Le film a remporté le Prix du Scénario au Festival de Cannes 2026.

En 2021, Emmanuel Marre avait fait sensation avec Rien à foutre, premier film à petit budget où Adèle Exarchopoulos incarnait une hôtesse de l’air, filmant des tranches de vie pour mieux dépeindre un personnage à la situation familiale complexe. Forcément, son nouveau long-métrage (toujours avec un budget restreint), Notre Salut, était attendu.

Il s’entoure ici de Swann Arlaud pour une histoire étonnante : il s’inspire des écrits et des échanges de son arrière-grand-père, Henri Marre avec sa femme Paulette. En 1940 sous Vichy, Henri est théoricien politique et espère se faire un grand nom dans le gouvernement. Ambitieux, presque opportuniste (sans pour autant retourner sa veste), il est un personnage étrange, médiocre et intelligent, et patriote. Dans son essai politique pétainiste, Notre Salut, il développe des théories sur la rationalisation du travail et le management, qu’il va mettre en place au sein du CLC, le Commissariat à la Lutte contre le Chômage.

Cette histoire étonnante et le style très documentaire du réalisateur déjà présent dans Rien à Foutre en font un film très très réussi.
C’est surtout un film de personnage(s) : Henri (puisque son nom de famille n’est cité qu’une seule fois au début) est un bon gars, ordinaire, il essaie d’aider et est plutôt gentil. Étonnamment d’ailleurs, les seuls nazis que l’on croise dans Notre Salut sont aussi dépeints de façon sympathiques pour leurs 5 minutes d’apparition. Attention, le film n’excuse ni les actes, ni la France de Pétain, il veut simplement montrer le quotidien d’un homme ordinaire qui essaie d’avoir un destin extraordinaire sans jamais y arriver et par la même occasion montrer les histoires plus compliquées et sombres de nos familles.

Mais ce qui détonne le plus dans Notre Salut, c’est la forme. La première scène du film est une très longue séquence éclairée au projecteur, la caméra se balade entre les personnages comme dans un documentaire, dans des bureaux où le management est au cœur du sujet et, malgré la situation politique, c’est un film avec beaucoup d’humour.
Pour la faire très courte : c’est un peu The Office sous Vichy, avec un peu de Strip-Tease et une pointe de Marie-Antoinette pour le côté anachronique (Live is Life d’Opus sur des images d’archives de défilés pétainistes, extraordinaire). The Office est d’ailleurs une référence ouvertement assumée par le réalisateur, au point que pour le premier jour de tournage pour souder l’équipe, ils ont tourné une version de The Office sous Vichy où Swann Arlaud devait lancer des regards caméras en présentant son bureau façon Michael Scott.

C’est aussi un très joli film familial et une histoire d’amour aussi belle que triste. Sandrine Blancke est formidable et son jeu de regard et son alchimie avec le personnage de Swann y fait qu’on y croit de la première à la dernière seconde. Lui, est absolument phénoménal de bout en bout. De tout les plans, la caméra d’Emmanuel Marre en fait de lui un père de famille et mari fatigué qui cherche à tout pris à s’échapper du foyer, retardant l’échéance probablement inévitable d’une séparation, utilisant ainsi son travail et ses convictions pour Pétain comme des échappatoires de son quotidien morose.

On est pas loin du grand film avec Notre Salut. Il aurait probablement mérité d’avoir une bonne dizaine de minutes en moins mais on comprend l’intention du réalisateur d’en faire, comme il l’a fait pour Rien à Foutre, un film sur le quotidien de ces petites mains des collabos qui pensaient bien faire. Swann Arlaud y est magistral.

Notre Salut, d’Emmanuel Marre – Sortie en salles le 30 septembre 2026

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