Deuxième des films vus par Arkaron lors de l’Horrorthon organisé à Dublin : Lost After Dark, avec Robert Patrick.

Révélé par Terminator 2 de James Cameron où il incarnait le robot en métal liquide, le comédien a ensuite enchainé divers rôles aussi bien au cinéma qu’à la télévision. Il a notamment eu la lourde tâche de succéder à David Duchovny dans les deux dernières saisons de la série X-Files et traine maintenant les pieds dans la série télé From Dusk till Dawn.

Le film n’a pas de date de sortie française. Il devrait tout naturellement échouer en DTV, peut-être après avoir fait quelques festivals.

 

Lost After Dark – pas de date de sortie en France
Réalisé par Ian Kessner
Avec Robert Patrick, David Lipper, Alexander Calvert
Ce sont les années 1980, et huit adolescents volent un bus scolaire pour partir en virée nocturne. Tombés en panne, ils trouvent bientôt refuge dans une maison isolée et abandonnée, mais il apparait bientôt évident qu’ils ne sont pas aussi seuls qu’ils l’avaient cru…

 

La caméra se pose puissamment au milieu des années 1970, dans la pénombre d’une profonde campagne américaine nocturne, aux portes d’une immense maison de bois délabrée. Et voilà que retentissent les sonorités grinçantes et les notes inquiétantes. Sur le palier, se précipite une jeune femme peu vêtue, terrorisée au terme de ce que l’on imagine immédiatement être la pire nuit de sa vie. Elle court, haletante, pour échapper au tueur implacable et anonyme. Un cadavre par-ci, un cri par là, il ne lui reste plus qu’à trébucher pour se faire trancher la gorge par le monstre sans visage. Pas de doute : le canadien Ian Kessner avait, pour son premier long métrage, vraiment envie d’exorciser ses pulsions cinématographiques en condensant une bonne partie des codes du slasher sur ses deux première minutes de métrage.

Quand débute le corps du récit une dizaine d’années plus tard, engrangeant la longue et pénible exposition de personnages-fonctions sans substance, on sait déjà que quelque chose cloche : le ton est trop second degré, quoique par franchement parodique non plus. Dès lors que Robert Patrick commence à donner forme à son personnage de Viet-vet siphonné, machiste, se croyant toujours en guerre et alignant les one-liners badass à base de poncifs éculés et de termes appartenant au registre des excréments, le doute n’a plus lieu d’être : le scénario a été écrit avec l’intention de présenter un slasher respectant globalement les codes du genre, tout en affirmant avoir la distance métatextuelle nécessaire à ne pas trop se prendre au sérieux.

Le problème, malgré les rires engendrés par l’outrance incroyable de cette version trash du principal de lycée M. Stickland, réside dans le fait que le film va désormais ne plus savoir sur quel pied danser jusqu’au générique de fin.En effet, si le tueur reste fondamentalement une force brute sans motivation précise, s’il privilégie les armes blanches, s’ils trucident des adolescents chargés d’énergie sexuelle, et s’il nous offre même quelques meurtres un peu gores et plutôt sympathiques (poignardement oculaire, enfourchement intestinal, etc.), plusieurs poncifs de l’horreur sont retournés de manière relativement grossière pour tenter une démarcation pas forcément utile. Par exemple, la jeune fille vierge change de place dans l’ordre des victimes, les personnages peu plaisants tiennent globalement la distance, et le groupe de protagonistes tente (vainement) de réfléchir de manière logique, avant d’être à nouveau happer par la crétinerie intrinsèque frappant leurs semblables (spoiler : oui, ils se séparent).

Tout ceci donne l’impression que les scénaristes ébauchent des tentatives de déconstruction, et qu’ils reviennent sur leurs pas la minute suivante, comme paralysés par l’idée de cultiver la parodie, ou d’admettre réaliser un slasher premier degré. À cela s’ajoutent de rares choix formels peu justifiés, comme l’imitation de vieille pellicule de film au début du métrage (c’est oublié par la suite), ou carrément la coupe d’une scène entière, créant un ellipse narrative handicapante, sous prétexte que la bobine correspondante a été égarée… Un gag marginalement amusant, qui n’a finalement pour seul impact que l’affaiblissement de la structure d’ensemble, donnant l’impression que le tueur invincible est une baltringue se faisant maitriser par une ado maigrichonne et dont le pied est coincé dans un piège à loup ! Vous l’avez deviné, ce dernier s’envole miraculeusement, sa cheville va beaucoup mieux, et le tueur grogne son désarrois de n’avoir pu exercer sa fonction à cause d’une diégèse bien capricieuse.

Formellement, le film dispose d’un budget très restreint, mais l’équipe s’en sort avec les honneurs en termes de photographie et de sound design. Le bât blesse cependant au niveau de la mise en scène, assez aléatoire, voire même contradictoire par moments. Essayant d’émuler la caméra subjective d’un Black Christmas, le récit multiplie les points de vue guettant secrètement les personnages depuis une cachette avoisinante. Malheureusement, cette démultiplication détruit totalement la cohérence narrative, car cela crée l’impression que l’on a à faire à plusieurs regards, à plusieurs tueurs, se trouvant à différents endroits de manière simultanée. Or ce n’est pas le cas, et cette maladresse révèle l’artifice total de la mise en scène, sortant par la même le spectateur de l’expérience cinématographique.

Lost After Dark est un film indécis, n’osant pas se prendre au sérieux, ni réfléchir concrètement aux mécanismes qu’il emploie. Mais surtout, c’est un film faible, qui a bien peu à offrir au genre horrifique comme à ses spectateurs, et ce n’est pas le petit rôle d’un Robert Patrick cocasse qui va nous convaincre de son intérêt.

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