Critique : Baby Driver

Nous vous en avions parlé en vidéo lors du SXSW mais un nouveau film d’Edgar Wright mérite plus que quelques minutes face caméra. Voici donc notre critique complète et détaillée d’un Baby Driver réunissant Ansel Elgort, Lily James, Jamie Foxx, Kevin Spacey, ou encore Jon Hamm et qui n’arrivera sur nos écrans qu’à la fin de l’été prochain.

Ou comment le 23 août 2017 n’a jamais paru aussi loin.

 

LA CRITIQUE

Avec The World’s End, Edgar Wright clôturait sa désormais célèbre trilogie Cornetto en montrant toute l’évolution de sa maîtrise formelle depuis Shaun of the Dead, et son penchant de plus en plus prononcé pour l’action déglinguée. Après un Ant-Man avorté en cours de route qui était censé être son avènement américain pour effacer le bide financier du formidable Scott Pilgrim, le voilà donc à une étape cruciale de sa carrière avec Baby Driver, second film US où il délaisse à nouveau ses confrères Simon Pegg & Nick Frost afin d’exprimer tout son amour pour les courses poursuites endiablées et les gangsters sans pitié. Sauf qu’avec un tel cinéaste, les choses ne sont jamais aussi simples…

Baby Driver est autant un film concept que pouvaient l’être les précédents, l’art de l’hybridation étant au cœur du cinéma du britannique.
On peut aisément dire qu’il a encore mis la barre haute ici, le film étant par bien des aspects un OVNI du même tonneau qu’un Scott Pilgrim. Le héros du titre est un chauffeur hors pair travaillant pour des criminels lors de leurs méfaits, et sa spécificité est qu’il est rivé non-stop aux écouteurs de son iPod, la musique qu’il écoute rythmant chacun de ses faits et gestes.
Ainsi la musique a un impact direct sur ce qui se passe devant la caméra et aussi sur celle-ci directement, le découpage et le montage du film étant pensés comme ceux d’une comédie musicale, la chorégraphie des danseurs étant remplacée par le ballet mécanique des courses poursuites.
Mettant enfin en scène une idée qui le fascine depuis des années, et qu’il avait déjà testé dans un clip du groupe Mint Royale, Edgar Wright tente la fusion parfaite entre l’image et le son, le défi pour lui étant de réussir à préserver l’intensité de son procédé tout du long sans perdre de vue ses enjeux narratifs. A ce titre, la première scène du film s’impose comme la note d’intention du long-métrage, et la preuve que son exécution peut être viable tant le résultat est galvanisant et fun, dans une course poursuite nerveuse à la chorégraphie soignée avec des idées scéniques amusantes et en accord avec la musique qui semble réellement être le moteur du personnage et vice versa.

Outre les courses poursuites en chanson, tout le film répond à ce principe puisque le héros ne quitte jamais son baladeur mp3.
L’occasion pour Edgar Wright d’embrasser une forme plus classique de musical, que ce soit au détour d’un plan séquence dans une rue où l’environnement du personnage semble répondre aux beats de ses oreillettes, ou carrément dans une scène romantique dans un lavomatic dont les machines lavent des draps de toutes les couleurs pour un résultat qui rappelle sans détour Jacques Demy. Histoire de pousser le délire un peu plus, l’un des proches du héros est un personnage muet qui parle le langage des signes pour mieux alimenter des séquences d’échanges enjoués, là encore structurés autour de la musique et reposant sur des sous titres savamment pensés pour comprendre les dires de chacun qui se donne à fond dans les mimiques guillerettes.
Si cela ne suffisait pas à créer une identité folle au film, Edgar Wright en rajoute une couche et profite de l’occasion pour donner dans le pur film de gangsters, avec un maître stratège en guise de chef incarné par un Kevin Spacey toujours aussi imposant, et une bande de joyeux lurons comprenant notamment Jon Hamm et Jamie Foxx. Chaque personnage possède une personnalité bien à lui et ils en usent tous pour appuyer l’aspect curieux du héros, chacun ne manquant pas de se poser des questions sur le caractère mystérieux et presque antisocial du pilote dans des dialogues enlevés souvent cocasses.

Avec son programme très chargé, où l’hommage à The Driver de Walter Hill rencontre la romance légère et l’action effrénée en musique, Baby Driver porte la marque de la générosité de son auteur, comme on peut notamment le retrouver dans une bande son forcément colossale vu qu’il n’y a quasiment pas une seule minute sans musique. Les amateurs s’amuseront à décortiquer la multitude de genres et de groupes couverts par le film, même si il faut bien admettre que tout le concept formel de l’entreprise finit par presque se retourner contre elle.
Certaines scènes de dialogues classiques peinent parfois à pleinement justifier le fond sonore musical, faisant passer la chose pour un gimmick systématique et non organique à la narration, tout comme Edgar Wright se force lui-même à préserver cette logique tout du long.
Le dernier acte du film, qui passe dans un ton nettement plus sombre et énervé, se rêve en roller-coaster bourrin à l’intensité crescendo, dans une succession de scènes d’actions furieuses de plus en plus brutes de décoffrage, le tout faisant preuve d’une violence inédite chez le réalisateur britannique. Sauf qu’à trop vouloir faire parler la poudre et les moteurs rutilants, l’espace sonore du film tourne parfois au brouhaha le plus complet, la musique composé par Steven Price donnant fortement dans un sound design assourdissant pour tenter de préserver la corrélation musique/vidéo. Le cinéaste peut compter sur des cadrages iconiques pour maintenir l’intensité mais il ne fait aucun doute que son procédé se perd quelque peu en chemin, la scène y répondant le plus en tout point étant la première et la mise en scène donnant parfois dans un style clipesque qui ne diffère en rien d’autres films du genre.

La partie qui en pâtît le plus s’avère être l’aspect romantique de l’histoire, avec le coup de foudre du héros joué par Lily James.
Si le couple qu’elle forme avec Ansel Elgort est assez charmant, les sentiments qu’ils sont censés échanger à l’écran restent pour le moins timides, sans prendre le devant de la scène. Dans un genre similaire, Nicolas Winding Refn faisait dégueuler de passion et d’amour Carey Mulligan et Ryan Gosling dans Drive tout en parvenant à garder le tout en retenu, ce qui rajoutait à la beauté de la chose.
Ici, la romance est juste mignonne et semble quelque peu victime de l’hystérie du film qui cherche perpétuellement à en coller plein la tronche, le procédé musical extrême sonnant aussi comme un aveu d’échec par moment, comme si il fallait absolument faire du bruit pour faire avancer le film. Si l’idée est que le héros doit utiliser la musique pour avancer, la contre-balancer par du silence total aurait pu donner lieu à des séquences toutes aussi fortes, plutôt que de courir frénétiquement derrière au point de la rendre confuse.
Edgar Wright avait déjà eu cet aspect jusqu’au boutiste parfois épuisant sur ses deux précédents longs-métrages, et cela ne faisait que refléter une insatiable envie d’en démordre, pour pousser chaque chose dans ses derniers retranchements. Or on serait mal placés pour trop reprocher à quelqu’un de vouloir mener son projet à bout, même si celui-ci doit être maladroit par moment.

Marquant une évolution notable dans le cinéma d’Edgar Wright tout en préservant ce qui fait son style pêchu, Baby Driver est une proposition audacieuse, qui ne recule jamais devant la tâche qu’elle s’impose, y compris quand cela la pousse en tête à queue.
Le film porte cette envie d’électriser son public à chaque séquence, et comme l’ont relevé certains américains en sortant de la salle, on a presque le sentiment de voir un Fast & Furious remixé à la sauce La La Land, pour un résultat sans doute plus frais même si l’impression persiste qu’il n’y a dans l’absolu rien d’inédit là-dedans. Qu’à cela ne tienne, si l’overdose n’est jamais loin, le plaisir est bien réel.

Baby Driver, d’Edgar Wright – Sortie le 23 août 2017



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