Critique : It Comes At Night

On a beaucoup parlé d’animation ces derniers jours sur le site mais il ne faut pas oublier pour autant les sorties live.

Ce mercredi sera chargé en terme de sorties (avec notamment Baywatch dont on reparlera en podcast et Le Grand Méchant Renard sur lequel on reviendra très vite) mais il ne faut pas sous-estimer les films qui sortiront discrètement, comme It Comes At Night de Trey Edward Shults.

 

LA CRITIQUE

Sans même en référer à sa qualité intrinsèque, il y a quelque chose d’excitant à voir une œuvre comme It Comes at Night débarquer en salles avec un minimum de publicité.

À l’heure où les sorties horrifiques sont de plus en plus restreintes aux productions Blumhouse et aux films à concepts, le retour vers des histoires plus simples et dépouillées est forcément salutaire, surtout si elles sont faites avec envie et créativité. Et si le film de Trey Edward Shults débarque avec un buzz positif qui laisse penser que son existence était gagnée d’avance, le soin entourant sa production n’en reste pas moins rare par les temps qui courent.

Vendu comme un grand choc horrifique à même de ne plus faire dormir les spectateurs, comme The Witch l’an dernier, It Comes at Night se retrouve labellisé et étiqueté un peu trop vite… comme The Witch l’an dernier ! Certes, la nature de son récit et les thématiques abordées, en sondant l’instinct de survie de ses protagonistes, en appellent à la face sombre de l’humain, ici poussé dans ses derniers retranchements, ce qui est évidemment une source de peur. Mais il est bien question d’un thriller psychologique en huit-clos, centré avant tout sur la confrontation entre différents êtres qui tentent de s’unir tout en devant protéger les leurs au moindre retournement de situation.
Le caractère dépouillé du scénario, qui va à l’essentiel en explorant le fragile équilibre de ce microcosme enfermé dans une maison isolé, met l’accent sur le ressenti de chacun, que ce soit les envies inavouables, les désaccords étouffés ou les non-dits dangereux. Autant d’éléments qui menacent en silence d’exploser à tout moment, et de faire valdinguer le peu de civilisation restant.

Concrètement, le fond de l’histoire n’a rien de nouveau, les huit-clos ou autres survivals reposant sur ces mêmes ressorts narratifs se succédant chaque année dans les festivals de genre.
Trey Edward Shults tire pourtant son épingle du jeu un tant soit peu grâce à la frontalité de sa mise en scène. Baignant dans une lumière naturelle à même de créer des ambiances aussi nébuleuses que tendues, la réalisation met un point d’orgue à laisser les scènes respirer pour être au plus proche des personnages et redouter à leurs côtés la tension et le mystère qui ressortent des péripéties qu’ils vivent. Ce penchant pour le naturalisme est d’autant plus appréciable que la toile de fond de l’histoire, une Amérique post-apocalyptique ravagée par la maladie, est suggérée par les faits et gestes des personnages, sans jamais expliciter à outrance le contexte.

Le film préfère plonger le spectateur d’emblée dans un quotidien rustre et difficile, où les priorités ont changées au nom du bien commun de la cellule familial.
Il y a d’ailleurs cette idée de coller le plus possible à la frustration, voir la dépression même que suscite l’absence d’avenir, en adoptant tant que possible le point de vue de l’adolescent de la famille, qui a à peine eu le temps de connaître la vie d’avant, et voit tout possibilité d’émancipation réduite à néant. Si aspect horrifique assumé il y a, c’est dans quelques scènes de cauchemars avec le dit-personnage, qui sont là pour ponctuer l’ensemble de quelques jump-scares et scènes d’angoisse pures comme des shoots d’adrénaline au cœur de l’atmosphère pesante de l’œuvre.
Ces passages volontairement agressifs ressortent d’ailleurs comme les plus forcés du film, et font quelque peu tâche au sein de l’élégante narration assez organique de l’ensemble, portée par la musique envoûtante de Brian McOmber sur laquelle plane l’ombre de la mort comme pour les protagonistes.

Élégant huit-clos porté par un impeccable Joel Edgerton, It Comes at Night n’est jamais aussi bon que lorsqu’il va à l’essentiel et confronte ses personnages à leurs démons intérieurs, comme reclus dans une maison qui est leur propre piège. Dans sa structure et ses thèmes, le film n’apporte rien d’inédit, mais bénéficie d’une facture technique et artistique parfaitement maitrisée pour mieux accrocher le spectateur et le confronter à sa peur de l’autre. Dès lors, quoi de mieux que l’obscurité d’une salle de cinéma pour en profiter pleinement ?

It Comes At Night, de Trey Edward Shults – Sortie le 21 juin 2017



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