Par ici, on aime beaucoup le travail de Aaron Sorkin, scénariste génial qui est capable de nous scotcher dans notre fauteuil rien qu’en faisant parler des personnages qui marchent dans un couloir. The West Wing et The Newsroom sont en cela deux séries d’une maestria folle. Il y a seize ans, il racontait la genèse de Facebook avec David Fincher. Depuis, tellement d’eau a coulé sous les ponts du réseau social qu’il paraissait presque logique d’y revenir. Pour mieux raconter totalement autre chose.
En 2021, le Wall Street Journal publie une longue séries d’articles, The Facebook Files, écrits par le journaliste Jeff Horwitz. Il est aidé par une lanceuse d’alerte, Frances Haugen, qui lui révèle les décisions prises en interne par Facebook et ses dirigeants. Elle-même a découvert un protocole de mise en avant de groupes radicaux par l’algorythme après avoir vu une des ses amies dans une vidéo virale à tendance raciste. Elle décide donc d’informer la presse et de livrer des informations à Horwitz.

Le film va se diviser en deux : d’abord la rencontre entre la lanceuse d’alerte et le journaliste, dans une série de séquences peut-être un peu trop sages mais surement conformes à la réalité. Elle est hésitante et lui a besoin de preuves venant de l’intérieur de Facebook, ils vont donc se rencontrer plusieurs fois dans des circonstances répétitives jusqu’à ce qu’elle se laisse aller. En parallèle, deux ans plus tard, on va assister à la préparation de Mark Zuckerberg à une audition devant une commission officielle, juste avant la parution des dits articles.
The Social Reckoning et The Social Network n’ont donc pas grand chose en commun si ce n’est un ou deux clins d’oeil et une volonté marketing de filiation. Mais les deux films permettent de voir l’évolution du patron de Facebook, d’abord un étudiant un peu idéaliste qui fait ce qu’il fait pour une fille jusqu’au patron dont l’inaction favorise l’insurrection du Capitole de Washington en janvier 2021. Techniquement non plus, les deux films n’ont rien à voir : la réalisation de Sorkin est bien sage par rapport à celle de David Fincher et le compositeur Alexandre Desplat tente de faire du Reznor et Ross mais sa partition est ratée.

Le propos, lui, est édifiant. 60% des membres de groupe Facebook liés à des mouvances extrémistes y sont arrivés parce que l’algorithme leur a proposé le contenu suite à leurs « likes » et autres partages. Un tiers des jeunes filles utilisant Instagram ont des problèmes avec leurs corps. L’algorithme appelé « Meaningful Social Interactions » met en avant du contenu qui vous met de plus en plus en colère. Des documents ont montré l’implication directe de Zuckerberg, qui a refusé qu’on corrige un outil promouvant la haine, parce qu’il avait peur que l’engagement sur sa plate-forme diminue.
Dans le film, Sorkin dévoile petit à petit les chiffres, et ses cartes, pour mieux faire monter la tension, jusqu’à un final glaçant, la fameuse attaque du Capitole dans lequel le réalisateur glisse subrepticement la jeune femme de la vidéo raciste. La boucle est bouclée.
The Social Reckoning n’est donc pas The Social Network. Le film d’Aaron Sorkin est même assez mineur dans l’oeuvre du génial scénariste. Pour autant, ça reste un thriller glaçant dans la lignée de Pentagon Papers ou de sa série The Newsroom. Son propos, en 2026, est indispensable.
The Social Reckoning, d’Aaron Sorkin – Sortie en salles le 7 octobre 2026
