“Il y avait une seule personne pour raconter cette histoire et c’est Chloé Zhao.”
Quand Steven Spielberg produit votre film et qu’il vous offre le plus beau des compliments sur la scène des Golden Globes, c’est qu’à priori vous faites les choses bien.
“Hamnet” signe le grand retour de Chloé Zhao après le doublé “Eternals” / “Nomadland”. Soit l’équivalent des montagnes russes, quand ses Oscars pour “Nomadland” en 2021 ont laissé place, quelques mois plus tard, à l’échec retentissant de son opus pour Marvel Studios.
Quatre ans ont passé et la réalisatrice chinoise s’attaque avec “Hamnet”, à un monument de la littérature : William Shakespeare. Mais, contrairement à d’autres films uniquement focalisés sur l’auteur, “Hamnet”, l’adaptation du roman de Maggie O’Farrell, s’intéresse aussi et surtout ! à Anne Hathaway (aucun rapport avec l’actrice), son épouse, ici prénommée Agnès.
Il ne vous aura pas échappé qu’entre “Hamnet” et “Hamlet”, il n’y a qu’une lettre de différence. Hamnet était le nom du seul fils connu de William Shakespeare, décédé enfant. Le film évoque donc ce deuil et son impact sur l’une des pièces les plus connues de l’auteur.

Comment parler du deuil d’un enfant sans en faire trop ? Faut-il faire preuve de retenue ou pousser les curseurs à fond et embrasser intensément toutes les émotions, y compris les plus difficiles à digérer ? Chloé Zhao, comme d’autres réalisateurs avant elle, tente de trouver un compromis : oui, son film veut provoquer des émotions fortes, mais elle veut avant tout brosser le portrait d’un couple qui gère de manière radicalement différente la pire chose qui peut arriver à un parent.
Cela amène Jessie Buckley et Paul Mescal à adopter deux approches : l’une extrêmement intense, l’autre tout en intériorité. Sans surprise vu le talent des acteurs, le duo fonctionne à merveille, le chagrin exprimé par Buckley se heurtant à un faux mur de dureté incarné par Paul Mescal, qu’on n’avait pas vu aussi touchant depuis “Aftersun”.
La deuxième partie du film fonctionne également car Chloé Zhao a la superbe idée d’engager le jeune Jacobi Jupe pour jouer Hamnet, et son grand frère Noah Jupe pour jouer… Hamlet ! Une affaire de famille devant et derrière la caméra qui rend l’émotion d’autant plus palpable. Jacobi Jupe étant d’ailleurs extraordinaire dans ses quelques scènes, parce que l’inéluctable finit par se produire de manière incroyablement cruelle.
Oui, on a été touchés par “Hamnet” parce que chaque scène, loin de se complaire dans le “trauma porn” (quelle affreuse expression, au passage), se pose la question que posaient déjà les autrices de “Fleabag” ou même “WandaVision” quitte à rester chez les femmes : où va l’amour, une fois que la personne que l’on aime a disparu ? Comment les œuvres que l’on crée ou que l’on consomme peuvent-elles nous consoler – ou nous affliger davantage ?

Dans son dernier acte, qui prend place lors de la première représentation de la pièce nommée Hamlet, toute l’émotion que Chloé Zhao semble avoir en elle retombe dans un final assez bouleversant. Parce qu’il réaffirme la puissance de l’art comme catharsis bien sûr, mais qu’il est aussi, finalement, un bel hommage à l’art que l’on expérimente ensemble, en collectif. À l’image de ce geste terrassant, initié spontanément par Agnès et repris par une foule entière, pourtant ignorante du chagrin qui ronge le personnage.
Avec “Hamnet”, Chloé Zhao ne prétend pas réinventer quoi que ce soit, mais c’est le film le plus personnel de son autrice, un témoignage finalement très brutal et cru d’un deuil impossible à faire. Le plus triste bien sûr, mais aussi d’une profonde humanité et d’une spiritualité douce, poétique, à l’image de l’amour de la nature qui nourrit autant Agnès que la réalisatrice qui semble avoir trouvé en Agnès une véritable alter-ego après Sersi dans Eternals” (si si, on vous jure. “Eternals”, ce n’était pas si mauvais que ça !).
Un rappel bienvenu aussi, que l’art que l’on crée peut rendre les gens que l’on aime éternels. Bien avant nous et bien après nous, les gens ont connu et connaîtront ce petit Hamnet, ce qui est la plus belle preuve d’immortalité possible.
Hamnet, de Chloe Zhao – Sortie en salles le 21 janvier 2026
