Pour la 14ème édition (déjà !), le Paris International Fantastic Film Festival a posé ses valises en ce début décembre dans la majestueuse salle du Max Linder pour en salir l’écran à grands coups d’horreur qui tâche, de fantastique débridé et de visions délirantes…
Et on y était pour vous ramener les bonnes pioches de l’année, à commencer par l’ouverture, à savoir Sisu – Road to Revenge, la suite à laquelle on ne s’attendait pas du film de Jalmari Helander, mais qu’on était ravi de découvrir, qui plus est sur grand écran.
Après avoir massacré des régiments de nazis dans le premier film, notre mineur à la tronche inimitable est de retour en 1946 pour démonter sa maison dans la partie soviétique de la Finlande après que les frontières ont été redessinées. Sauf que l’armée rouge a un passif avec le bonhomme, et ils ont la ferme intention de profiter de son passage sur leur territoire pour régler leurs comptes.
Et manque de bol, le bougre n’est toujours pas du genre à se laisser faire…
Bon, si vous aviez vu le premier Sisu, vous savez à peu près à quoi vous en tenir, tant cette suite joue la carte du bigger and louder avec enthousiasme, profitant d’un plus gros budget pour s’offrir Stephen Lang (le Quaritch d’Avatar !) en sergent russe cruel qui s’en donne à coeur joie dans les punchlines kitschs.
Et le budget permet aussi de monter un cran dans l’action, le film mettant à l’honneur de nombreux véhicules (tank, avions de chasse, train…) qui vont tous être mis à profit dans l’action.
Alors attention, le résultat n’est pas un sommet d’adrénaline comme le premier, le film prenant le temps de poser son récit en filmant Jorma Tommila et son charisme d’acier dans les plaines, avec une vibe western revendiquée, et un amour des grands espaces filmés en cinémascope.
Le résultat a fière allure comme toujours, et il faut saluer la performance de l’acteur qui continue de délivrer un rôle mutique avec une présence folle, tout le film reposant sur lui.
Et quand il est question de faire parler la poudre, le résultat est toujours aussi réjouissant, le film assumant encore plus un parti pris cartoon et une vraie connerie dans l’action, les corps explosant à foison et le récit alignant les poncifs du revenge movie et du “mec à qui il ne fallait pas la faire” avec un enthousiasme certain, et un savoir-faire évident.
Les américains ne s’y sont pas trompé, et on refilé le futur prequel de Rambo à Jalmari Helander, et en attendant de voir ce qu’il fera avec une telle franchise, il offre une suite réussie à Sisu, qui remplit son cahier des charges avec brio.
Changement d’ambiance avec Redux Redux, petite production indé de SF américaine, où l’on suit une mère qui a perdu sa fille suite à un kidnapping violent. Bouffée par le deuil et la culpabilité, l’héroïne va traverser les dimensions à l’aide d’une machine pour retrouver sa fille et surtout buter à la chaîne son assassin, connaissant tout de son train de vie et lui mettant la misère dans chaque réalité parallèle qu’elle visite. Un chemin de croix violent et qui finit par tourner en rond, jusqu’au jour où elle va sauver une autre adolescente des mains de son bourreau…
Écrit et réalisé par les frères McManus, Redux Redux porte une ambition sincère et la volonté d’utiliser un arc narratif fantastique pour parler du deuil et de la spirale infernale qui en découle quand on s’y complaît sans aller de l’avant. Dès lors, le film a le cul quelque peu entre deux chaises tant il passe vite sur les règles de son cadre SF et de son multivers, n’expliquant jamais par exemple comme cette femme a pu trouver une telle machine, mais finissant quand même par développer le background scientifique autour pour creuser cet aspect de l’histoire, tout en laissant de côté un paquet de paramètres sur le fonctionnement de la dite machine et les conséquences de ses voyages inter-dimensionnels.
Par exemple, jamais le film n’aborde la question des autres “elle” qui seraient a priori toutes aussi endeuillées et en quête de vengeance…
Mais en se basant sur un tel concept, le film parvient aussi à creuser son personnage et la rage qui l’anime, tout comme la rencontre avec une autre victime qui va remettre tout en cause offre plusieurs moments d’humanité assez justes, grâce à une écriture sensible et au talent des comédiennes, dont Michaela McManus, qui a le premier rôle et qui n’est autre que la soeur des réalisateurs !
Bref, du cinéma fait en famille, qui revendique parfois un peu trop ses influences (apriori ils ont vu Terminator…) et qui manque un peu de rigueur à l’écriture, mais dont le projet narratif s’avère assez clair et touchant pour garder le film à flot. Ce sera disponible bientôt sur la plateforme Shadowz, et ça mérite le coup d’œil.
Le PIFFF marquait aussi les retrouvailles entre Anders Thomas Jensen & Mads Mikkelsen.
Si le premier nom ne vous parle pas, c’est un réalisateur danois connu pour ses scénarios de qualité et qui ne manque pas de travailler avec l’acteur charismatique à chacun de ses films.
À vrai dire, les meilleurs films de la carrière de Mads sont souvent ceux issus de cette collaboration, à l’instar de Adam’s Apples, Men & Chicken ou Riders of Justice.
On était donc ravis de découvrir The Last Viking, avec Nikolaj Lie Kaas dans le rôle d’un bandit à la petite semaine qui, lors d’un braquage foiré, file le butin à son frère avant de se faire enfermé en prison pour 15 ans. Et manque de bol pour lui, la mission pour retrouver l’argent à la sortie va être plus compliqué que prévu, son étrange frangin Manfred (joué par Mikkelsen, une fois encore impeccable et surprenant) étant désormais persuadé d’être John Lennon. Oui, oui, John Lennon.
Mélangeant toujours habilement les genres, Jensen marie la comédie au drame avec un humour noir dévastateur, notamment quand le fameux Manfred tente de se foutre en l’air à chaque fois qu’on l’appelle par son vrai prénom.
Une conversation dans un couloir où le mauvais nom est sorti dans une phrase ?
Le mec passe par la première fenêtre qui passe !
En voiture ? Hop là, vas-y que je saute en route !
Ça donne le ton ultra caustique du film, mais cet apparat délirant, où des personnages flingués du bulbe vont s’aligner face à un bandit impassible devant cette folie, va petit à petit devenir le terreau d’une écriture plus subtil, où l’on va creuser les traumatismes des personnages et les raisons de leur déconnexion au réel et de leur refuge dans une autre identité. The Last Viking devient donc un drame familial, qui se tisse par petites couches, sans jamais oublier l’humour en chemin (il y a des gangsters revanchards dans l’histoire…), avec une belle galerie d’âmes brisées attachantes qui viennent questionner la normalité, et les aspects les plus cruels de l’existence.
Le résultat est peut-être moins percutant que leur précédent Riders of Justice, mais Thomas Jensen continue de dérouler une filmographie atypique, profondément touchante et habitée, et il faut saluer au passage l’arrivée d’un nouveau distributeur appelé Motel, qui se chargera de la sortie en France en 2026.
On attend encore la date exacte mais si j’étais vous, je surveillerais ça de très près !
On aurait pu revenir sur 2 autres belles pioches de la programmation, à savoir l’hilarant Flush et le formidable La Città Proibita, mais le PIFFF a aussi mis l’accent sur l’animation japonaise, tout d’abord en proposant la nouvelle restauration en 4K de Vampire Hunter D : Bloodlust, formidable conte gothique vampirique dont la direction artistique démentielle et la beauté flamboyante sont toujours intactes, en espérant une sortie vidéo prochaine pour découvrir les visions hallucinées du film dans le plus bel écrin possible. Et l’accent était aussi mis sur la nouvelle génération avec Junk World, suite du film d’animation en stop-motion Junk Head, qui nous permet de retrouver l’univers punk si singulier de Takahide Hori. Pour cette suite/prequel, il a bénéficié de moyens monstrueux comme vous allez pouvoir en juger par vous-même : après avoir mis 10 ans à faire le premier film avec une équipe de 3 personnes, il a seulement fait le 2 en 3 ans avec 6 personnes ! Eh ouais, James Cameron peut aller se coucher.
Le résultat reste toujours bluffant avec ce monde futuriste étrange et bien bousillé, dont on découvre un peu plus la civilisation dérangée, qui rappelle la vision pessimiste d’un Paul Verhoeven.
Avec un humour bien perché et certains décors spectaculaires, le film a clairement musclé son jeu par rapport au premier, même s’il pèche par une logique de boucle temporelle qui lui donne une structure cyclique, basée sur la répétition, qui explique aussi pourquoi ils ont pu faire cette suite plus vite vu que vous allez revoir certaines scènes plusieurs fois… Tant pis si c’est parfois redondant, tant Junk World prolonge l’OVNI qu’était le premier film et s’avère tout aussi singulier, ce qui lui a d’ailleurs valu le Prix du Public à la fin du festival !
Et juste après le palmarès, le public a pu finir avec un autre film très attendu venu du pays du soleil levant, à savoir Scarlet et l’Éternité, le nouveau film de Mamoru Hosoda.
Le réalisateur continue de surprendre. Quatre ans après Belle, le réalisateur revient avec Scarlet et l’éternité (果てしなきスカーレット, Hateshi naki Sukāretto), un film en images CGI adapté de William Shakespare et se déroulant dans le Monde des Morts. Oui, tout ça à la fois. Pour un résultat naturellement étonnant.
L’histoire reprend le début de Hamlet, mais avec un gender swap puisqu’on suit Scarlet, une jeune princesse nordique aux cheveux roses et brillante combattante. Laissée pour morte, elle va se retrouver dans le Monde des Morts et découvrir que même dans cet au-delà désertique, elle va pouvoir assouvir sa vengeance, ce qu’elle cherchera à faire avec un jeune ambulancier japonais venu de notre époque.
Mamoru Hosoda reprend des thèmes et des méthodes qui lui sont chères. Il est ici encore question du passage entre deux mondes et le réalisateur alterne CGI et animation 2D plus traditionnelle (pour les rares scènes dans les mondes réels).
Mais cette fois, le récit est plus linéaire et moins charmant qu’à l’accoutumé même si les deux personnages principaux et leur relation sont attachants. Scarlet est aussi un film assez généreux en action, plus que ce que le réalisateur nous a habitué jusque là.
Malheureusement, le film souffre de cette linéarité et il faut attendre le dernier tiers du récit pour que celui-ci décolle vraiment, dans une dernière partie enchainant les rebondissements. Avant cela, on se contente de suivre des personnages allant d’un point A à un point B.
Depuis 2006 et la Traversée du Temps, Mamoru Hosoda avait mis la barre très (parfois très très) haute, atteignant des sommets avec les Enfants Loups Ame et Yuki et même le très émouvant Mirai. Si on doit comparer, Scarlet et l’Eternité est un film mineur. Ce n’est pas pour autant un mauvais film, mais certains choix – dont un rendu CGI moins joli que l’animation traditionnelle habituelle ne l’aident pas à décoller complètement.
Sisu Le Chemin de la Vengance, de Jalmari Helander – Sortie en VOD le 23 décembre 2025
Redux Redux, de Matthew McManus et Kevin McManus – Sortie prochaine
The Last Viking, de De Anders Thomas Jensen- Sortie prochaine
Scarlet et l’Éternité, de Mamoru Hosoda – Sortie le 11 mars 2026
