Critique : Rogue One

Presqu’un an jour pour jour après avoir relancé la saga Star Wars avec le Réveil de la Force de J.J. Abrams, Lucasfilm revient sur les écrans avec la première aventure considérée comme un spin off : Rogue One.

Pour l’occasion, et bien loin des deux soleils de Tatooine, la société de production a confié les clefs du vaisseau à Gareth Edwards et a mis Felicity Jones et Diego Luna au poste de pilotage… La critique qui suit ne contient aucun spoiler, juste des éléments de base de l’intrigue dévoilés officiellement.

 

LA CRITIQUE

« C’est une période de guerre civile. A bord de vaisseaux spatiaux opérant à partir d’une base inconnue, les Rebelles ont remporté leur première victoire sur l’abominable Empire Galactique »

Qui aurait pu se douter en 1977 que les premières lignes du texte d’introduction de Star Wars Un Nouvel Espoir, alors appelé La Guerre des Etoiles, allant donner lieu à un film tout entier ? C’est pourtant l’idée qu’a eu John Knoll, chef des effets spéciaux chez Lucasfilm, idée qu’il a rapidement pitché à la productrice Kathleen Kennedy. Le point de départ du premier spin off, de la première « Star Wars Story » était trouvé. C’est un sacré pari pour Disney et Lucasfilm qui, après avoir surfé sur la vague nostalgique en réintroduisant les personnages cultes de la saga d’origine, tente de proposer quelque chose de différent, avec des personnages qu’on ne verra qu’une fois, le tout en étant connecté au film le plus emblématique de l’univers, celui dont tout est parti.

Un pari que Gareth Edwards réussit avec brio.

Ne faisant pas partie de la saga officielle des Skywalker, Rogue One s’ouvre sur une séquence en flashback avant même que le titre n’apparaisse à l’écran. On y découvre que le père de l’héroïne a mis au point le laser de l’Étoile de la Mort (il va falloir vous y faire, c’est la deuxième traduction qui a été conservée) et qu’il veut mener une vie paisible avec sa famille. Sorte de Robert Oppenheimer version galactique, il est emmené de force pour retourner au travail et pour finaliser ce qu’il avait commencé. Sa fille Jyn s’est planquée pendant des années et est amenée à sortir du bois lorsque les rebelles découvrent qui elle est au moment où un pilote de l’Empire a déserté pour alerter l’Alliance de la menace qui pèse sur eux.

Toute l’intrigue repose donc sur le personnage incarné avec justesse par Felicity Jones mais c’est d’abord celui de Diego Luna qui sera mis en avant. Cassian Andor est un rebelle pur jus que l’on découvre dans les bas fonds d’une base spatiale en train d’enquêter. On entre directement dans le vif de sujet. Rogue One est un film sur la Rébellion dirigée par Mon Mothma, avec une organisation, des espions, des groupes dissidents et même des extrémistes. Ce sujet qu’Un Nouvel Espoir se contentait de survoler pour mieux se focaliser sur ses héros, est désormais le coeur de l’intrigue. L’univers étendu récent avait montré les séquelles de la Bataille d’Endor et la chute de l’Empire d’un point de vue militaire. On y découvrait l’aspect « soldat » de de l’Alliance, avec toutes les conséquences que peuvent laisser une guerre sur les soldats. Rogue One en montre les rouages, en amont de la bataille.

A ce titre, le dernier acte donne ses lettres de noblesse au nom de la saga puisque c’est bien d’une scène de guerre (et quelle scène !) de 45 minutes qu’il s’agit, filmée au cœur des combats aussi bien au sol que dans les airs. Il fallait tout le talent de metteur en scène de Gareth Edwards, qui filme certaines séquences à la caméra portée, et passe d’une échelle à une autre avec talent. Quelques plans, notamment au début et à la toute fin du film partent du ciel pour mieux se poser au cœur de l’action. Jamais les batailles au sol de l’univers n’avaient été filmées comme ça.

Rogue One est donc un film différent sans trop l’être puisque très connecté au fameux Episode IV. Univers cinématographique des années 2010 oblige, il y a une sacré bonne dose de fan service, parfois discret, parfois pas, mais dans la majorité des cas toujours au service de l’histoire. Le long métrage de Gareth Edwards est de « l’univers étendu » mais la première histoire à avoir droit à du grand écran. C’est aussi la démonstration qu’un univers comme Marvel Studios l’a initié avec ses super héros peut être d’excellente tenue quand c’est bien pensé et réalisé. On se sera d’ailleurs méfié vainement des nombreux reshots (qui se voient surtout lors d’une longue scène de dialogue filmée uniquement en champs/contrechamps, scène que les acteurs n’ont manifestement pas tourné dans ma même pièce).

Il faut néanmoins reconnaitre que Rogue One a deux défauts. D’abord, en dehors de Jyn Erso et dans une moindre mesure de Cassian Andor, ses personnages sont froids. L’histoire est censée être celle d’une équipe mais les relations entre les personnages ont bien du mal à prendre. Certains sont peu ou mal caractérisés. C’est un aspect de la narration qu’Edwards maitrisait déjà mal dans son Godzilla, trop focalisé sur l’action pour prendre le temps de poser ce qui doit l’être et de nous permettre de nous attacher suffisamment à eux. Ensuite, l’histoire a bien du mal à se mettre en place. La faute aux dits personnages et à notre empathie vis à vis de leurs péripéties mais aussi à des changements trop rapides (on passe d’une planète à une autre beaucoup trop vite et pour beaucoup trop peu de temps), une volonté mal fichue d’entrer dans le vif du sujet… Tout ça sera balayé par les 45 minutes anthologiques évoquées plus haut, dont vous vous souviendrez longtemps.

Propulsé par la maestria d’un Michael Giacchino inspiré (le thème de Jyn est largement supérieur à celui de Rey, désolé John), Rogue One est une franche réussite. Le film de Gareth Edwards est un pari réussi : celui de proposer quelque chose de différent, mais pas trop quand même, dans un univers bien en place. On sera curieux de voir si l’écart sera plus grand quand il s’agira de raconter les origines de Han Solo et de Lando Calrissian mais on ne peut ici que saluer la prouesse.

On a cherché pendant toute une année le grand blockbuster qui nous ferait prendre notre pied au cinéma sans jamais le trouver. Il était pourtant juste là, dans une galaxie lointaine, très lointaine…

Rogue One, de Gareth Edwards – Sortie le 14 décembre 2016



7 commentaires pour “Critique : Rogue One”

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