Critique : Hardcore Henry

Les passerelles entre le jeu vidéo et le cinéma sont de plus en plus nombreuses, entre réalisateurs de films qui vont s’amuser à tourner des cinématiques et séquences de jeux qui s’avèrent aussi riches que ce qui peut se faire sur grand écran.

Hardcore Henry n’est pas l’adaptation d’un jeu vidéo mais la reprise d’un concept développé dans les jeux de type FPS : l’action filmée à la première personne, comme dans Doom dont la version cinéma avec The Rock reprenait d’ailleurs le principe en guise de clin d’oeil. Mais entre l’hommage et un film entier, il y a une marge. Hardcore Henry tient-il la longueur ?

LA CRITIQUE

Au royaume des fausses bonnes idées, Hardcore Henry s’avère être un sacré compétiteur. Au départ, c’est un musicien russe, vidéaste à ses heures, qui sur qui la ravageuse malédiction du buzz Internet est tombé ! Pas de bad buzz, bien au contraire, le clip pour son groupe Biting Elbows, tourné à la première personne avec des méchants ruskovs armés en costards et des filles à gros seins, l’avait propulsé au premier plan de Youtube. Après des millions de vues accumulées en 2013, ce réalisateur Ilya Naishuller s’est forcément senti poussé des ailes.

Mais quelle mouche aura bien pu le piquer pour prétendre de tirer un long-métrage de ce clip assez gogol atteignant déjà ses limites en moins de 5 minutes ?

Néanmoins, la responsabilité de Hardcore Henry incombe très surement à Timur Bekmambetov. Ce réalisateur russe était pourtant prometteur avec ses adaptations Night et Day Watch, avant qu’il ne se fourvoie complètement à Hollywood, notamment avec Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires ou le prochain remake du grand Ben-Hur. Après la découverte du clip ‘Bad Motherfucker’, il proposa à Ilya Naishuller de lui produire son premier film, s’il adaptait cette mise en scène très restreignantE. Le défi était corsé et demandait un énorme travail de réflexion du procédé, mais c’était sans compter sur les bras cassés bas du front qui allaient s’en charger.

Rapidement, le pitch est une histoire de vengeance d’un homme prénommé Henry que la caméra GoPro incarne contre un super méchant androgyne et albinos, doté de pouvoirs télékinésiques et qui compte se créer une armée pour conquérir le monde. Bon… Ce ne sera pas le Prix Pulitzer, mais ce n’est pas forcément ce que l’on recherche. Ce que l’on veut, c’est le fun. Pur, simple, décomplexé. Or, un malaise s’installe dès l’ouverture sur une musique rigolote et des gros plans ralentis ultra violents. Second degré, es-tu là ? Cette intro typée à la wannabe Nicolas Winding Refn repose sur cette mode actuelle d’une soi-disant cool attitude pouvant se charger de tout. On se demande s’il faut rire ou être consterné en attendant que le film commence enfin.

Vous incarnez donc un Steve Austin perdu pays des soviets et poursuivit par les sbires armés du méchants qui poppent plus rapidement que dans n’importe quel jeu-vidéo. Le très très gros problème de Hardcore Henry nous éclate littéralement à la figure : si Ilya Naishuller se contente (comme dans son clip) de scènes d’action pour faire avancer son long-métrage, celles-ci sont toutes illisibles. À l’instar d’une attraction en cinéma dynamique, le point de vue adopté à la première personne est terriblement épuisant et redondant dès que tout bouge autour. Autre preuve encore que le réalisateur n’a absolument pas bossé son sujet : le son. En dehors d’une musique lourdingue et assourdissante (pour le coup), Naishuller a oublié l’importance du hors champ que le son peut combler. Il nous arrive alors de voir, au milieu des bois, débouler un tank russe vénère sans que l’on ait pu l’entendre arriver sur les dix cinq derniers kilomètres !

Les fans du clip ne seront pas perdus, fusillades avec des tirs faits par ordinateur, scène entourée de prostituées dans un bordel chic de la capitale moscovite, course-poursuites à pied, moto, voiture… Toujours aussi redondant et impossible à suivre correctement. Ajoutez à cela une intrigue improbable autour d’un Sharlto Copley en roues libres (oui, au pluriel), une apparition incongrue en flash back de Tim Roth ou une baston finale qui ira trop loin dans le délire. Le film donne alors la nette impression de prendre son spectateur pour un débile en s’imaginant que l’expérience d’un jeu-vidéo puisse être transposée sur le grand écran en misant juste sur le cool d’un concept avec quelques blagues nulles éparpillées de ci de là.

Dans la même veine, on préférera vous orienter vers le duo terrible de Hyper Tension Mark Neveldine et Brian Taylor. Certes, c’est tout aussi bas du front, mais au moins le fun et le second degré sont là. Car le saoulant et insupportable Hardcore Henry reste surtout un produit à consommer en séance de minuit dans un festival.

Hardcore Henry, d’Ilya Naishuller – Sortie le 13 avril 2016.



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