Critique : Le Redoutable

Après Okja, on continue les articles écrits avec vue sur mer depuis le 70e Festival de Cannes avec un autre film très attendu : le nouveau long de Michel Hazanavicius avec Louis Garrel, Berenice Bejot et Stacy Martin pour ne citer qu’eux.

Le réalisateur de La Classe Américaine et OSS 117 a-t-il retrouvé sa superbe façon The Artist après le turbulent The Search ?

 

LA CRITIQUE

Déclaré mort en 2014, Michel Hazanavicius a choisi de ressusciter sur son lieu de décès médiatique trois années après. À la suite d’un étrillage aussi sévère que subit sur The Search (remonté pour une version cinéma qui sera tout compte fait un échec terrible au box office), rares sont ceux à se remettre aussi vite sur un autre projet ambitieux, quitte à affronter la même épreuve pour un résultat similaire. Le fait est que Le Redoutable n’a pas laissé indifférent ceux qui ont pu le découvrir à la 70e édition du Festival de Cannes. Adoré ou détesté, le film correspond au cinéaste qu’il dépeint, réalisé par un homme passé du consensus oscarisé de The Artist au trou sans fond de The Search.

Michel Hazanavicius est donc parti à l’assaut de Jean-Luc Godard, alias JLG pour les lecteurs des Cahiers du cinéma ou Wolfgang Amadeus Godard comme l’introduit le premier carton du film. Comme dans OSS 117, le réalisateur français replonge dans l’exercice de style assumé en pastichant l’univers visuel, sonore et cinématographique de Godard à l’écran, ainsi que le ferait la thèse exhaustive et bien renseignée sur la filmographie du cinéaste écrite par un sale gosse. D’écriture il en est surtout question de la part d’Anne Wiazemski dont le film adapte l’ouvrage autobiographique « Un an après ». Celui-ci revenait sur sa relation compliquée avec le cinéaste suisse, alors en pleine crise existentielle vis-à-vis des événements de mai 1968. Lui l’artiste adulé veut mener sa révolution maoïste, sans non plus comprendre qu’il fait déjà partie de l’ancien monde qui est en train de s’effacer.

Le long-métrage est à l’image de son personnage principal : fascinant et embrouillé. La volonté de Hazanavicius réside dans cet entre-deux assez compliqué à cerner. Le Redoutable est autant une comédie qu’un drame. D’abord, on s’amuse beaucoup du potentiel comique de Louis Garrel. Sa caricature de JLG sait rester digne en traitant de la vanité d’un cinéaste tyrannique avec son entourage, mais qui sait aussi apparaître ridicule quand il est mis en défaut par ses propres contradictions. Respectant le récit d’Anne Wiazemski, Hazanavicius ne cherche pas à faire un biopic stricto sensu. Le Redoutable n’est pas “comment Jean-Luc Godard est devenu l’un des réalisateurs phares de la Nouvelle vague ?” Ceux qui s’attendaient à une hagiographie de leur idole ou le défilement standard de sa carrière seront déçus. Les premiers seront même vexés de d’assister au grand détournement des codes et effets de son cinéma par Hazanavicius afin de mieux le critiquer. Le drame est celui du couple formé par le réalisateur et l’actrice principale de La Chinoise.

C’est avec une surprenante délicatesse qu’est filmée Stacy Martin, absolument sublime du début à la fin. Elle est l’héroïne de cette histoire qui doit affronter l’ego surdimensionné d’un Godard qui semble la mépriser quand il n’en a pas besoin pour se rassurer lui-même. Le Redoutable peut être compris comme un film à charge contre Godard. Il peut l’être. Il est parfois imbuvable en public et en privé. Cependant, Michel Hazanavicius s’attarde également sur les failles d’un homme désireux de casser l’image que les autres ont de lui ou ont bâti sur lui. Louis Garrel est un Jean-Luc Godard emprisonné dans son microcosme avec cette paranoïa qui le ronge de l’intérieur. Car pour exister, il doit être libre et pour être libre, il ne peut être soumis. Dès lors, tant que sa domination est assurée sur la jeune femme admirative de l’image qu’il a été, tout va bien (pour lui) avant qu’il ne plonge progressivement dans la solitude qui ne l’a jamais quitté.

Tandis que le très bon Jean Dujardin et les répliques cultes maintiennent ses parodiques OSS 177 à l’épreuve du temps, on s’interroge assez vite sur la possible péremption du plus complexe et moins évident Le Redoutable. Le long-métrage fonctionne en majeure partie pour les vignettes godardiennes qu’il reconstruit avec malice. Plus qu’illustratives, les références de cinéphiles aux films de JLG servent mieux son propos et plaisanter façon méta sur le cinéma et ses préjugés. Petite vengeance personnelle ? Il n’est pas gagné que la touchante et très amusante prise de risque qu’est Le Redoutable rassemble un large public en salles et redonne sa chance à Michel Hazanavicius, sans cesse tanné pour un troisième OSS. Le commun des spectateurs s’est habitué de considérer Jean-Luc Godard comme une figure inaccessible et aussi détachée de la réalité factuelle et politique des choses qu’a pu l’être en effet le cinéaste suisse à la fin des années 1960. Désormais, de la suite que prendra la carrière de Michel Hazanavicius, on ne peut que redouter.

Le Redoutable, de Michel Hazanavicius – Sortie le 13 septembre 2017



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