Cars de Pixar (pas très dur vous me direz), pouvions nous vraiment attendre de cette suite une ambition et une conviction en son histoire aussi intactes ?

On pouvait craindre au vu des trailers diffusés ça et là un sentiment de redite, menaçant naturellement tout numéro 2 en bonne et due forme. Ce serait mal connaître Miller, dont la carrière nous rappelle que si évidemment chacune de ses suites étaient là pour mettre les bouchées doubles (Mad Max 2 & Babe 2 en sont des preuves flamboyantes), elles n’étaient jamais futiles et s’employaient à explorer plus loin les thématiques déjà posées, à les chambouler et à les questionner sous un angle inédit.

Rien n’est jamais acquis chez George Miller, qui nous le prouve une fois de plus en seulement 5 minutes de film. Débutant sur un numéro musical caractéristique des pingouins, qui enchaîneront entre autre du Michael Jackson, Justin Timberlake & Basement Jaxx les doigts dans le nez, l’introduction qui nous replonge directement dans l’ambiance de ses manchots dansants va aussitôt y mettre fin, et pour cause : Erik, le fils de Mumble héros du premier film, ne sait pas danser.
Remettant en cause instantanément les bases du premier opus, l’enfant ira même jusqu’à dire plus tard « No More Happy Feets », en signe de rébellion peut être, mais aussi en quête d’identité.
Pas question pour autant de décalquer intégralement le parcours du père sur le fiston, puisque Mumble reste le sujet principal de la chose et va avoir fort à faire.

En effet, la banquise s’est rompue plus fortement que jamais, déplaçant des montagnes de glace jusqu’au repère des manchots se retrouvant coincés dans leur trou.
Les 2 protagonistes ayant été absents lors de la catastrophe, ils se retrouvent donc seuls à pouvoir agir pour sauver leurs camarades, devant trouver un moyen pour briser la glace, et subvenir aux besoins de la communauté durant tout ce temps.
Approfondissant la mission d’un Mumble se retrouvant face à un problème d’envergure pour lequel il devra en appeler à d’autres espèces et régler des problèmes purement démocratiques tout en devant affirmer sa figure paternelle avec un enfant déterminé à suivre une voix autre que ses ancêtres, Happy Feet 2 va se poser comme une continuité dans l’épopée de Mumble s’ouvrant sur bien d’autres idées.

Ne se reposant jamais sur ses lauriers, George Miller va user de cette situation hasardeuse pour amener le film sur des terrains inexplorés et inattendus, faisant par exemple de cette suite un pur film de siège. De la même manière qu’Aragorn, Legolas & Gimli devaient organiser la résistance pour le Gouffre de Helm dans Les Deux Tours, la colonie des empereurs va avoir fort à faire en attendant les renforts. Calmer les conflits internes, repousser l’assaut opportuniste d’oiseaux ayant les crocs ou agir à leur niveau sur l’iceberg, tels sont les actions inédites de la franchise, ouvrant sur des questionnements originaux et des séquences assez inédites.
Une autre illustration de cette profusion scénaristique et thématique se trouve dans les deux personnages inédits des crevettes incarnés par Brad Pitt & Matt Damon.

Au-delà de leur rôle évident de side-kicks permettant de ponctuer ça et là le long métrage de scènes humoristiques pour le moins croustillantes, ces deux crevettes vont avoir leur rôle à jouer puisque l’une d’entre elle décide d’élever son statut pour agir à sa manière. Sans trop en dévoiler sur ses motivations pour vous laisser savourer toute la décadence de la situation, cette sous intrigue trouve parfaitement sa place dans le récit et permet à nouveau d’explorer une thématique chère au premier film sur la place de tout élément dans le cosmos, au sein d’un scénario dont la richesse est ébouriffante.

Si Happy Feet s’employait à appuyer le rapport de taille entre les pingouins et les humains tout en déplaçant ce dernier sur la terre au sein de l’univers pour nous laisser en tirer les conclusions nécessaires, cette suite opère une opération similaire sur les manchots afin d’accroitre notre capacité d’identification aux animaux. Car malgré sa dimension animalière jamais prise à la légère et faisant partie intégrante du message écolo du film, Happy Feet parle avant tout de l’humanité toute entière par le prisme d’une projection anthropomorphique (procédé que Miller avait poussé à son paroxysme dans Babe 2). L’affirmation de sa personne pour soi et au sein d’une société, les responsabilités qui en découlent, la nécessité en des croyances fédératrices (ici par le biais de la danse et du chant) pour la préservation de notre environnement et de notre vie ou leur mise à l’épreuve, autant de choses que George Miller aborde avec une telle clarté dans son récit et une telle évidence dans sa mise en scène que beaucoup en étaient passés à côté pour le premier en n’y voyant finalement qu’une histoire de pingouins qui dansent, conséquence indirecte de l’importance accordée à l’écriture et aux personnages. Le réalisateur fait preuve d’une telle croyance en son univers et l’anime avec tant de ferveur qu’il laisse la place au spectateur pour apprécier les différents degrés de lecture de son script, persuadé que l’inconscient fera son travail chez quiconque se laisse porter par la trame. La preuve en est que Miller ne perd jamais sa cible de vue, et tient assidûment à concilier un caractère puissamment mythologique tout en offrant un spectacle fun et réjouissant.

C’est sûrement la partie la plus simple à accomplir pour ce génie de la mise en scène qui une fois n’est pas coutume livre une réalisation tout bonnement hallucinante et en symbiose parfaite avec la densité de son sujet. D’abord et comme pour le premier, les chorégraphies sont d’une précision chirurgicale, la caméra accompagnant constamment l’action par une légèreté optimisant au maximum la scénographie de la scène, sa dynamique et la signification de chaque fait et gestes, la danse étant réellement estimée comme un langage à part entière, servant la dramaturgie des scènes. Surtout, Miller repousse encore plus loin les limites en mettant la technologie au service de son art, opérant littéralement des va et viens entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, comme lorsque la caméra en gros plan sur une crevette part dans un travelling colossal pour qu’on se rende compte que celle-ci était en réalité posée sur le nez d’un pingouin aux dimensions titanesques par rapport au crustacé. Et encore, ce n’est encore qu’une infime partie de son jeu sur les échelles, puisqu’on peut voir de tels procédés appliqués dans des mouvements vertigineux passant sans aucune coupe des humains aux krills ou aux pingouins, avant de finir sur un plan aérien du lieu de l’action. Au même titre qu’un Zemeckis, l’australien fait partie de ses réalisateurs se lançant des défis d’une complexité abyssale et uniquement possibles grâce à l’évolution technique du 7ème art, pour mieux servir des séquences ahurissantes, comme un final se déroulant sur deux plans horizontaux opposés à 360° et aux échelles radicalement éloignées, le découpage passant de l’une à l’autre et préservant la spatialisation avec une facilité déconcertante, le tout sublimé par un relief trouvant tout son sens.

Il faut dire que sous ses airs de film d’animation classique, Happy Feet 2 pourrait bien être le long métrage le plus sophistiqué depuis Avatar en termes de confection puisqu’à l’instar de James Cameron, Miller et son équipe mélange motion capture, performance capture et tournage réel.
Un casse tête formel qui paye tant le résultat s’avère magnifique autant sur les décors photo réalistes que sur les bestioles elles-mêmes, récompensant un travail d’orfèvre dont la finalisation aurait fait planter les serveurs de rendus du studio. Perfectionniste insoupçonné et moins célébré que certains de ses confrères, George Miller ne laisse rien au hasard comme le montre bien sûr la bande son du film. Déjà le réalisateur a-t-il dirigé le doublage de son film en réunissant tous les comédiens durant les mêmes sessions (contrairement à la méthode habituelle les convoquant un par un) pour pousser l’interaction et le jeu entre ses derniers, mais il les a poussé à se surpasser comme le montre le duo Pitt/Damon absolument divin, ou bien une Pink qui reprend avec une humilité étonnante le rôle de la défunte Brittany Murphy. La musique ayant bien entendu une place prépondérante, le film témoigne d’une diversité des genres renvoyant à l’ouverture d’esprit de son géniteur, avec pêle-mêle les Beach Boys, les Blues Brothers, Rick Astley, George Michael, Queen (qui tient un rôle fondamental dans l’intrigue) et même de l’Opéra. La musique originale n’est pas en reste puisque John Powell accouche d’un score excellent élevant le souffle épique et évocateur de nombreuses scènes dont quelques poursuites haletantes, achevant ainsi une œuvre méticuleusement pensée.

Ne jamais douter de George Miller et de ses suites, telle est la leçon répétée par Happy Feet 2.
D’une ambition gargantuesque, le réalisateur australien livre avec ce second chapitre un film transcendant les formes et les genres avec une maestria telle qu’un seul visionnage ne suffira pas pour déceler toutes les prouesses accomplies et les subtilités présentes. En combinant divertissement grand public et manifeste pacifiste tout en lui injectant une sacrée dose de subversion (l’humain en prend encore pour son grade), le cinéaste prouve non seulement qu’il est l’un des rares à s’adresser aux enfants avec une telle honnêteté et sans infantilisme mais surtout opère t’il une forme idéale de cinéma, à la fois spectaculaire, touchante, intelligente et à la portée planétaire.
C’est peu dire qu’il s’élève de nouveau au sommet, aux côtés de Pixar & Miyazaki.

3 commentaires

  • NonooStar jeudi 1 décembre 2011 17 h 22 min

    Une petite précision : Rawhide, du moins aux USA, c’est moins les Blues Brothers que le générique d’une série de western qui a fait découvrir Clint Eastwood.

  • Jean-Victor jeudi 1 décembre 2011 18 h 28 min

    Ah tiens, je ne savais pas, merci de l’info :)
    (d’un côté, les Blues Brothers ça parle peut être plus pour la chanson)

  • Trackback: CloneWeb » Demain c’est … mercredi 7 décembre

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